‹ Esquisse biographique sur Mgr. de Laval, premier évêque de Québec [microforme]Chapitre 6 sur 6 · HO · texte numérisé non relu

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fixation, malgré lés réclamations de l’évêque. Ces deux point firent ordonnés par un édit royal (1679), cinq ans après l’éréction de l’évêché titulnire de Québec. Ce même édit confirma le réglement provisoire du conseil supérieur touchant les dîmés ; mais il ajouta que si les @îimes n’étaient polrit sufftsantes pour l’entretien des curés, le conseil y ajonterait uün supplément qui serait fourni par les habitants et les seigneurs ; celle mesute, ‘toutefois ne fut pas exécutée, le roi ayant accordé sur son domaine la somme de sept mille six cents livres par an, pour aider à la subsistanée des curés, et plüs tard il y jouta encore une somme de deux mille livres pour ceux que l’âge ou les infirmités rendraient incapables de servir désormais, Quant'au patronage des cures, il demeura toujuurs à l'évêque. L’étendue de ce petit ouvrage ne nous permet point de discuter ce qui pouvait y avoir d’avantages à retiter pour Ja religion de l’inamovibilité des curés, au sujet de laquelle il Mb toujours et il y a encore aujou'd’hui tant de débats. Nous nous permettrons seulement de citer ici les réflexioris d’ün homme qu’on ne peut accuser de partialité ou d’excès de dévotion (1), et qui furent écrites, il y a peu de temps, dans des circonstances analogues : L’inamovibilité des d'essérvants entrâveruit, dit-il, à ja fois l’administration civile des campagnes et l’exercice de l’autorité épiscopale. Dans l’état actuel de l'Eglise, les prêtres modestes et vrèis ne la demandent point. L’inamovibilité briserait les hens si nécessaires de la discipline et de Ja hiérarchie, laissant d’ün côté les évêques parulysés de la langue ct de la main, et de l’autre côté, les prêtres marchant au hasard’ et sans guide, dans les voies désordonnées d’une indépendance anarchiqué. ...” Si ces poroles sont vraies pour la France, où elles sont si bien comprises, et où les cures sont ‘si af A go de la résidènee épiscopale, combien n’expriment-elles pas mieux encore les inconvénients du système de l’inamovibilité dans un pays comme le Canàäda, où les curés et les missionnaires sont souvent séparés par des distances immenses du lieu où réside l’évêque, et où ils se trouveraient hors de tout contrôle, si évêque r’avait le pouvoir de les appeler et de les révoquer sans le secours d’un tribunal où l’action civile devrait avoir la plus grande part.

Parmi les cures du Canada, la cure de Québec mérite une mention toute particulière. Ce ne fut d’abord qu’une petite chapelle bâtie par M. de Champlain (1615), dédiée à la Conception Immaculée de la Sainte Vierge, et déssérvie par les

(D M. de Cormenin dans sa brochure Feu ! Feu! publiée sous le pseudonyme de Timon.

Récollets jusqu°à la prise de Québec par les Anglais en 1629, Cette chapelle fut alors pillée et profanée ; mais Québec ayant été rendu à la France trois ans après, la chapelle fut rétablie. Les Jésuites revenus en Conada avec la nouvelle colonie, augmenñtèrent et embellirent la chapelle, et y firent les fonctions curiales jusqu’à l’arrivée de l’abbé de Caylus qui vint y exercer la charge de vicaire-général de l’archevêque de Rouen. M. de Laval qui vint bientôt après, ne tarda pas à la lui reprendre : ilen chargea M. Henri de Bernières, en faveur duquel il l’érigea en paroisse le 5 septembre 1664, selon les formes ordinaires. L’église était alors en voie de construction, mais elle ne fut terminée que l’année suivante, Mais sur la fin de l’année 1664, l’évêque fit la bénédiction des trois premières cloches qui eussent été fondues dans le pays. On commença aussi alors à se servir des orgues que le prélat avait rapportées de Paris et sur le modèle desquelles un ecclésiastique, bon musicien et mécanicien distingué, en fabriqua d’autres assez bonnes pour diverses églises.

Après la condute extravagante de M. de Mezy, le roi l'avait révoqué de ses fonctions. Mais dans le même temps (1664) le marquis de Tracy, lieutenant-général des armées du roi, venait de partir de France à la tête d’une escadre nombreuse pour visiter les diverses colonies de la France en Amérique. Il était chargé par le roi de se rendre dans le Canada, où il avait le titre de vice-roi, afin d’y rétablir l’ordre et de chasser les Iroquois: ces nouvelles y parvinrent plusieurs mois avant son arrivée et firent trembler les sauvages qui demandèrent humblement la paix. Ils vinrent à Montréal avec des présents considérables, et le gouverneur et l’évêque montèrent: dans cette ville pour conférer avec ‘eux. Au mois de mars 1665, le roi envoya une commission particulière pour M. de Tracy, à Québec, afin d’informer contre M. de Mezy, conjointement avec M. de Courcelles nommé gouverneur à sa place, et M. Talon, intendant. Mais avant l’arrivée de ces messieurs, M. de Mezy était mort, après avoir réparé ses fautes par une pénitence aussi édifiante que sa conduite avait été scandaleuse.

M. de Laval n’avait cessé de demander au ciel la conversion de son ancien ami : ses prières furent exaucées. Le gouverneur étant tombé malade de la maladie dont il mourut, se fit porter à l’Hôtel-Dieu et placer par humilité dans la salle des pauvres. 11 fit prier M. de Laval de le venir voir, se réconcilia sincèrement avec lui, lui demanda pardon et renonça à toutes ses prétentions. Il fit publier à son de trompe et afficher à tous les carrefours un acte où il rétractait tout ce qu’il avait dit ou écrit contre lui et répandu dans ses écrits, publiés, aflichés et distribués partout contre l’évêque et le

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ciergé, demandant au public pardon du scandale qu'il avait

donné, et à l’évêque de l’outrage qu’il avait commis envers sa personne. Bien plus, il voulut avoir M. de Laval pour son confesseur et mourir entre ses bras, Enfin, pour mettre le sceau à sa pénitence, il renouvela dans son testament les mêmes protestations, et demanda, par hümilité, à être enterré dans le cimetière des pauvres, sans aucune pompe, ni distinction (6 mai 1665).

Ses volontés furent exécutées, à l’exception des honneurs funèbres, que l’évêque, à la tête de tout son clergé et des divers corps de la colonie, lui rendit avec toute la solennité qui convenait au rang du défunt. Le corps fut porté par les quatre membres les plus distingués de la Congrégation de la Sainte-Vierge, établie à Québec par M. de Laval, et les coins du drap par quatre chefs sauvages. Il fut déposé dans l’église où il demeura toute la nuit dans une chapelle funèbre, et transporté le lendemain à l’Hôiel-Dieu.

Malgré une réparation si authentique, les démélés du gouverneur et de l’évêque n’en firent pas moins un grand tort à la religion en Canada, tout en inspirant à la cour, où M. de Mezy avait essayé de se justifier, par ses lettres, aux dépens de l’évêque et des Jésuites, des dispositions fâcheuses contre eux.

