NEUVIÈME ÉPOQUE
(Suite)
Cette méthode devint bientôt celie de tous les philosophes, et c'est en l'appliquant à la naorale, à la politique, à l'économie publiçfue, qu'ils sont parvenus à suivre dans ces sciences une marche presque aussi sûre que jelle des sciences naturelles; à n'y plus admettre que des vérités prouvées, à séparer ;es vérités de tout ce qui peut rester encore le douteux et d'incertain ; à savoir ignorer, mfin, ce qu'il est encore, ce qu'il sera touours impossible de connaître.
Ainsi, l'analyse de nos sentiments nous fait lécouvrir, dans le développement de notre faculté d'éprouver du plaisir et de la douleur, 'origine de nos idées morales, le fondement ies vérités générales aui, résultant de ces idées, déterminent les lois immuables, né*
cessaires du juste et de Tinjuste; enfin, le motifs d'y conformer notre conduite, puisé dans la nature même de notre sensibilité dans ce qu'on pourrait appeler en quelqu sorte notre constitution morale.
Cette même méthode devint en quelqu fjorte un instrument universel; on apprit , remployer pour perfectionner celle desscieu ces physiques, pour enéclaircirles princij '^ pour en apprécier les preuves ; on retenu l'examen des faits, aux règles du goût.
Ainsi cette métaphysique, s' appliquant i tous ces objets de l'intelligence humaine, analysait les procédés de l'esprit dans chaqu( genre de connaissance, faisait connaître h nature des vérités qui en forment le système celle de l'espèce de certitude qu'on peut 3 atteindre, et c'est ce dernier pas de la philosophie, qui a mis en quelque sorte une barrière éternelle entre le genre humain et lej vieilles erreurs de son enfance, qui doit l'empêcher d'être jamais ramené à son ancienne ignorance par des préjugés nouveaux, comme il assure la chute de tous ceux que nous conservons, sans peut-être les connaître tous encore ; de ceux même qui pourront les rempla« cer, mais pour ne plus avoir qu'une faible influence et une existence éphémère.
Cependant, en Allemagne, un homme d'un génie vaste et profond jetait les fondements d'une doctrine nouvelle. Son imagination ardente, audacieuse, ne peut se reposer dans une philosophie modeste qui laissait subsister des doutes siir ces grandes questions
le la spiritualité ou de la persistance de l'âme lumaine, de la liberté de l'homme ou de îellede Dieu, de l'existence de la douleur et iu crime dans un univers gouverné par une ntelligence toute-puissante, dont la sagesse, a justice et la bonté semblent devoir les ex- ;lure. 11 trancha le nœud qu'une sage anayse n'aurait pu dénouer. Il composa l'uniers d êtres simples, indestructibles, égaux »ar leur nature. Les rapports de chacun de ;es êtres avec chacun de ceux qui entrent ,vec lui dans le système de l'univers, déterminent ses qualités, par lesquelles il diffère .e tous les autres; l'âme humaine et le dernier tome qui termine un bloc de pierre sont gaiement une de ces monades. Elles ne diflfèent que par la place différente qu'elles ocupent dans l'ordre de l'univers.
Parmi toutes les combinaisons possibles de es êtres, une intelligence infinie en a préféré ne, et n'en a pu préférer qu'une seule, la lus parfaite de toutes. Si celle qui existe ous afflige par le spectacle du malheur et u crime, c'est que toute autre combinaison ût encore présenté des résultats plus dou- )ureux.
jNous exposerons ce système qui, adopté, u du moins soutenu par les compatriotes de eibnitz, a retardé parmi eux les progrès de i philosophie. On vit une école entière de hilosophes anglais embrasser avic enthouiasme et défendre avec éloquence la doctrine e l'optimisme ; mais, moins adroits et moins rofonds que Leibnitz, qui la fondait princi-
paiement sur ce qu'une intelligence toutepuissante, par la nécessité même de sa nature n'avait pu choisir oue le meilleur des univers possibles, lis cnercnereni aans i oDservation du nôtre la preuve de sa supériorité et perdant tous les avantages que conserv( ce système tant qu'il reste dans une abstrait< généralité, ils s'égarèrent trop souvent dans des détails ou révoltants, ou ridicules.
