‹ Esquisse biographique sur Chevalier de Lorimier [microforme]Chapitre 4 sur 4 · CU 2 SG M, JD. MR · texte numérisé non relu

CU 2 SG M, JD. MR

sus LÉ ee

legs pour accepter les dons funestes de l’étraoger ? Abandonnerons-nous la route parcourue et tracée par nos pères pour prendre cellen idiquée par l’ennemi ?

Depuis que cette terre a été conquise à la civilisation, elle a été catholique. Le sang chrètien qui y coula, il y a deux siècles, lui donaa ce glorieux privilège, elle l’a conservé. Les orages ont passé sur elle, mais ils n’ont pu déraciner la vielle croix. Toutes les générations en entrant dans la vie ou dans l’éternite, ont défilé à ses pieds. Nulle n’est entrée sans son secours, nulle n'est sortie sans ses adieux.

Cesserons-nous de présenter ce sublime spectacle ? Fuirons-nous le sentier chrétien, bordé de grands souvenirs rt dont la poussière est la cendre de nos aïeux? Le symbole que les tempêtes n’ont pu briser, serat-il ébranlé et insulté par les fils de ceux qui l’ont protégé ? Le mutilera-t-on pac lâcheté ou par trahison ? Aurons-nous honte d'être catholiques dans notre vie privée et publique, dans nos asscciations et nos journaux, parce qu'il y en a qui trouvent qu’avoir des principes religieux, c’est être fanatique, que les professer en face de tous c’est être intolérant ; parce qu'il y en a qui veulent qu’on taise sa foi en certaines circons-

tances, pour plaire à ceux qu n'en ont pas |

ou qui en ont une autre ?

Il est peu de voix canadiennes qui Ôseraient répondre ‘ oui,” à des questions ainsi aettement formulées ; mais prenons garde par notre inaction et nos complaisances d’en augmenter le nombre. Les bonnes causes ae triomphent que par des amis vigilans, eHes ae s’affaiblissent que par la faute des tièdes amis. Que Dieu nous garde d'être pour la <ause catholique ces tièdes amis !

Durant un demi-siècle, le gouvernement britannique a versé sur ce sol ses richesses et ses valets, il a employé corruption et violence pour en bannir la liberté. Mais le succès qui ailleurs était fidèle à sa voix, lui a fait défaut ici. La liberté traquée sans celâche n’a pas péri cependant. Illustre fugitive, elle a trouvé refuge dans les rangs des vaincus de 1760. Les Canadiens, dont la destinée à été d'être les martyrs et les soldats des meilleures cavses, l’ont protégée et défendue. 1ls ont combattu ses ennemis, partagé ses disgrâces, assuré ses triomphes.

Cette généreuse complicité leur a attiré cette tyrannie et ces denis de justice, a provoqué cette énergique résistance, dont le récit forme une des pages les plus dramatiques de l'épopée française.

Si aujosrd'hui il y a de la liberté dans ce pays, s’il n’est pas devenu une terre de ser< vitude, un tache au front radieux de l’Amérique ; c’est à nous qu'on le doit, C’est nous qui avons porté le poids de la lutte, c’est à nous qu’appartiennent les lauriers de la victoire mouillés des larmes, teints du sang de nos pères. Rappelons quelquefois à nos détracteurs qui nous reprochent notre pauvreté et nos chaumières, que le tems qu’ils ont passé à faire fortune nous l’avons employé à de plus rudes et de plus patriotiques travaux, à la conquête de la liberté.

Nos chaumières qu’ils mépriseut ont donné l’hospitalité à cette liberté, lorsque les demeures des puissans lui étaient fermées!

Pendant qu'ils entassaient des écus et qu’on s’occupait au pouvoir à nous voler nos épargnes, nous jetions au milieu des périls les bases de l’édificc qui nous recouvre tous maintenant et qui demain agrandi abnitera l’avenir. Demandons leur, s’ils trouveraient juste de reprocher au guerrier appauvri par le service de la patrie, ses haillons et ses blessures, de comparer avec dédain son honorable inisère au faste éclatant des riches!