M. de Tracy arriva enfin à Québec (30 juin 1665), accompagné d’une grande partie du régiment de Carignan-Salières. On s’était préparé à lui faire une réception magnifique : mais il refusa toute espèce d’henneur, se contentant des cris de joie qui l’accompagnèrent depuis son débarquement jusqu’à l’église, où il arriva am son des cloches et au bruit du canon. M. de Laval, revêtu de ses habits pontificaux, l’attendait à la porte avec tout son clergé. 11 lui présenta l’eau-bénite et la croix, et le mena ensuite près du chœur au prie-Dieu qu’on lui avait préparé. Mais le vice-roi, bien qu’affaibli par la fièvre, se mit à genoux sur le pavé, sans vouloir se servir du carreau qui lui était destiné. Le Te Deum fut chanté solennellement, et l’évêque reconduisit ensuite M. de Tracy dans le même ordre et avec les mêmes honneurs. Le vice-roi était précédé de vingt-quatre gardes et de quatre pages et suivi de six laquais en grande livrée. Un nombreux état-major, composé d'officiers richement vêtus, l’environnait chaque fois qu’il sortait, et il était toujours accompagné d’un premier gentilhomme nommé le chevalier de Chaumont.

Deux mois environ après l’arrivée du vice-roi, d’autres navires vinrent mouiller devant Québec, portant le nouvel intendant Talon et le gouverneur M. de Courcelles, et amenant des dernières compagnies du régiment de Carignan. L’arrivée de ces troupes, où il y avait PORÈONE de malades, donna occa-

sion à l’évêque et à son clergé de déployer toutes les ressources de leur charité : leur zèle toucha les huguenots qui s’y trouvaient, dont une partie se convertirent. M. de Tracy, non moins zélé pour le service de son Dieu, que pour celui de son roi, n’avait pas tardé à se nettre en campagne contre les Iroquois ; il avait amené &vec lui des prêtres et des missionnaires pour le service de l’armée et des sauvages qu’il voul-it convertir; et dans tous les lieux remarquables où il s’arrêtait, il ne manquait jamais de planter des croix, portant les armes du roi, pour annoncer qu’il en prenuit possession aussi bien au nom de l’Eglise qu’en celui du monarque. Les ecclésiastiques qui suivirent M. de Tracy, se signalérent par les services qu’ils rendirent à ses soldats. L’un d’entr’eux même fut plusieurs jours sans se déshabiller ni se coucher. La crainte d’une maladie contagieuse qui régnait parmi les troupes, et dont il fut lui-même attaqué, la disette des secours, la petitesse des huttes où il fallait se renfermer avec les malades et que la mauvaise odeur rendait insupportables, rien ne put relentir son zéle. Dieu le bénit par le conversion sincère et la sainte mort d’un grand nombre de pécheurs qui avaient pa:sé la vie dans le crime. Le régirent de Carignan-Sahières se Gistinguait d’ailleurs par sa moralité et ses sentiments religieux : les officiers donnaient les premiers l’exemple uux soldats. Tous ensembl:, officiers et soldats, s’établirent dans la suite en Canada, où ils furent licenciés peu d’snnées après, à cette seule condition ; c’est de ce régiment que descendent eujourd’hui la plupart des bonnes femilles du Carada, et ce sont leurs noms qu’on y retrouve encore en praitie de nos jours.

Le séjour du vice-roi à Québec, prefita utilement à la religion qu'il protégea toujours ainsi que ses ministres, contre Ls malveillants qui les avaicnt si mal servis dans Pesprit des deux derniers gouverneurs. 6 Tout est magnifique à présent dans sette Eglise qui vous a tant coûté, s’écrie avec unesainte joie la Mère de l'Incarnetion dens une lettre au Père Poncet, et c’est une bénédiction de Dieu de voir Punicn qui est entre Mgr. notre évêque et nos révérinds Pêres. Il scmlle qu'eux et messiours du sémintite ne soient qu'un. M. ce Tracy qui m'en a déclüré ses scrtiments en est ravi, cemme aussi de la majesté Ce l’église et des gr:nûcs acticns de piété de ceux qui la servent. Ves Pères y éclatent à l’orcinaire et en fent l’un des plus grancs oimements. Vous verriez vos petits cnfents qui cemmerçaient ce votre temps à connaître les letties, jiorter aujourd’hui la soutine et étudier en théologie. Votre collége est flonssent, et notre séminaire (le pensionnet des Urerlines) qui n’est qu’un gt&in de suble en cemjetiisen, fournit d'excellents sujets. ??

La cathédrale on paroisse de Qirbec, à laquelle l’évêque fesait travailler depuis son retour de France, se trouvait enfin terminée. Elle fut consacrée le dimanche, 11 juillet 1666, sous le titre de l’{mmuculée Conceplion, avec toutes les cérémonies ordonnées par le ritu-l romain. Le maître-autel des Ursulines fut ensuite inauzuré sous le nom de Sf. Joseph, &t Péglise des Jésuites sous le patronage du Saint Nom de Jésus. I! fut ordonné que toutes ces dédicaces se célébreraient dans l2 suite le même jour.

Peu de j:urs après, on fit avec solennité la translation des reliques des Saints Martyrs Flavien et Fclicité, que le pape avait données à M. de Laval en 1662. La procession, environnée d’une multitude de flambeaux, parcourut toutes les rues de la ville : on alla chercher les reliques au château où l’on avait préparé un suuerbe reposoir, et elles furent saluées au départ par plusieurs décharges d’artillerie. Laissons encore parler ici la Mère de l’Incarnation duns une lettre à son fils : 6 [Il ne s’étaii pas enrore vu dans ces contrées, dit-elle, une si belle cérémonie. Il y avait à Ta pro:ession qu'rante-sept ecclésiastiques en surplis, chap-s, chasubles et dalmrtiqnes. Conme il fallait porter les reliqu»s dans les quatre églises de Québec, nous eûines la consolition de voir cette magnifique cérémonie. M. de Tracy, vice-roi, M. de Courcelles, gouv'rneur, avec les deux plus considérables de la noblesse, portaient le dais. Les plus élevés en dignité d’entre les ecclésiistiques, portaient les quatre grandes châsses sur des biancards magnifiquement oïnés. La p'ocession sortant d’un* église, y laissait une chÂsse. La musique ne cessa point, tant dans le chemin que dans l°s stations. Monseigneur suivait les siintes reliques et la proession, en habits pontificaux. Je n’anrais jamais espéré de voir une si grande mignificence dans l'Eglise du Canada, où, quand je suis venue, je n’avais rien vu que d’inculte et de barbare, (C’est un: chose ravissante

e voir M. de Tracy dans une exactitude merveilleurse à se rendre le premier à toutes ces saintes cérémonies, car il n’en perdrait pas un moment ...Son exemple a tant de force qu? le monde le suit comme des enfants suivent leur père. Il favorise et soutient l’E slise par la piété et par le crédit qu’il a universcilement sur tous les esprits. ?? La fete de la translation des saintes reliques fut dès-lors établie au second dimanche de septembre avec une ottave. Dans les nécessités publiques on porta depuis ces reliqu°s en procession, comme on le fesait à Paris de celles de Ste. G neviève, et toujours on le fit avec succès.

