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Mgr. DE MONTMORENCY-LAVAL DE MONTIGNY,
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Le chef de la maison de Montmorency portait le tître de vice-roi de la Nouvelle-France, lorsque naquit au diocèse de Chartres un rejeton de cette famille illustre que Dieu prédestinait à perpétuer un jour la foi de ses pères sur les bords du Saint-Laurent. François pe MonTMoreNcy-Lavaz DE Mon- TIGNY, plus connu dans sa jeunesse sous le nom de l’abbé de Montigny, était né Ie 30 avril 1623, au temps où Champlain, gouverneur du Canada, au nom du maréchal de Montmorency, édifiait sur le promontoire du Cap-Diamant le château de Saint-Louis de la nouvelle cité de Québec. Il fit avec distinction ses études chez les Jésuites de la Fléche et reçut la tonsure en 1631, à l’âge de neuf ans. Trois ans aprés, il fut fait chanoine d’Evreux, dont le siège épiscopal était occupé par un de ses oncles. Malgré la mort de s:1 frère aîné qui le laissa vers le même temps héritier du nom e: des biens de sa famille, ïl n’en demeura pas moins fidèle à sa vocation ; il renonça à ses, droits en Zaveur d’un plus jeune frère et alla terminer sa théologie à Paris, où il fut ordonné prêtre à l’âge de vingt-cinq ans.
Les Pères de la Compagnie de Jésus avaient formé en ce temps-là plusieurs associations pieuses sous le nom de Congrégations de la Ste-Vierge, où se réunissait ordinairement l’élite de la jeunesse studieuse. L’abbé de Montigny qui avait été nommé par son oncle archidiacre d’Evreux, avait depuis résigné ce bénéfice pour se réunir à la congrégation fondée, au faubourg S. Marceau à Paris, par le P. Bagot qui, dans la suite
donna naissance à la Maison des Missions-Etrangères. Il y fit la connaissance de quelques-uns des hommes les plus distingués de l’époque, entr’autres des frères Ango de Mezerets : l’un d’eux, dans la suite, le suivit au Canada où il devint l’un de ses plus puissants auxilicires. Les événements politiques qui agitaient la capitale ayant forcé la congrégation de Paris à se dissoudre, plusieurs de ces jeunes gens se réunirent dans le même but chez M. de Bernières de Louvigny, trésorier général à Caen : M. de Bernières était un de ces hommes rares qui, eu milieu du monde où les appellent leurs fonctions, savent offrir l’exemple de Ja plus haute piété. El réunit chez lui une nombreuse congrégation, composée des jeunes gens distingués par leur naissance ou leur savo.r, et qui appartenaient aux diverses classes de la haute société française de cette époque.
M. de Laval de Montigny demeura quatre ans dans la maison de M. de Bernières, qu’on appelait l’Ermitage, à cause de la vie retirée qu’on y menait. L’oraison, l’étude, les conférences spirituelles n’y étaient interrompues que par les visites qu’il rendait assidûment aux malades de l’Hôtel-Dieu. Les jeûnes, les veilles, les macérations, les pélerinages, préparaient, sans qu'il s’en dontât, le june ecclésiastique à la vie apostolique que Dieu le destinait à mencr ensuite au Canada. 66 Ces exercices, dit l’auteur des Mémoires de la vie de M. de Laval, étaient communs à tous les pieux solitaires de cette maison: mais abbé de Montigny s’y signalait : on le voyait dans les hôpitaux, panser les plaies les plus dégoûtentes, r nûre les plus bas services, et par une mortification semblabla à celle de S. François-Xavier, porter à sa bouche, serrer avec ses lèvres et sucer lentement les épingles et les bandages pleins de pus, fesant semblant, par humilité, de le faire sans attention, et seulement pour les tenir, tandis que ses mains travaillaient ailleurs. On l’a vu faire plusieurs longs pelerinages à pied sans argent, mendiant son pain, et cacher a déssein son nom, afin de ne rien perdre de la confusion, du mépris et des mauvais traitements, ordinaires dans ces occasions, et qui ne lui furent nas épargnés ; il s'en félicitæit comme les apôtres, et remerciait Dieu d’avoir quelque chose à souffrir pour son amour. ??
Il se trouva chez M. de Bernières avec M. de Mezy qui, depuis, devint gouverneur du Canada, et avec MM. Dedouit et de Mezerets, Son séjour y fut encore publiquement avantageux au salut des ames: car il »arvint à réformer les Hospitalières de Caen qui étaient tonibées dans le relâchement et dont il fut nommé directeur.
Un voyage qu’il fut obligé de faire à la cour, pour l’utilité de ces Daines, le fit connaître à la reine Anne d’Autriche, règente du royaume: depuis plusieurs années, on pensait à
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envoyer un svique dans la Nouvelle-France, et à la recommandation des Jésuites, l’abbé de Montigny fut désigné de la manière la plus flatteuse. Trop humble pour penser à se char ger du fardeau de lépiscopat, il répondit qu’il était prêt à pertis pour le Canada en qualité de simple missionnaire, mais l'suppliait ses protecteurs de nommer un autre évêque. La cour fut édifiée de son refus et des motifs qu’il alléguant : mais on fit parler Dieu par ses directeurs, et M. de Bernières, après avoir invoqué les secours du ciel, le détermina à accepter le caractère épiscopal, avec le titre de vicuire apostolique.