Rougirons-nous de continuer ces œuvres?

Cesserons-nous d’aimer la liberté parce qu’en passant à travers les passions bumaines elle est susceptible de se souiller, parce qu’en touchant la terre elle pose parfois ses pieds dans la boue, parce qu’elle n’échappe pas plus que l'autorité aux atteintes dès abus ?

Airmons-la plutôt et en l’aimant servonsla. L’ennemi de la liberté dans cette portion du siècle, ce n’est pas seulement le despotisme, c’est aussi la icence. Il faut se prémuuir à la fois contre les agressions de l’une et les entraînemens de l’autre. Présentons le spectacle d’une race aimant la liberté, sans exagération, la pratiquant sans excès, se protégeant à la fois contre les attaques de l'étranger et contre ses propres eutrainemens. Ce ne serait pas la servir que de Ja lancer à la suite de théorie aventureuses à la poursuite d’une perfection chimérique, que de la poser en antagoniste constant avec l'autorité dont elle ne doit être dans une s0ciété démocratique que l’alliée et le contrepoids. Ce serait au contraire la servir que de lui faire éviter les voies inconnues et hasardées, que de lui ‘rayer des voies droites et sures, que de lu idonner pour base dans l’âme des citoyens la pratique du devoir, la modération et le respect du droit.

En même temps que cette terre était faite catholique, elle était faite française ; tandis

que la for chrétienne en prenait possession, la race française l’adoptait comme une seconde patrie créée à sa taille telle que la première, la vieille Gaule. Ce coin inconnu de l'Amérique était ainsi honoré d’uu double dépôt que pouvaient lui envier les peurles les plus fortunés du monde.

Comme la croix, la race française resta debout malgré la barbarie, malgré l’oppression. Vaincue sur les champs de bataille par le nombre, persécutée au forum, elle se releva toujours de ses chutes plus française que jamais. La fortune put trahir son cou-

rage, mais jamais dénationaliser son âme. |

Rien v’en put effacer l'empreinte de la France,

Sera-ce après tant de luttes et d’épreu- |

ves, qu’on viendrait proposer à cette race le suicide, l’abdication ? Comment! ce qu’elle n’a pas fait, lorsqu'elle n'avait que 60,090 enfans, elle le ferait inainteuant qu’elle en a près d’un million ; ce qu’elle n’a pas voulu faire au commencement du combat, en face d’un insuccès probable, elle le ferait lorsque les plus rudes journées sont passées, lorsque l'ennemi est divisé ? Elle détruirait tout-à coup, l'œuvre consolidé par plus de deux siècles passés dans la lutte, sur le champ de bataille d’abord, puis au forum? Une géuét-

ration dans son orgueil prendrait la respon-

sabilité, s’arrogerait le droit de bouleverser tout ce qu’on à fait avant elle, et ce qui a coûté plus de saug qu’elle n'en a dans les veines, et ce qui a requis plus de dévouement au bien publie qu’elle n’en aura jamais ? On sacrifierait à une utopie, le passé et l’avenir

Mas encore à quoi sacrifier cette exister’ ce sacrée? A quoi? À des craintes chimériques, à des ombres.

Dira-t-on pour nous pousser au suicide, que nous devons nous détruire pour éviter

[les luttes de race, des luttes qui n’existent pas encore, mais qu’on pré voit avec une merveilleuse aptitude ? Mais est-ce que réliés par la fraternité des peuples divers ne peu- | vent pas vivre sans s’entredéchirer sur un même sol, comme ils vivent sur un même continent ? Est-ce que l’état de chose possible dans un grand espace est impossible dans un petit? C’est une question de géographie alors et elle se résout en notre faveur, car |uotre pays est immense et il y a place pour tous. Lst-ce que notre paisible existence, nos mœurs douces, notre langue harmonieu- :se, notre foi sainte sont des insultes pour les autres races ? Ist-ce que chacun ne peut pas | régler comme il veut son intérieur, d'abord qu'il se soumet aux lois générales? Si, pour satisfaire les exigences fusionnistes, il faut : détruire tout ce qu’empêche la société d’ê- (tre une communauté sans classification et | sans fractions, il faut alors détruire la famille, source des races, car elle perpétue des dé- | Marcations entre les citoyens, elle nuit à l’u- | niformité !