Citte année, célèbre dans l’histoire du nays, par les victoires qe M. de Tracy remporta sur les Iroquois, le fut aussi par la piîté que montra la colonie. Vers la fin de l’année, depuis le

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Ier d'octobre jusqu’au 2e jour de novembre, où l’on apprit des nouvelles de l’expédition de M. de Tracy, on eut continuelle ment dans les églises l’oraison des quarante heures jour le succès de ses armes. Lorsqu’on eut appris enfin la déroute des barbares, les prières se changèrent en actions de grâces et le Te Deum fut chanté avec heancoup de pompe et de solennité.

M. de Laval avait fondé le grand-séminaire pour l’enseignement de la théologie et la préparation des jeunes gens aux saints ordres. Cinq ans après, il forma nn petit-séminaire pour donner aux enfants les éléments de la grammaire et les conduire jusqu’à la théologie. Le 9 octobre 1668, il en fit solennellement l'ouverture. Cet établissement eut tout le succès qu’on pouvait désirer : plus de soixante enfants s’y trouvèrent pen d’années après réunis, se formant à la piété sous la conduite ces directeurs nommés par le grand-séminaire, Jusques-là les Jésuites avaient été chargés de ceux que l’en destinait à étudier plus tard Ja théologie : toutefois rls continuèrent à fréquenter ls classes du collége tenues par les révérends Pères : ils portaient un habit bleu à la matelole, qui les distinguait des écoliers de Ja ville. Hls assistaient régulièrement tous les dimanches et fêtes aux offices de la cathédrale, conjoñitement avec ceux du grand-séminaire. Ceux-ci s’acquittaient, comme de nos jours, des fonctions de leurs ordres, et les écoliers, de celles d’entants de chœur. Ils en portaient lhabit, une soutane et un camail ronges en hiver, avec un surplis ordinaire et un bonnet carré rouge en été. Une soixantaine d’enfants de chœur, vêtus de cette sorte, devaient former un spectacle assez singulier. Ainsi, sans avoir de prébendiers en titre, le chapitre plus tard eut un bas-chœur fort considérable que le séminaire lui formait.

M. de Laval travailla vers la même époque à élever un séminaire pour les jeunes sauvages : l’intendant Falon le poussait vivement à l’exécutian de ce projet : il se réalisa assez au eds ; maïs le caractere inconstant des sauvages ruina

ientôt cet établissement qui ne put se soutenir. Un troisième séminaire se forma en même temps sur la côte de Beaupré, dans une maison de campagne, principalement destiné aux enfants des paysans. On les y élevait à moins de frais qu’en ville ; mais on leur fesait apprendre des métiers, et quand il s’en trouvait parmi eux d’une intelligence plus remarquable que les autres, on les envoyait au séminaire de Québec. En outre des personnes qui composaient ces trois établissements, le séminaire en avait fait un autre d’un ordre inférieur, composé de frères et de sœurs qu’on appelait donnés ou engagés, occupant à peu pres les mêmes emplois que les frères et sœurs des communautés religieuses. Le hesoia et la piété avaient contribué à la formation de cet établissement, La rareté du numérüire ne per-

mettant pas de donner des gages à des domostiques, il y avait plus de facilité à se charger de leur nourriture et de leur entretien : on trouvai‘ aisément des personnes qui, voulant par esprit de piété, se consacrer à Dieu, et n’ayant pas les moyens nécessaires pour entrer dans un monastère, se donnaient au séminaire, On se chargeait de les y nourrir toute leur vie, et de les soigner dans leurs maladies ; de leur côté, ils s’obligeaient par des vœux simples, à travailler au profit de la maison. Ls frères étaient logés dans la maison, où l’on trouvait ainsi, sans compter le service ordinaire, des tailleurs, cordonniers, charpentiers, tisserands, etc. On bâtit aux sœurs une maison séparée, où elles eurent soin de la lingerie, de la laiterie et autres choses de ce genre. Le séminaire eut ainsi des domestiques assurés, affectionnés et fidèles.

L’année suivante (1669) les Hospitalières de Montréal, établies dans cette ville depuis dix ans, reçurent une confirmation royale de leur établissement, à la prière des magistrats du Canada, mais surtout de M. de Laval. Ce digne pasteur se consolait par la formation de tant d’institutions utiles, des d‘boires qu’il épronvait d’un autre côt*. Nous avons dit tout ce qu’.l avait souffert de la traite de l’eau-de-vie, sous le gouvernement de M. d’Avauzxour. M. de Me2y, à peine arrivé, s’était laissé gagner comme celui-ci, soit par les importunités des colons, soit par son intérêt propre, et il favorisa sourdement la traite qu’il avait eu ordre et qu’il avait promis d'empêcher. M. de Tracy, qui vint ensuite, était trop éclairé et trop pieux pour ne pas tenir la main à l’exécution des ordres du roi. Il y ajouta même, ordonnant que tous les Français qui reviendraient de chez les sauvages, apport'raient une attestation des missionneires, comme quoi ils ne leur avaient point vendu d’eau-de-vie, sous peine de confiscation de leurs pelleteries. Mais son a/mimstration trop courte, fut suivie du gouvernement de M. de Courcelles qui n’agit que faiblement. M. Talon, qu vint deux fois en qualité d’intendant au Canada, poussé par quelques hommes intéressés eut encore moins d’égard aux réclamations du clergé. Mais M. de Laval ne perdit rien de sa fermeté. Il renouvela les preinières défenses qu’il en avait faites, et fulmina avec plus de solennité encore que la première fois les censures de l’Ezlise contre les trafiquants.

Le jour de Piques 1669, il célébra poruificalement la messe : après l’évangile, il monta en chaire, environné de son clergé, la tête ceinte de la mître et la crosse à la main. Après un discours pathétique où il avait p'is pour texte ces paroles de Dieu à Moïse: Descende, peccavit populus meus, il prononça lexcommunication contre tous ceux qui se rendraient coupables du trafic de l’eau-de-vie avec les sauvages : il ajouta encore qu’ii se résrvut le péché d2 ceux qui feraient, peï-

mettraient ou favoriseraient ce commerce d’une manière quelconque. Le gouverneur était présent à la messe ; se trouvant ainsi implicitement compris dans l’anathème, il s’en offensa et se plaignit avec amertume. On fit entendre au gouverneur que ce cas ne pouvait être réservé et qu’un gouverneur devait en être exempt. C’était une erreur. ‘Fout péché extérieur peut être réservé ; et tout homme soumis au tribunal de la pénitence, se trouve dans le cas de la réserve, s’il s’adresse à un confesseur qui n’a pas le pouvoir de l’en absoudre. La distribution de l’eau-de-vie étant condamnée comme un péché mortel, le gouverneur qui ha favorisait, n’était ni moins coupable ni plus privilégié que les autres. L’évêque n’écouta aucune plainte ; la réserve subsista et les confesseurs firent leur devoir. Cette année même, les désordres occasionnés par la traite allèrent si loin, que l’on fut à la veille de voir la

erre s’allumer de nouveau entre toutes les nations sauvages.

Trois soldats français avarent tué un des principaux chefs iroquois, après l’avoir enivré, afin de s’emparer de ses pelleteries : et dans la nation des Loups, trois autres misérables avaient tué six sauvages de la même manière, pour se rendre également possesseurs de leurs dépouilles.: Toutes les nations iroquoises se levèrent aussitôt en armes et la colonie menaçait de nouveau d’être mise tout en feu. Les missionnaires parvinrent cependant à les apaiser ; ils les déterminèrent à se réunir à Montréal, où l’on s’entendrait avec le gouverneurgénéral pour la réparation des crimes commis. M. de Laval fut prié de s’y trouver avec le gouverneur. afin que sa présence en imposât davantage. Les sauvage: firent leurs réclamations, auxquelles on fit droit ; on leur rendit ce qui avait ‘été pris, et les assassins furent mis à mort en l°ur présence. Cette prompte justice les satisfit pleinement et l’on se sépara sans colère de partet d’autre.

