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Laval se signala comme à l’ordinaire, et malgré de fréquents vomissements dont il était incommodé, il ne cessa de rendre aux malades et aux mourants tous les services de la plus tendre charité. IL avait distribué des emplois à chacun des membres de son petit clergé, en se réservant pour lui-même les plus pénibles: de toutes les douceurs et des provisions de volailles et de liqueurs qu’on avait emburquées pour adoucir les dégoûts de son voyage et de celui de ses compagnons, il ne garda abso- Jument rien ; mais il distribua tout aux malades, son clergé et ses domestiques supportant avec plaisir, à son exemple, des privations inspirées par la charité. Tous en firent le sacrifice avec joie, s’attirant ainsi les bénédictions de l’équipage et des passagers qui ne se lassaient point d’admirer leur mortification et leur amour du prochain. La compagnie qui, depuis son établissement par le cardinal de Richelieu, avait gouverné le Canada, en avait résigné le domaine au roi en 1663. M. Gandais, nommé par Louis XIV, peur en prendre possession, y était arrivé en même temps que . de Laval, qui fut le premier à vouloir se faire inscrira avec son clergé sur les régistres du recensement général que le commissaire royal fit faire de toute la colonie, dès les premiers jours de son arrivée. L’établissement d’une cou” souveraine n’était pas du ressort de l’Eglise : ce fut néanmoins à son premier évêque que le Canada fut redevable de cette institution ; cé prélat en avait obtenu l’érection en 1662, avec le pouvoir d’en choisir les membres de concert avec le gouverneur ; ce qui fut exécuté vers la fin de l’année suivante. Les lettres patentes en furent enrégistrées, et leur inscription aie go de peu selle du séminaire dont les lettres patentes urent enrégistrées le 10 octobre de la même année. Ce conseil souverain, à qui l’on trouva plus tard à propos de n’attribuer que le titre de conseil supérieur ou de parlement de Québec, jugeait en dernier ressort les affaires du Canada: le gouverneur, l’évêque, l’intendant, quatre conseillers, un procureurgénéral et un greffier en chef en composèrent le personnel. Ces derniers officiers devaient être choisis par le gouverneur de concert avec l’évêque et l’intendant, parmi les notables de Ja ville, avec pouvoir de les changer tous les ans ou de les continuer, On leur donna aussi le pouvoir d’établir des juges inférieurs dans les justices royales, c’est-à-dire autres que celles des seigneurs. Le roi donnait au conseil toute jurisdiction en dernier ressort dans toute l’étendue de la colonie, ordonnant qu’on y suivit la coutume de Paris, la jurisprudence
- du parlement de Paris, et les ordonnances royales concernant
la procédure tant civile que criminelle. Le nombre des officiers fut depuis augmenté, comme on peut le voir dans les diverses histoires du Canada.
L'établissement du séminaire était ce que M. de Laval avait le plus à cœur depuis son retour de France, Les membres de son clergé qu’il destinait à former cette communauté, demeu» raient avec lui dans une maison à laquelle il avait travaillé depuis quelque temps et qui se trouva prête avant l’hiver à le recevoir avec tout son monde, C’était un bâtiment aussi commode et solide que le permettaient le temps et les circonstauces, d’après les lettres de la Mère de l’ncarnatioti, et ce fut en ce lieu que commença le séminaire de Québec : l’habitation n’était pas grande ; mais le prélat se proposait de Pagrandir au printemps: la construction réelle du sé inaire tel qu’il fut plus tard, ne fut toutefois commencée qu’en 1678, A cle de St. Augustin et de tant d’autres illustres évêques de la primitive Eglise, M, de Laval ne formait avec tout son clergé et son séminaire qu’une même communauté qui ressemblait à ne famille dont il était le père. Biens de patrimoine, bénéfices simples, pensions de la cour, présents et honoraires, ils mirent tout en rommun. La pauvreté des paroisses, celle des prêtres qu’il y envoyait en mission, les fatigues extrêmes qu’ils avaient à y supporter et qui souvent les rendait infirmes avant l’âge ordinaire, la crainte de voir plus tard ces pauvres prêtres manquer du nécessaire dans leur vieillesse, avaient inspiré à l’évêque l’idée si chrétienne de ne faire de tout son clergé qu’une seule famille.