Disa-t-on que la fusion profitera au pays | auquel les races nuisent ? Mais est-ce que par hasard, au moyen du même procédé qui fait lire dans l'avenir, on aurait récemment dé- | couvert que le bten fait à une race, n’était | pas profitable au pays? Pense-t-on que ce | que l’on fait pour l’un, n’est pas ressenti par

de notre race, on insulterait l’un et on fer- | l’autre ? Nie-t-on que la prospérité de cellemeraic l’autre? Aux générations écoulées, ci, contribue à la propérité de celui-là ? aux gérératious qui dorment dans le sépul- | Si l’on essaie de détruire les races, de les cre de l’histoire, on dirait: “ Votre sang a fusionner, ça ne se fera pas sans déchireété gaspillé et il n’a fécondé que l’erreur, vos | mens et sans leuteurs, car enfin on n’oublie Habeurs ont été vains et ils n’ont fondé que | pas son origine, on ne change pas d’affecsur le sable, vous êtes restés Français et | tion, on ne renie pas sa mère, sans combat vous auriez dù devenir Anglais lorsqu’en et sans hésitation. La transformation sera 1763 c’était chose si facile; la France serait | lente, pénible. Le cœur est si tenace si oublié, le Canada serait prospère et nous! peu pratique, il laisse si dificilement partir n’aurions pas le trouble de détruire votre | les nobles sentimens, les vieilles habitudes. œuvre.” Aux générations naissantes on di- | On dirait que c’est une portion de lui-même rait: “ Oubliez votre origine, si elle fut fran- | qui s’en va. Pendant tout ce temps, et il çaise c’est la faute de vos aïeux et non la sera long, souffrance générale, désarroi nôtre ; changez de langue, elle n’est bonne | complet des esnrits, La crise passée, comque pour la poésie et l’eloquence et il vous | bien d’années ne seront-elles pas employées, faut parler affaire ; n’aimez au-delà des mers | à éteindre les derniers restes de l’amour de que l’Angleterre, c’est le pays des écus ; la race et à y substituer l’amour exclusif de soyez Anglais où Américains, l’ancienne | la nationalité bigarrée et multicolore récem- Chambre d'Assemblée, nos martyrs, ne le | ment intronisée? ‘l'ous ces cœurs dont on voulaient pas, nais ils étaient aveuglés par | aura brisé les affections qu’ils tenaient de : de bien piteux préjugés ! ” (leurs foyers et de leurs autels, pourront-äs

aimer encore? Tnstruits de leur erreur passée, découragés par cette découverte, de peur de se tromper encore, ne se fermeront- | ils pas au nouveau patriotisme ? l'outes ces | cendres du passé, tout ce levain s’il on veut, | ne niwront-ils pas à la croissance du nouveau | venu? Toute cette paix promise ne sera-t- | elle pas troublée ? Après avoir vendu notre patrie, manquerions-nous de recevoir notre salaire ?

En supposant même que tout irait comme | par enchautement, que la fusion se ferait sans effort et que la prospérité eu résultant serait éblouissante, qu'est-ce que notre race y aurait gagné? Rien que la mort. Que lui servirait alors toutes les richesses, tous les trésors de la fusion ?