Peu de temps après, les chefs de toutes les nations sauvages se rendirent à Québec, afin de s’entendre avec M. de Courcelles sur les griefs dont les Ottawas et les [roquois avaient à se plaindre mutuellement. Le gouverneur qui voulait les empêcher de se faire la guerre, leur avait promis de faire droit à leurs demandes et de faire justice à tons. Hls firent leurs plaintes ; et par Fa prudence de Garakontié, le plus illustre des chefs Onontaguës, qui était venu de Ja part de son canton, et la fermeté de M. de Courcelles, l’accord fut conclu à la satisfaction de tout le monde. Garakontié était encore païen : mais il parla, avec toute la générosité d’une grande ame, aux Ottawas, de la manière indigne dont ils traitaient les missionnaires qu’on avait eu, disait-il, la bonté de leur confier. Et comme s’il n’eûüt attendu que l’occasion d’une assemblée si nombreuse pour faire profession de sa foi, il se déclara publiquement adcrateur de Jésus-Christ,

Îl ajouta qu’il était depuis long-temps chrétien dans le cœur, qu'il avait détesté toute sa vie la superstition dans laquelle il avait été élevé, et qu’il ne pouvait plus differer de se procurer à lui-même l’avantage qu’il avait procuré à tant d’autres. Puis s’adressant à l’évêque qui état présent, il le conjura de le recevoir sans délai au nombre des enfants de Dieu. Tout concourait à engager le prélat à accorder à un tel prosélyte ce qu’il demandait avec tant d’instance. Apôtre avant que de se déclarer chrétien, il avait toujours paru avoir autant à cœur l’établissement du christianisme dans sa nation, que les missionnaires eux-mêmes et toute la colonie lui avait de grandes obligations.

Rien n’était, d’ailleurs, plus capatle de rehausser la religion parmi toutes les nations sauvages, que de rendre leurs députés témoins de la conversion d’un homme aussi généralement estimé. L’évêque ne fit donc aucune difhculté de faire entrer cet illustre prosélyte dans le sein de l’Eglise ; il le savait suffisamment instruit, et le baptisa lui-même. Le gouverneur-général voulut lui servir de parrain, et Mile. de Bouteroue, fille du nouvel intendant, fut sa marraine: M. de Courcelles lui donna son nom qui était Duniel. On n’omit rien pour rendre cette cérémonie éclatante ; tous les députés des nations sauvages y assistèrent, et furent ensuite invités à un repas magnifique.

M. de Bouterour qui avait momentanément remplacé M. Talon, en qualité d’intendant, et à qui Colbert, dans une lettre à M. de Courcelles, donuuit des éloges pour les égards qu’il avait témoignés à l’évêque, au clergé et aux Jésuites, se vit remplacé l’année suivante (1670), par M. Talon qu revint alors reprendie ses fonctions. 11 amenait avec lui plusieurs pères Récollets à qui le roi, par un é&ilit de l’année précédente, accordait leur rétablissement. M. Talon se servit de son autorité pour leur faire rendre la maison et le terrain qu’ils avaient autrefois possédés sur les bords de la rivière St, Charles. Ils y bâtirent un joli couvent qu’ils cédèrent depuis à l’Hôpital-général, afin de s’établir dans la ville. L’évêque savait que M. Talon nw’amenait ces religieux que pour donner à la colonie des ministres plus indulgents, et qui, d’après ses idées, ne gênassent point les consciences et ne repoussassent point du sacré tribunal ceux que le prélat condamnait. Mais jamais mauvaise cause ne produisit peut-être de meilleur effet, M. de Laval, plein de confiance en Dieu, considérant les besoins d’une église naissante qui n’a jamais trop d’ouvriers, et trouvant du mérite dans ces religieux, leur fit avec son clergé Pacoucil le plus favorable. Il leur procura des secours abondants, eur fournit pendant plus d’une année la nourriture et les meubles, et leur donna, dès le commencement, quatre mis-

sions importantes ; les Trois-Rivières, l’Ile Percée, la rivière

? fut aussi Cette année qu’eut lisu Pérection de lPEvéché

€ Québec, Qui avait été retardé: par les embarr2s, Causés à

a cour de Rome, Par les Prétentions de Louis XIV. Le pape ne voulant relâcher aucun des droits du saint.sié 5e, l’accommo. it enfin AUX Conditions qne nous avons Täpportées,

6 ne fut, néanmoins, qu’en 1674, que Je OUvel évêque

€ Voyage eut lieu dans Je Courant de l’année 1672, et l’absence de l’évêque dura prés de trcis ans. 1] est inté-

reSsant pour église dy Canada, de Mentionner Pordination qu’il avait f è

celle de M. c arles Anados Martin, prêtre du Séminaire et le premier Canadien de naissance qu’il eût élevé aux ordres

éteinte, et Je Soin des 4mes Commis au Chapitre, à Ja Charge que les dignitaires, Chanoines et Prébendés feraient les fonctions Curial.s lour-ï-tour, Où Les feriont faire par quelque des SéTVant, avec l'agrément de lévéque, Quatre ans aUpara- Vant, M. de #Val avat uni [a Paroisse au séminaire, à la

COTPS : maïs ceci n’eut lieu que lorsque Je Chapitre eut été

effectivement Composé decclésiastiques différents de ceux

… du Séminaire, « L’évêque ACCepta alors cette démission, et par it : :

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Da retour dans son diocèse, après une si longue ab.cnce, avant la fin de l’année 1675, M. de Laval s’occupait de nouveau des travaux de sa chere Ezlise. Ses soins embrassaient tout et il ne se lassait de porter Ja main dans toutes les parties Ge son vaste diocess. En 1676, M. Fillon, curé de Sle.-Anne, surnv:uince la Bonne, tit rebâtir, avec l'agrément de son évêque, l’ezlise de cette paroisse plus grande et plus velle. La chapelie de Sainte-Anne était regardée comme la plus ancienne du Canada. fille avait été bâtie sur la rive gauche du Saint-Laurent, mais trop rapprochée du rivage : la marée qui ÿ imontait quelquefois, obligea de la transporter plus haut, et on la reconstruisit alors sur un terrain qu'avait üonné M. l’abbé du Caylus. M. de Laval en avait ratiic le contrat en 1666. Cette chapelle était célèbre, dés l’origine du Canada, par les miracles opérés à l’intercession de la mère de celle qui est si justeinent appelée la mère des miséricordes, miracles dont M. de Laval ht faire depuis un recueil

uthentique.