Cependant en Ecosse, d'autres philosophes ne trouvant point que l'analyse du développement de nos facultés réelles conduisît à ui principe qui donnât à la moralité de nos actions une base assez pure, assez solide, imaginèrent d'attribuer à l'àme humaine une faculté nouvelle, distincte de celles de sentir oi de raisonner, mais se combinant avec elles faculté dont ils ne prouvaient l'existence qu'ei assurant qu'il leur était impossible de s'er passer. Nous ferons l'histoire de ces opinions. et nous montrerons comment, si elles ont nu à la marche de la philosophie, elles ont éU. utiles à la propagation plus rapide des Idéef philosophiques.
Jusqu'ici, nous n'avons montré les progrès de la philosophie que dans les hommes qu l'ont cultivée, approfondie, perfectionnée ; i nous reste à faire voir quels ont été se.^ effet sur l'opinion générale, et comment, tandis que, s'éievant enfin à la connaissance de Is méthode certaine de découvrir, de reconnaître la vérité, la raison apprenait à se préserver des erreurs où le respect pour l'autoritt ■^t rinaa^ioatiûii l'avaient si souvent entra!-
née, elle détruisait en même temps, dans la [nasse générale des individus, les préjugés lui ont si longtemps affligé et corrompu l'espèce humaine. Il fut enfin permis de proclamer hautement ce droit si longtemps méconnu de soumettre toutes les opinions à notre propre raison, c'est-à-dire d'employer, pour saisir la vérité, le seul instrument qui nous lit été donné pour la reconnaître. Chaque ^iomme apprit, avec une sorte d'orgueil, que a nature ne l'avait pas absolument destiné à îroire sur la parole d'autrui ; et la supersti- ;ion de l'antiquité, l'abaissement de la raison levant le délire d'une foi surnaturelle, disparurent de la société comme de la philosophie.
Il se forma bientôt en Europe une classe i'hommes moins occupés encore de découmr ou d'approfondir la vérité que de la répandre, qui, se dévouant à poursuivre les préluges dans les asiles où le clergé, les écoles, es gouvernements, les corporations ancienles, les avaient recueillis et protégés, mirent eur gloire à détruire les erreurs populaires plutôt qu'à reculer les limites des connaissant îes humaines, manière indirecte de servir à eurs progrès, qui n'était ni la moins périleuse, ni la moins utile.
En Angleterre, Collins et Bolingbroke, en France, Bayle, Fontenelle, Voltaire, Montes- [juieu et les écoles formées par ces hommes célèbres, combattirent en faveur de la vérité, employant tour à tour toutes les armes que l'érudition, la philosophie, l'esprit, le talent d'écrire peuvent fournir à la raison, prenant
tous les tons, employant toutes les formes, depuis la plaisanterie jusqu'au pathétique , depuis la compilation la plus savante et la plus vaste, jusqu'au roman, ou au pamplilet du jour; couvrant la vérité d'un voile qui ménageait les yeux trop faibles , et laissait le plaisir de la deviner; caressant les préjugés avec adresse pour leur porter des coups plus certains; n'en menaçant presque jamais, ni plusieurs à la fois, ni même un seul tout entier; consolant quelquefois les ennemis de la raison, en paraissant ne vouloir dans la religion qu'une deroi-tolérance, dans la politique qu'une demi-liberté; ménageant le despotisme quand ils combattaient les absurdités religieuses, et le culte quand ils s'élevaient contre la tyrannie ; attaquant ces deux fléaux dans leur principe, quand même ils paraissaient n'en vouloir qu'à des abus révoltants ou ridicules, et frappant ces arbres funestes dans leurs racines, quand ils semblaient se borner à en élaguer quelques branches égarées; tantôt apprenant aux amis de la liberté que la superstition, qui couvre le despotisme d'un bouclier impénétrable , est la première victime qu'ils doivent immoler, la première chaîne qu'ils doivent briser; tantôt au contraire la dénonçant au despote comme la véritable ennemie de leur pouvoir, et les effrayant du tableau de ses hypocrites complots et de ses fureurs sanguinaires : mais ne se lassant jamais de réclamer l'indépendance de la raison, la liberté d'écrire comme le droit, comme le salut du genre humain; «'élevant avec une iufatigable
énergie contre tous les crimes du fanatisme et de la tyrannie ; poursuivant dans la religion, dans Tadministration, dans les mœurs, dans les lois, tout ce qui portait le caractère de l'oppression, de la dureté, de la barbarie ; ordonnant, au nom de la nature, aux rois, aux guerriers, aux magistrats, aux prêtres de respecter le sang des hommes; leur reprochant avec une énergique sévérité celui que leur politique ou leur indifférence prodiguait encore dans les combats ou dans les supplices, prenant enfin pour cri de guerre : raison,, tolérance,, humanité.