Il voulut que la maison de l’évêque fut !a maison communé de tons les ecclésiasti ques et leur centre commun tant au tem-
orel qu’au spirituel. Il s’engagea à fournir à chacun tout ce qui ui serait nécessaire. Il voulait que quand les affaires, les maladies, la piété, les attiraient à Québec, ils trouvâssent chez lui un asile toujours ouvert, et qu’ils y vinsseit même chaque année y faire une retraite: que quand l’âge ou les infirmités les mettraient hors d’état de travailler, ils y eussent une ressource assurée jusqu’à la fin de leurs jours et les prières de la communauté après leur mort, Par ce moyen, les missionnaires, déchargés de toute sollicitude temporelle, se livraient plus librement à leurs travaux apostoliques. Il travailla à ce pieux dessein jusqu’à l’établissement complet de son séminaire : mais comme cette maison n’était pas en état de fournir à toutes les dépenses, il exigea des missionnaires de rendre compte du revenu qu’ils pourraient tirer de leurs paroisses, et d’en remettre le superflu au supérieur du séminaire, pour les empêcher de thésauriser. A cet effet, il réunit au séminaire toutes les dîmes et cures de campagne, ainsi que le chapitre et la cure de Québec.
Tel était l'esprit de pauvreté de M. de Laval et de ses premiers coopérateurs, qu’ils balancèrent long-temps à faire des acquisitions. Mais ayant considéré qu’ils ne pouvaient eon-
Yenablement vivre d’aumônes, ils résolurent à la fin de faire des acquisitions suffisantes pour l’entretien honnête du sémifaire, en continuant néanmoins à laisser toujours les biens en commun entre les mains du supérieur. Cet ordre naturellement dut changer dens la suite : il y eut bien des contestations de la part des gouverneurs, de la cour, ou des parlements, au sujet des curés. Îls furent séparés plus tard du séminaire, et l’on chercha bien des fois à rendre leurs bénéfices inamovibles : toutefois, ils ne le devinrent Jonas entièrement ; chose qui excita bien souvent et bien mal-à-propos, des murmures contre Perrangement de M, de Laval,
Quoiqu’ilen soit, cette administration n’en était pas moins la plus propre à maintenir l’union et la dépendance légitime du clergé envers son évêque, et l’on peut dire que c’est à ces deux grands avantages que le Canada fut redevable des rapides progrès de la religion, et le clergé (le la piété édifiante qui le distingua à toutes les époques. M. de Laval leur servit de modèle : défiant de lui-même et d’une humilité profonde, il leur montra qu’il savait suivre les préceptes évangéliques, en se fesant le plus pelit parmi ses inférieurs, et en pratiquaut ce conseil du prince des upôtres : Gardez-vous de dominer sur le clergé ; mais rendez-vous de bon cœur la règle de votre troupeau. Il avait des assemblées fréquentes avec ses grandsvicaires, les principaux de son chapitre, les supérieurs des communautés et les religieux distingués par leur mérite ou leur vertu. Point d’affaire importante, qu’il ne la leur proposât, et s’il s’agissait des paroisses, 11 ne fesait rien qui les regardât, sans les consulter de vive voix ou par éciit. Aussi jamais prélat ne fut plus obéi, aimé et respecté de son clergé, et moins accusé de despotisme par ses prêtres et ses auxiliaires que M. de Laval,
Il ne se borna pas seulement à l’union des membres dy clergé ; il voulut encore y faire entrer les communautés religieuses de son diocèse. Ce projet, la sagesse et la charité l’inspiraient au vicaire apostolique. Il n’y avait alors en Canada que les Jésuites et les Sulpiciens de Montréal. Pour mieux prévenir les divisions qui pourraient naître dans la suite, al fit passer en 1665 un acte d’association entre ces deux com-
unautés et le séminaire. Ils promettaient de vivre comme des es. en union de prières, d'exercer les uns envers les autres tous les devoirs de l’hospitalité ; d’aller les uns chez les autres faire l’office et prêcher aux différentes fêtes patronales, et d’administrer en commun les sacrements à la cathédrale. Les religieuses entrérent elles-mêmes dans cette association, pour la communauté des prières : les prêtres séculiers et les Jésuites leur promirent de leur fournir gratuitement des supérieurs, çonfesseurs.et chapelains ; ce qui maintint toujours parmi elles
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Panion et la régulatité, C’était avant Son voyage en France, cue M. de Laval avait donné à son clergé ces témoignages de sa qharité : mais il avait accordé aux Jésuites en particulier un monument de sa reconnaissance pour les innombratles services qu’ils avaient rendus à son diocèse, Il avait établi qu’à perétuité la paroisse de Québec irait proces-ionnellement avec e clergé, faire l’office dans leur église au jour de la Circoncision et à celui de St. François-Xavier qui était chômé dans le diocèse, ainsi qu’à la fête de St. Ignace, lorsqu’elle tomberait un dimanche.