En supposait plus encore, en supposant limpossible, c’est-à-dire que nous puissions | être en état de profiter de ce bien-être fabuleux, nous en laisserait-on prendre notre part ? ‘Trop faibles pour nous faire craindre, serions-nous obéis? Les races | pour lesquelles nous uous serons sacrifiés, | n’oublieront-elles pas nos services? Sommes-nous donc tellement habitués à voir les | Anglais tenir leurs promesses, à écouter la | reconnaissance que nous devrions sur des ba- | ses aussi fragiles tout risquer pour tout per-| dre!

Ainsi la fusion en nous donnant la mort et le déshonneur, pourrait nous refuser la | misérable pitance que nous aurions convoitée. Triste politique qui nous deshonorerait sans nous enrichir, qui briserait notre | cœur sans emplir notre bourse. Le châti- | ment serait digne du forfait, et criminelle vulgaire, notre race n'aurait pas même Phorrible honneur d’un grand suplice, d’une bruyante ignominie.

Ce que la fusion ne pourra jamais nous |

des intérêts communs. Personne ne voudra commettre aujourd'hui des violences et des injustices, que demain on pourrait lui rendre avec usure, qui w’atteindraient n2e seulement une race, mais toutes les races, mais la société toute entière interessée à leur repression, Ce n’est certes pas là un système nouveau, c’est le système conçu par nos pères, venus trop tôt pour le voir appliquer complètement. Depuis que la malveillance des autres races a cédé devant notre bon vouloir, il a porté des fruits abondans ; il en portera bien plus encore, si les bons citoyens de toutes les origines s'unissent pour le faire prévaloir.

Mais que les temps soient propices ou mauvais, que Îles jours qui nous sont comptés soient des jours de soleil ou d’orage, sachons faire notre devoir! Qu’importe à quel prix s’évite la défaite ? Qu'importe à quel prix on achète quelques jour de plus pour notre nationalité ? Montcalm et De Lorinier, les vaincus de1759 et les martyrs de 1839 ont donné leur sang, menagerions-uous nos labeurs ?

J'oute notre histoire, tout notre passé, la voix de Papineau, la tombe de De Lorimier, les mots de St. Lustache, nos malheurs et nos gloires, nous crient: 4 Nationalité.” Serions-nous sourds à ces appels? Ces fiers accens n’auraient-ils plus d’échos dans nos âmes dégénerces ?

Non, les générations actuelles ne seront pas les meurtrières de notre nationalité ; elles ne flétriront pas à la fois l’espérance de lavenir et le souvenir du passé ; elle n’oteront pas à ceux qui viennent leur berceau, à ceux qui ne sont plus leur tombeau ; elles ne creuseront pas de leurs mains la fosse de la France d’Ainérique.

Elles sauront comprendre que notre na-

donner, nous le trouverons dans la fraternité |tionalité leur a été confiée comme un dédes races, c’est-à-dire le bien-être dans une | pôt, qu’elles n’ont pas le droit d’en disposer paix honorable. Nous n’aurons pour cela et qu’elles doivent la remettre à l’avenir rien à sacrifier, il ny aura de proscrits que agrandie ou intacte si c’est possible, mais les préjugés. On n’aura pas à donner pour | dans tous les cas sans tache et sans souillure, base au salut des uns la destruction des au- | S’il faut pour cela souffrir ct combattre, tres. Notre sol aura des foyers pour tous, elles sauront supporter les souffrances avec des tombeaux pour nul. A chaque race on fermeté, soutenir les luttes avec énergie. dira de conserver ses mœurs, sa langue, son! Sile devoir rempli notre race décline, existence distincte sans empiéter sur les c’est que Dieu le voudra, il ny aura plus droits des autres, en concédant les mêmes qu’à prolonger l’agonie et au moment suprivilèges à tous. On étendra aux races les prême à tomber, comme De Lorimier, le lois qui regissent les citoyens: Voilà tout. cœur brisé, l’âme en deui!, mais sans blas- Les droits de tous seront sous la sauvegarde phème et sans faiblesse,

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