Quelques dificultés s’élevérent à ce sujet entre le Saint- Siège et la cour de France. Le choix des vicaires wpostohques chez les nations infidèles ou idolâtres, appartenait de droit au Souverain Pontife ; et personne jusqu’alors ne s’était avisé de le contester au Pape. Mais comme l’autorité de M. de Laval devait s’étendre sur un pays et un peuple que Pon pouvait, à bien des égards, regarder comme français, la cour de France, ou plutôt les parlements, jaloux depuis longtemps de la puissance pontificale, voulurent soumettre le nouvaaiu prélat à toutes les servitudes qu: des esprits surannés ou de mauvaise foi appellent encore les libertés de l'Eglise gallicane. Le Pape qui prévoyait déjà les maux qui allaient naître pour l’Eglise da tes du despotisme religieux de Louis XIV, sut lui soustraire l’église naissante du Canada qui ne releva que de Rotne seule. Il acco:da toutefois au roi la nomination des évêques à qui il fut permis de prêter le serment de fidé lité des évêques français. Les libertés de l’Eglise gallicane n’étiient, en effet, que la licence parlementeire envers PEzilise, dont une partie ne cessait de se plaindre, et dont Pautre agréait insensiblemont lesclavage avec la permission de l’appeler liberté (1).
Si tel était alors le despotisme du gouvernement sur l’Eglise, que ne devait-on pas craindre pour l’avenir, et l’on sait tout ce qu’il en coûta à la France, pour avoir luissé humilier son Eziise sous ce joug, Le Pape était donc bien sage de vouloir conserver la liberté à l’Eglise du Canada, et l’on s’étonne de voir encore de nos jours des écrivains de bonne foi, s’instruire assez peu de ce qu'étaient ces prétendues libertés, pour venir les prôner et blâmer les Souverains Pontifes d’un acte d’une
(1) “ Le roi, disait à ce sujet Fénélon, est plus chef de l’Eglise que le Pape en France. Lib-rtés à l'égard du Pape ; servitude à l’égard du roi, Autorité du roi sur l’Eglise dévolue aux juges luïques. Les laïqnes dominent les évêques. Abus énorines de l’uppel comme d'abus. Cas royaux à réformer, Abus de vouloir que des luïques examinent les bulles sur la foi. ”?
si profonde sagesse, M. de Laval reçut enfin ses bulles d'Alexandre VII qui lui conférant le titre d’évêque de Pétrée (Petra en Arabie), in partibus infidelium, et de vicaire apostolique de toute la Nouvelle-France. Il avait alors trente-six ans. Il fut sacré dans l’église abbatiale des Bénédictius de St-Germain-des-Prés à Paris, par le nonce du Pape, assisté de l’illustre Abelli, évêque de Rhodez, et de M. du Seussai, évêque de Toul ; c’était le 8 décembre 1658, jour de l’Immaculée Conception de la Sainte-Vierge, à luquelle il eut toujours beaucoup de dévotion, et qu’il choisit epuis pour la patronne de sa cathédrale, conjointement avec St-Louis, roi de France.
Le Canada avait, dans l’origine, été évangélisé par des reli-
ieux récollets qui étaient venus vers l’an 1618 : mais leur établissement fut détruit par l’invasion des Anglais qui prirent Québec, en.1629. Les Jésuites qui s’y étaient établis peu de temps après ces religieux, ee revenus aussitôt que cette ville eut été rendue à la France. D’autres prêtres, la plupart séculiers, avaient suivi plus tard les colons émigrés pour la plupart de la Normandie et de la Bretagne, et l’archevêque de Rouen à qui ces ecclésiastiques avaient demandé Jeurs pouvoirs, s’était insensiblement accoutumé à regarder le Canada comme une partie de son diocèse. Ce prélat chercha d’abord à susciter des vbstacles à M. de Laval, devenu évêque de Pétrée, et le parlement de Rouen lui signifia même qu’il eût à s’abstenir de tout acte de juridiction dans la Nouvelle- France. En même temps, l’archevêque de Rouen envoyait M. l'abbé de Caylus prendre possession du Canada, en qualité de grand-vicaire métropolitain : celui-c1 partit avec d’autant plus d’assurance qu’il venait de fonder le séminaire de St- Sulpice de Montréal, sur le modèle de celui que M. Olier avait fondé à Paris, peu d’années auparavant; ‘et dont il relevait immédiatement.
M. de Laval s’inquiéta peu de toutes ces menées. Fort de sa conscience et de l’autorité dont le S. Siége l’avait revêtu, il fit tranquillement ses préparatifs de voyage. Il partit enfin de Paris et s’embarqua à la Rochelle le jour de Pâques 1659, accompagné de MM. Ango de Mezerets, de Torcapel, Pélerin et de Bermères,-neveu du trésorier, et qui n’était même pas tonsuré. Le P. Jérôme Lallemand, jésuite, oncle de celui qui avait été martyrise par les Iroquois avec le P. de Brébeuf, était revenu depuis quelque temps en France pour travailler aux intérêts de la colonie : il arriva à la Rochelle à temps pour s’embarquer avec le prélat, et tous ensemble arrivèrent heureusement le 16 mai 1659, devant l’île Percée, à l’entrée du fleuve Saint-Laurent.
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