‘ A sept lieues d’ici, écrivait en 1665, la mère de l’Incarnation, il ÿ a un bourg appelé le Petit-Cap oùily a une église de Sainte-Anne, dans laquelle Notre-S'igneur fait de

randes merveilles en faveur de cette sainte mère de la très-

ainte-Vierge. On y voit marcher les paralytiques, les aveugles recevoir la vue, et les malades de quelque maladie que ce soit, recevoir la santé.” De nombreux pélerinages se fesaient à la bonne Sainte-Anne et l’on voyait accourir, comuné encore de nos jours, des peuplades entières de sauvages qui se revêtaient de leurs plus beaux habits, de leurs plus beaux ornements, pour venir honorer celle qui après Marie, est, à si juste titre, regardée comme la patronne et Ja protectrice spéciale du Canada. La reine Anne d’Autriche avait jadis envoyé de magnifiques ornements à sa patronne, et M. de Tracy s'était distingué par les présents considérables dont il était venu lui-même faire hommage aux pieds de la sainte avec le tribut de ses prières. Ce fut pour satisfaire à la piété des pélerins et surtout des marins qui l’invoquent ordinairement au milieu des dangers de la mer, que M. de Laval accorda l’agrandissement de cette église, dont l’éteniue ne pouvait plus suffire au grand nombre de ceux qui la fréquentaient (1676). C’est à Sainte-Anne qu’on fesait alors, comme de nos jours,des vœux avec confiance et qu’on apportait avec gratitude ses offrandes, en arrivant dans le fleuve.

L'église de Châtzau-Richer, dédiée à la Visitation de la Sainte-Vierge, avait été commencée en 1658, par M. de Caylus, mais on s’était tellement pressé pour y dire la messe, qu’on avait oublié de la bénir. Elle ne le fut que plus de vingt ans après (1685), lorsque le clocher fut terminé. En 1667, on

construisit celle de l'Ange-Gardien. Le séminaire en avait acheté le fonils ; elle ne fut d’abord que de colombage. M. Fillon, cu é de Beaupré (1675), avant que de l’êt'e de Sainte- Aane, la bâ.it aussi en pietres et employa dix mille livres à sa construction. A Feauport, il n°y avait qu’une simple chapelle domestique, appartenant à M. Giffart, seigneur du lien ; elle était dédiée à la Nativité de la Sainte- Vierge ; M. Martin en ayant été nommé curé, la rebâtit en pierres de taille et elle fut érigée en paroisse (1672). Celle de la Sainte-Famille dans ile d'Orléans fut bâtie en 1676, par les bi 8 de M. Panmiès qui en était curé, et aux dépens du sék l'aire ; et en 1677, M. Moret, curé de la côte de Lauzon, coñstruisit celle de Saint-Jos»ph. Les autres éghses furent bâties peuà-peu par les soins des curés, aux frais du séminaire de Qué. bec et de celui des Missions-Etrangères de Paris.

Nous avons déjà parlé de la fondation du séminaire de Québec : la maison que M. de Laval avuit bâtie, après son premier voyage en France, n’était qu’une demeure provisoire. Quinze ans après (mai 1678), il posa, avec nine grande s0lennité, la première pierre d’un nouvel édifice en pierre et qui était destiné à renfermer tout le personnel du séminaire, avec s°s élèves grands et petits, ainsi que le clergé de la ville. Ce nouveau séminaire fut dédié à la Sainte-Famille : après en avoir ensuite délibéré avec son clergé, l’évêque ordonna qu’on y suivrait à perpétuité, ainsi que dans tout le diocèse, le cérémonial de Rome, avec le bréviaire et le missel romain : ce qui depuis a toujours été exécuté. On fit une neuvaine pour obtenir la protection de Dieu que cette maison éprouva souvent, dit l’abhbé de Latour, &’une manière qui tient du

rodige. Le bâtiment fut bientôt achevé : ce fut un des plus

eaux du pays et d’une étendue capable de renfermer plus de cent personnes avec toutes les choses nécessaires à leur bienêtre dans un climat rigoureux. :

Un an auparavant, le roi avait signé à Saint-Omer l’ordonnance de l’établissement du séminaire de St.-Sulpice à Monttal, fondé comme nous l’avons dit plusieurs années auparavant par M. de Caylus, Abbé de Loc-Dieu, que nous avons vu au commencement de notre récit, opposé à M. de Lava Ils’était depuis lors pleinement justifié des erreurs qu’on lui avait imputées et s'était réconcilié avec ce prélat. C’était avec son agrément qu’il était ensuite retourné au Canada, en qualité de simple missionnaire avec MM. d’Urfé, d’Alet, de Salignac- Fénélon et quelques autres prêtres qui jamais ne cessèrent d’édifi.r la colonie. L’ordonnance royale amortissait à perpétuité la terre et la seigneurie de l’ile de Montréal, comme à Dieu dédiée et consacrée, en faveur du séminaire, 6 M. l’ublé de Caylus av:e M. Drouart, tous deux prêtres

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de St.-Sulpice, dit l’auteur de l’histoire de l’Hôtel-Dicu ce Québec, commencèrent cette nouvelle maison qui a été sou-

tenue depuis par les eujets que le séminaire de Paris lui en-

voie to: s les ans, qui écifient le peuple pur leurs vertus, qui

Paident et le consolent par leurs instructions, et qui le son-

lagent par les abondantes aumônes qu’i:s répandent dans toute

Pétniue de cette ile, ??

Nous avons vu les désordres que causait parmi ls sauvages chrétiens la traite de l’eeu-de-vie : elle avait commencé depuis sieurs années .t produisait toujours les mêmes effets qui av.ient déji coûté tant de larmes à ceux qui s’intéressaint au salut de ces peuples. Cependant le mal allait croissant ; les remèdes de PErlise étaient impuissants à arrèter des désordres favorisés par les chefs de la colonie. En 1675, M. de Laval avait envoyé en France M, Dedouit, un de ses grands-vicaires et «le ses plus dignes prêtres, pour obtenir le renouvellement des défenses. Mais tous ces mouvements ne pro luisant aucun effet, le digne prélat prit le par. ti d’aller lui-même à la cour solliciter un remède qu’il croyait si nécessaire. La cour était piévenue par le gouverneur et et l’intendlant, et l’évêque de Québec eut à essuyer des r-fus et des difficultés de toutes sortes. Le roi n’accorda à toutes ses demandes que l’ordre de restteindre la traite aux habitations françaises, c’est-à-dire qu’on ne pourrait porter de l’eau. de-vie aux sauvages, mais seulement leur en donner dans les maisons ; faible barrière à opposer au torrent qui entrainait ces malheureux. M, de Laval ne pouvant mieux fuire, re vint au Canada, après deux ans de poursuites presqu’inutiles, accablé de chagrin ct d’infirmités, et il se borna dès-. lors à n’user de son autorité que dans le for intérieur.