Nous avons rapporté que la nomination du nouveau gouverneur-général avait été laissée par le roi au choix de M. de Laval, et que celui-ci avait DE M. de Mezy, avec qui il avait été lié autrefois d’une manière très-intime chez M. de Bernières. M. de Mezy, ancien major de la citadelle de Caen, fesait profession d’une haute piété; et le prélat pouvait, ce semble, tout attendre d’un homme que la religion, l’amitié et la reconnaissance devaient attacher inviolablement à sa personne. Mais à peine M. dé Mezy fut-il installé au Canada, qu’il parut tout autre. Les esprits inquiets qui avaient aigri le baron d’Avaugour, rallumèrent plus que mate le feu de la division. Le
ouverneur changea presque subitement. On lui rendit suspects e clergé et l’évêque, qu’il avait or respectés et on parvint à lui inspirer un violent chagrin de n’avoir pas dans le con seil l’autorité et les fonctions de président, lesquelles étaient at tribuées à l’intendant, dont la charge était inférieure à la sienne.
La prétention du gouverneur à cet égard avait quelque chose de plausible : car aussi long-temps que le Canada avait appartenu à une compagnie particulière, le gouverneur avait eu seul la présidence au conseil. Mais en instituant un conseil souverain, le roi qui ne voulait pas donner au Lit une paissance trop absolue, avait jugé à propos de déléguer la présidence à l’intendant, sans lui en donner le nom. . de Mezy vit ce changement avec d’autant plus de peine, qu’il se trouvait par là privé d’une assez forte portion des honoraires et des droits dont avaient joui ses prédécesseurs. Il prétendit que la colonie devait Ini payer la même somme que la compagnie leur donnait auparavant. Les membres du conseil et tous ceux qui s’upposaient à ses désirs, ressentirent les effets de sa mäuvaise humeur. Deux des principaux furent embarqués violemment par son ordre et renvoyés en France sans forme de procès, et d’autres mis à leur place. Jl se forma alors une opposition juridique contre lui, qui protesta de la nullité de cette nomination, mais qui pour cela ne fit que l’aigrir davantage.
évêque lui-même s’attira son indignation, pour avoir voulu, en qualité d’ami, lui faire des remontrances. Il traita
le prèlat avec lu dernière inconvenance et lui jeta avec empore tement le passe-partout du séminaire qu’il lui avait donné pour pouvoir entrer à toute heure. sans y être aunoncé : il le traversa dans toutes ses vues et affecta dorénavant de lui refuser même jusqu'aux moindres égards de la bienséance, Enfin, il en vint à des extrémités incroyables Un jour, a la tête do ses gardes et de la garnison du château, il investit l’église et la maison de Péréque. Le prélat, sans s’étonner, fait au ied de l’autel sa pri re avac le secrifice de sa vie ; jus paraît la porte de l’église devant le gouverneur et sa petite armée. Le bruit courut que M. de Mezy avait donné ordre de le saisir ou de tirer sur lui: mais ce fait est difficile à croire et d’ailleurs il a été désavoué. Ce qui est certain, c’est que les soldats, loin de lui fairè la moindre insulte, défilèrent resectueusement devant lui et lui firent en passant, comme s’ils s'étaient donné le mot, chacun le salut des armes qu’on ne fait qu’aux princes et aux généraux. Le gouverneur, confus de sa conduite, se hâta de se retirer.
Cette affaire fit naturellement grand bruit à la cour. A la vérité l’évêque ne porta aucune plainte ; mais toute la colonie le fit ” ss lui M. de Mezy n’en continua pas moins à faire ses eforts pour contrecarrer le prélat dans tous ses plans, surtout à l’occasion des aîmes et des cures. Ainsi que nous l'avons déjà fait entendre, les prêtres ne desservaient d’abord les paroisses du Canada que par commission de l’évêque ou du séminaire, auquel une promesse de vive voix ou par écrit les liait d’ordinaire, suivant te dessein qu'avait M. de Laval de faire de tous les ecclésiastiques de son diocèse un peuple de frères. Lors de son voyage en France, on lui avait aecordé que les dîmes seraient payées aux directeurs du nouveau séminaire, et taxées au treizième de tout ce qui se doit à l’église. M. de Mezy chicana sur ce chiffre tout le temps qu’il fut encore au pouvoir, fomenta partout des mécontentements contre l’évêque et appuya les plaintes des colons qui devinrent enfin
i menaçantes, malgré les concessions que ce prélat avait faites, qu’il faut retirer le missionnaire qui demeurait sur la côte de Beaupré, où il n’était plus en sûreté.
Ces Vue tra et ces clameurs ne cessèrent que lorsque le couseil supérieur eut réduit les dîmes au vingt-sixième : un arrêt fut rendu alors qui réglait cet objet, en disant qu’elles seraient payées en grains et non en gerbes, et nie les terres nouvellement défrichées ne paieraient rien les cinn nreniières années. Ce règlement fut exécuté. Mais dns La siite, la colonie s’étant encore accrue, il parut nécessaire d’établir de nouvelles missions et de nouveaux curés. On demanda alors que lies cures fussent détachées du séminaire et que les dîmes éppartinssent aux curés, et en même temps on traita de leur
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