Durant les quatre années qui suivirent celle de son retour, il continua à s’occuper de son diocèse avec toute l’activité que sa santé pouvait encore lui permettre. Mais le désir d’ussurer l’avenir de son séminaire, était l’objet constant de scs pensées, C:: fut dans ce dessein que le 12 avril 1680, il fut fait a Paris, sur sa procuration et en son nom, une donation générale de tous ses biens au séminaire des Missions-Etrangères de Paris, pour être employés à l’entretien de celui de Québec (1). Cette donation fut ratitiée à Québec l’année

(1) Voici l’état des diverses acquisitions qui furent faites par M. de Laval pour son séminaire, au commencement ,de son é}iscopa*. 1. Un emplacement de se:ze arpens dans la haute-ville, joignant l'église paroissiale, sur la côte de Quebec, où l’on a Lâti le séminaire et léfriché on vaste jardin, avec une vue mag ifique sur le bassin ct le Qiuve. Il se trouve un ch:min couvert entre le séminaire et la pae

suivante, et insinuée, tant au châtelet à Paris, qu’à toutes les jurisdictions de la Nouvelle-France, à Québec, aux Trois- Rivières et à Montréal. Toutes les précautions imaginables furent prises par M. de Laval, pour assurer la durée de ses bienfaits et le sort du séminaire. Il le chargean en même temps de payer ses dettes et de remplir certaines cnarges. Il se réservait d’employer dans son testament jusqu’à la somme de trois mille livres, avec l’usufruit pendant sa vie, dont il n’usait que pour son entretien, toujours très-modique, laissant tout le surplus au séminaire, voulant, au reste, que le séminaire de Paris fût seul chargé de l’exécution de Ja donation, et qu’il eût seul l’inspection sur l’administration des biens donnés, velui de Québec n’étant tenu d’avoir de rapport avec lui que tous les trois ans. La distance des lieux rendant, né. anmoins, le recours à Paris, souvent impossible, et le long délai pouvant nuire aux affaires, le séminaire de Paris accorda par acte public du 6 juin 1682, à celui de Québec, de disposer de ses biens, et de se choisir son supérieur, à la charge d’en demander la confirmation.

Les charges de la donation et du testament de M. Laval étaient que Île séminaire ferait faire chaque année par deux de ses prêtres, la mission aux sauvages, et aux francais, pen dant quatre mois: qu’il ferait dire chaque jour, à perpétuité une messe pour le repos de l’ame du fondateur et de tous les ecclésiastiques du corps : qu’il ferait étudier et élever aux ordres sacrés huit jeunes gens pauvres à son choix, en préférant toujours ceux du diocèse aux étrangers, lequel nombre pourrait être élevé jusqu’à douze, par son testament ; que si ces charges devenaient aans la suite trop onéreuses, le séminaire de Paris seul, à l’exclusion de tout autre, en pourrait faire la réduction, voulant que dans toutes les occasions im=

roisse qui fut quelquefois contesté su séminaire, mais dont la cour lui adjugea le droit, 2. L'île d'Orléans, vendue depuis à M. Berih.lot, ctau lieu de Inquelle. le séminaire acquit celle de Jésus, près de Montréal. 3. La seigneurie de Beaupré de six lieues de lungueur sur plusieurs de largeur, renfermant les paroisses de l’Ange- Gardien, du Chateau-Richer, Ste.-Anne et SueJouchim. 40, Du même côté du fleuve, vers Tadoussuc, la baie de St.-Paul, de plus de dix lieues de longueur avec toute la profondeur qu’il plairait de prendre en défrichant, 5o. La terre de Coulonge et de St.-Michel, à une lieue au-dessus de Québec, en remont:nt le fleuve, où le séminaire avait une maison de camprgne. 6o. La Petite -Nation, autre grande terre du côté de Montréal. 11 y aurait eu de quoi faire ue grande province, si tout avait été peuplé et cultivé: mais à l’époque où M. de Lavsl les donna uu séminaire, toutes ces terres étaient de fort peu de valeur.

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portantes, on fût tenu à lui rendre compte detoutet de prendre ainsi que de suivre ses avis. Quoique toutes ces charges ne dussent avoir leur exécution qu’après la mort de M. de Laval, le séminaire, par reconnaissance, se fit un devoir de les acquitter dès le même jour.

Ce n’était pas sans dessein que le prélat avait travaillé à mettre ordre à ses affaires. Depuis longtemps sa santé était altérée, et sans être encore d’un âge bien avancé, il voyait mr jour ses forces diminuer sensiblement. Les infirmités bo avait contractées dans ses courses apostoliques, les souf-

rances de tout genre, par lesquelles le Seigneur avait voulu éprouver le saint évêque, les démêlés qu’il avait eus avec les pre les chagrins qu’il avait ressentis, en voyant les

ésordres d’une partie de son troupeau, sans pouvoir les arrêter, les tracas que lui donnèrent ensuite les récollets, à l’occasion d’une église et d’un nouveau monastère, qu’ils voulurènt construire dans Québec, malgré ses ordres ; toutes ces causes réunies lui occasionnèrent, dans les dernières années de son épiscopat, une maladie longue et douloureuse qui fit longtemps désespérer de ses jours, A peine rétabli, il recommença ses travaux ; mais il en fut bientôt si épuisé et si incommodé, qu’il se vit forcé de se retirer à une maison de campagne du séminaire, où il avait l’espoir de se remettre plus promptement. Mais ne pouvant trouver de soulagement à ses souffrances, il prit le parti de demander un coadjuteur au roi et de renoncer à l’évêché de Québec.

Une maladie populaire qui enleva beaucoup de monde vers cette époque, l’apparition d’une comête, qui jeta la consternation dans le pays, un incendie qui dévora la basse-ville (1682), achevèrent d’abattre le saint évêque. Il fallait toute sa charité et son courage, pour ne pas succomber à tant de maux. En bon pasteur, il visita et consola tout le monde, fit faire des prières publiques et des processions, à l’imitation de Saint- Charles Borromée, afin de fléchir Ja colère de Dieu. Il donna tout ce qu’il avait apporté de son dernier voyage en France, et se réduisit à une sorte d’indigence. On compte que pendant ces tristes années, il distribua jusqu’à trente mille livres, somme incroyable pour le temps et pour le pays, comme pour un homme qui n’avait ni bénéfice, ni patrimoine. Ses prières furent exaucées ; la paix revint au cœur des habitants ainsi que la santé, la colonie respira et le saint évêque eut la liber- Qu retourner en France, pour exposer ses besoins à Louis

6 Les forces de M. de Laval ne pouvaient en effet suffire à son zèle, dit l'Histoire de l’Hôtel-Dieu ; les fatigues continuelles qu’il essuyait dans les visites de son diocèse qu’il faisait quelquefois l’hiver avec un simple habit de gros drap, lui

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avaient déjà fait contracter plusieurs infirmités ; et par dessos tout cela, son humilité lui persuadait qu’un autre à sa place, ferait plus de bien que lui, quoiqu’il en fît véritablement beaucoup, parce qu’il ne cherchait que la gloire de Dieu, et le salut de son troupeau. Sa doctrine et ses éminentes vertus le fesaient regarder comme un très-digne :prélat ; lui ‘seul souhaitait d’être déchargé. ”?

Il partit pour la France vers la fin de l’année 1684, avec le dessein de demander un successeur. Mais ce dessein même souffrit plus d’une difficulté. Le roi qui connaissait son métite, et le besoin que le Canada avait d’un tel pasteur, ne consentit qu’à force d’instances au désir qu’il lui témoignait : mais en accordant à M. de Laval la grâce qu’il lui demandait, il lui laissa en même temps le choix de son successeur. L?6vêque de Québec demanda au Père de Valois, de la compagnie de Jésus, de vouloir bien lui désigner un homme vertueux et zélé enétat de continuer au Canada le bien qu’il ÿ avait commencé. Le P. de Valois lui parlu de Pabbé üe Saint-Vellier, aumônier du roi, et le lui dépsignit comme un ecclésiastique d’une grande piété, d’un rare exemple et d’un zèle ardent pour le service des ames. M. de Saint. Vallier s’était, en effet, distingué à la ‘cour par sa modestie et sa régularité. M. de Québec ne crut pas pouvoir faire un meilleur choix : il s’ouvrit à lPabbé de Saint-Vallier, à le ‘roi donna son agrément et M. de Lavwsl convint avec lui qu’il partirait pour le Canada en qualité de son grand-vicaire, afin de voir le pays et d’y prendre les mesures nécessaires pour y faire le bien, tandis que l’évêque de ‘Québec solliciterait ses bulles du Saint-Siége. M. de Saint-Vallier fit, en effet, ses préparatifs, et arriva à Québec le 30 juillet 1685, en ‘compagnie du marquis de PDenonwille, nommé au gouvernement général du Canada. Il y fit un séjour de deux années, pendant lesquelles il agit avec toute l’autorité de l’évêque, en se faisant connaître avantageusement à la colonie, puis revint en France pourêtre sacré, à la fin de l’année 1687.

Dès le printemps de l’année suivante, M. de Lawal arriva à Québec par le navire Soleil d’ Afrique. ‘On désirait ardemment son retour au Canada, dont il était absent depuis plus de trois ans: ce fut sans doute l’affection de ses anciens diocésains etde son séminaire qui le détermina à y revenir, sa famille et ses amis ayant employé tous les moyens imaginables pour le rete. niren France, après la consécration de M. de Saint-Vallier. Après son arrivée il ne demeura que quelques jours à Québec : désirant visiter une dernière fois les paroisses qu’il avait tormées avec tant de travaux, il remonta le Saint-Laurent et s’arrêta assez longtemps à Montréal. Mgr. Jean-Baptiste de La Croix-Chevrière de Saint-Vallier, son successeur, et le

second évêque de Québec, vint prendre possession de son dioz cèse, pendant l’automne de la même année. Il avait été sacré le 25 de janvier par M. Jacques Nicolas Colbert, archevêque de Carthage et coadjuteur de. Rouen, dans l’église de Saint- Sulpice de Paris. Ses bulles, datées de l’année précédente lui avaient été envoyées par le pape Innocent XI, à une époque où le pape n’en donnait à aucun des évêques de France, à cause du différend survenu entre la cour de Rome et Louis XIV, et dont le sujet n’est que trop bien connu. On crut à Rome pouvoir sans conséquence donner des bulles à un évêque qui ne dépendait que du Saint-Siège et qui appartenait à un pays étranger, et par la même raison, le roi permit au prélat de les recevoir.

Cependant M. de Laval s’était retiré dans son séminaire, où ses infirmités, devenues d’année en année plus sensibles, Pavaient presqu’entièrement confiné. Sans s’occuper d’une manière directe des affaires de son diocèse, il n’en surveillait pas moins ses progrès avec sollicitude ; et sans applaudir toujours à tous les actes de son successeur, dont il ne partageait pas en tout les vues, il n’en remerciait pas moinsle Seigneur du zèle de M. de Saint-Vallier et de l’activité avec laquelle le nouvel évêque de Québec travaillait au salut de son peuple et à l’avancement de son Eglise. M. de Saint-Vallier le consultait ordinairement dans les affaires épineuses : pendant les troubles causés par le gouverneur comte de Frontenac, au sujet des récollets, et où ces religieux manquèrent plus d’une fois de prudence et de discernement, M. de Laval eut à donner souvent des conseils modérés, et à travailler à adoucir les esprits irrités. Sa douceur et sa prudence arrêtèrent bien des éclats auxquels vraisemblablement on se serait porté sans ses avis. Ilne pouvait voir qu’avec douleur le trouble dans sa chère Eglise ; mais comme il était sans autorité, il ne pouvait que répandre des larmes, et offrir des vœux au ciel pour le maintien de la paix.

Sa patience et sa grandeur d’ame furent mises plus d’une fois à de rudes épreuves, surtout durant le stége de Québec par les Anglais (1690). Au milieu des alarmes que causait le bruit du canon que l’on entendait de toutes parts, et du feu continuel qui ne cessa pas un instant de part et d’autre, 1l allait consoler les religieuses dans leurs communautés et fortifiait le courage des prêtres de son séminaire. Le dernier jour du siége, les Anglais qui n’avaient pu entamer les murs de la ville, avaient fait, au nombre de quinze cents hommes, une descente sur la côte de Beauport, d’où le vieux mais vaillant de Saint-Denis les repoussa avec une soixantaine d'hommes, tambour battant, jusqu’à la Canardière. Dieu qui ménageait le Canada pour une autre époque, ne permis

pas qu’il tombât aux mains des Anglais, alors ennemis fanatiques du catholicisme qu’ils persécutaient vivement chez eux. Aussi ne fut-ce ni la valeur des officiers, ni la multitude des soldats qui les délogea alors de la position où les avait chassés M. de Saint-Denis. Quarante séminaristes qui étaient à Saint-Joachim, aussi vaillants que les élèves du petit-séminaire, qui, plus tard, s’organisèrent en milice urbaine, pour monter la garde au château Saint-Louis, où résidait le gouverneur anglais, et veiller sur les remparts de Québec mepacé par les Américains, quarante séminaristes, dis-je, qui brû laient du désir de combattre les Anglais alors les ennemis de leur pays, obtinrent la permission de veuir à Beauport. Ils maniaient habilement la mousquet, et dès la première décharge qu’ils firent, l’épouvante saisit les ennemis qui se persuadèrent que toutes les montagnes voisines étaient remplies de sauvages qui venaient les prendre par derrière : sans tenir le moindre conseil, ils s’embarquèrent avec autant de hâte que de confusion, abandonnant leurs munitions et leur artillerie, qui fut ensuite transportée à Québec à l’exception de trois canons, dont deux restèrent à Beauport et dont les séminaristes emportèrent le troisième en triomphe à Saint-Joachim. Cette action mit fin au siége de Québec qui fut levé après sept jours d’attaque. ,

M. de Laval, dans les veines duquel coulait le sang du premier baron chrétien, ne dut pas être insensible à la gloire acquise par les élèves de son séminaire. Sa vie tranquille et calme, troublée quelquefois encore par les bruits du dehors, continua ersuite à s’écouler comme auparavant dans la maison dont il était à la fois le père et le bienfaiteur. Le

remier chagrin personnel qu’il y éprouva, fut causé par a mort de M. Henri de Bernières, son amiet son compagnon, qu’il avait ordonné prêtre au Canada, quarante ans auparavant. -1lavait été curé de Québec, Il mourut le 5 décembre 1700, laissant vacante la charge de supérieur du séminaire dont il était revêtu et qu’il avait toujours remplie avec autant de piété que de désintéressement.

Le reste de la vie de M. de Laval ne fut plus qu’une suite d’épreuves bien douloureuses. Le 15 novembre 1701, le feu prit au séminaire et consuma en quelques heures cet édifice le

lus beau et le plus vaste qu’il y eut alors dans le Canada. Fous les prêtres qui en fesaient partie, étaient allés ce jour-là à Ssint-Michel ; ce fut durant leur absence qu’arriva l’incendie. À leur retour, il ne trouvèrent plus que des cendres : mais ils montrérent toute la grandeur de leur caractère, par la résignation avec laquelle ils apprirent cette perte. M. de Mezerets, leur supérieur, digne ami de M. de Laval, remercia Dieu comme Job, de leur avoir ôté ce qu’il leur avait donné.

On s'était efforcé de sauver les meubles de l’incendie, mais ce qu’en préserva des flammes fut en partie distrait par des gens qui avaient l’air de porter secours à la maison. Le séminaire perdit considérablement, et les habitants furent forcés de retirer tous leurs enfants. Les directeurs avec les autres ecclésiastiques trouvèrent un logis provisoire à l’évêché, M. de Saint-Vallier étant alors en France ; on porta dans ses appartements son vénérable prédécesseur, qu’on avait enlevé à demi-vêtu du milieu des flammes. Celui-ci voyait ruiner en un jour le fruit de ses travaux de tant d’années ; mais il supporta cette aflliction avec une soumission parfaite aux décrets d’en haut ; il ne forma aucune plainte, embrassant avec le calme d’un vrai chrétien la croix qu’il plaisait au Seigneur de lui envoyer.

Les vaisseaux qui étaient partis pour la France n’étaient pas encore bien loin ; il fut toutefois impossible de s’en servir pour envoyer à Paris la nouvelle de ce désastre. Les directeurs du séminaire envoyèrent par l’Angleterre un courrier qui la porta à leur commissaire, et sur l’exposé de leurs mémoires, le roi leur accorda une pension de quatre mille livres pour aider à rebâtir leur maison.

Au bout de quatre ans ce malheur commençait à se réparer ; le nouveau séminaire était presqu’entièrement terminé, et l’on travaillait activement à garnir l’intérieur, lorsque le 1er. octobre 1705, un nouvel incendie, causé par la négligence d’un ouvrier qui fumait dans une chambre où etaient les menuisiers, consuma la plus grande partie du nouvel édifice, malgré les prompts secours qu’on apporta de toutes parts. Tous les meubles et les provisions furent perdus : les directeurs furent forcés de congédier de nouveau une partie de leurs élèves et de laisser pour un temps un certain nombre d’entr’eux auxquels ils donnaient une éducation gratuite. M. de Laval eut à faire, duns cette triste circonstance, un nouveau sacrifice à Dieu. Il accepta cette nouvelle affliction en vrai serviteur de Jésus- Christ. Il était alors tout-à-fait infirme. On le transporta dans la maison des Jésuites, où il demeura plusieurs jours, pendant qu’on lui préparait un petit appartement dans la partie du séminaire que les flammes avaient épargnée.

Cette seconde et si pénible épreuve fut: la dernière qu’eut à sapporter ce digne prélat. ‘ Depuis longtemps, dit la pieuse auteur de l'Histoire de l’Hôtel-Dieu, il languissait dans les infirmités, que ses immenses travaux et son grand âge lui avaient attirées, il approchait du terme que les justes regardent comme l’objet de leurs désirs. Un prêtre du séminaire qui avait toujours eu pour lui une parfaite vénération, le voyant près de sa fin, lui dit : Nous quitteriez-vous, sans nous rien dire ? *” et lui nommant plusieurs prélats qui ont exhorté leurs enfants spirituels, avant que de ss : qui leur ont donné des avis

salutaires, il Nr 66 Pourquoi ne feriez-vous pas commé eux ? ” le prélat lui répondit : 46 Ils étaient des saints, et je suis un pécheur. ? Ilne témoigna pas moins le désir qu’il avait du salut de son troupeau ; et plein de grands sentiments, il mourut le 6 de mai 1708. ?’—-C’était en l’absence de M. de Saint-Vallier.

Toute la colonie pleura le prélat vertueux qui avait été si longtemps son premier pasteur. On se disposa à lui faire de pompeuses funérailles. Les religieuses de l’Hôtel-Dieu à qui il avait toujours témoigné une affection toute paternelle, demandèrent instamment à voir une dernière fois le pasteur qui les avait si constamment guidées dans la voie de la perfection. On leur accorda cette consolation, et à leur exemple, toutes les communautés: de la ville demandèrent la même faveur. Le jour des obsèques, les prêtres du séminaire portèrent sur leurs.épaules le corps du saint prélat,, revêtu de ses habits pontificanx : àla clarté d’une multitude de flambeaux, le cortége, environué du clergé et de tous les corps religieux, militaires et civils de Québec, se rendit successivement dans toutes les églises, que l’on avait magnifiquement tendues de noir ;, at milieu s’élevaient de pompeux catafalques sur lesquels on déposait, en chantant solennellement les psaumes de la mort, le corps du prélat.

Telle était la renommée de sa sainteté (1), que tout le monde voulait avoir quelque chose à faire toucher à son corps. Les malades s’en approchaient avec confiance, et on l’invoqua dès-lors comme un saint. M. de la Colombière, frère du célèbre prédicateur de ce nom, fit son oraison funèbre, relevant bien plus l’éclat des vertus éminentes dont la vie de ce prélat n’avait été qu’une longue suite, que l’antiquité et la

(1) L’auteur de ces pages réclame l’indulgence des lecteurs instruits de la vie de M. de Laval, en les priant de considérer qu'il n’a eu que quelques jours pour faire ce travail qui, tout incomplet qu’il peut être, a cependant exigé le dépouillement d’un certain nombre d’ouvrages, dont les principaux sont : Les mémoires sur la vie de M. de Laval, par l’abbé de Latour, dont il n'existe que le premier volume ; la vie et les lettres de la Mère de l’Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec ; l’histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec ; le recueil des ordonnances du roi et des gouverneurs sur le Canada ; l’histoire de ia Nouvelle-France de Charlevoix ; l’oraison funèbre da M. de S. Vallier, etc. L’auteur ne peut se flatter d’avoir entière. ment bien fait ce qu’il a écrit ; il a tiré seulement tout le parti qu’il a pu du peu de matériaux qu'il avait sous la main, surtout pour le cadre étroit qui lui était tracé. On lui avait demandé une Esquisse ; à d'autres plus instruits de cette matière appartient maintenant de compléter une œuvre qu’il n’a fait qu’ébaucher. |

noblesse de la maison qui lui avait donné naïssance. On admirait en lui, dit encore un auteur du temps, toutes les vertus que Saint Paul demande dans un évêque. M. de Laval fut enterré dans sa cathédrale, au pied du maître-autel, et les procès-verbaux levés par M. Charles de Glandelet, doyen du chapitre de Québec, après la mort de l’évêque, constatent qu’il s’opéra plusieurs miracles à son tombeau. Nous n’ajouterons rien pour compléter l’éloge de M. de Laval : sa vie si humble, si remplie de grandes œuvres, sa haute piété, ses travaux, dignes des évêques des premiers siècles ; sa fermeté, sa vigilance et sa charité toutes chrétiennes, n’ont pas besoin de commentaires, et il suflit de voir ce qu’il a fait, pour faire tomber dans le néant les mensonges brillants à l’aide desquels on n’essaya que trop souvent de ternir sa conduite et la pureté de ses intentions. L’arbre qu’il a planté a porté son fruit, et le siége de Québec, alors humble et isolé sur la terre d'Amérique, est aujourd’hui la digne métropole de PAREUREEN es illustres qui brillent de tout l’éclat du catholicisme sur Îles vastes contrées qu’arrose le Saint-Laurent.

E. C. B. pe B.

Québec, le jour de la fête de St. Etienne, 1845.

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