Telle fut cette philosophie nouvelle, objet 3e la haine commune de ces classes nombreuses qui n'existent que par les préjugés, ne virent que d'erreurs, ne sont puissantes que par la crédulité ; presque partout accueillie, [nais persécutée, ayant des rois, des prêtres, ies grands, des magistrats pour disciples et pour ennemis. Ses chefs eurent presque touiours l'art d'échapper à la vengeance, en î'exposant à la haine, de se cacher à la persécution en se montrant assez pour ne rien perdre de leur gloire.
Souvent un gouvernement les récompensait d'une main en payant de l'autre leurs calomniateurs, les proscrivait et s'honorait que le sort eût placé leur naissance sur son territoire, les punissait de leurs opinions, et aurait été humilié d'être soupçonné de ne pas les partager.
Ces opinions devaient donc devenir bientôt celles de tous les hommes éclairés, avouées
par les uns, dissimulées par les autres avec une hypocrisie plus ou moins transparente, suivant que leur caractère était plus ou moins timide et qu'ils cédaient aux intérêts opposés de leur profession ou de leur vanité. Mais déjà celui-ci était assez puissant pour que, au lieu de cette dissimulation profonde, des âges précédents, on se contentât poup soi-même et souvent pour les autres d'une; réserve prudente. \
Nous suivrons les progrès de cette philosophie dans les diverses parties de l'Europe, où l'inquisition des gouvernements et des prêtres ne put empêcher la langue française, devenue presque universelle, de la porter avec rapidité. Nous montrerons avec quelle adresse la politique et la superstition employèrent contre elle tout ce que la connaissance de l'homme peut offrir de motifs pour se défier de sa raison, d'arguments pour en montrer les bornes et la faiblesse, et comment on sut faire servir le pyrrbonisme même à la cause de la crédulité.
Ce système si simple, qui plaçait dans la jouissance d'une liberté indéfinie les plus sûrs encouragements du commerce et de l'industrie, qui délivrait les peuples du fléau destructeur et du joug humiliant de ces impôts répartis avec tant d'inégalité, levés avec tant de dépense et souvent avec tant de barbarie, pour y substituer une contribution juste , égale et presque insensible ; cette théorie qui liait la véritable puissance et la richesse des Etats au bien-être des individus
t au respect pour leurs droits; qui unissait ar le lien d'une félicité commune les difltéîntes classes , entre lesquelles ces sociétés ; divisent naturellement ; cette idée si con- )lante d'une fraternité du genre humain, ont aucun intérêt national ne devait plus 'oubler la douce harmonie ; ces principes iduisants par leur générosité comme par sur simplicité et leur étendue, furent proagés avec enthousiasme par les économistes •ançais. Leur succès fut moins prompt , loins général que celui des philosophes ; ils ;^aient à combattre des préjugés moins grosers, des erreurs plus subtiles. Ils avaient 3soin d'éclairer avant de détromper, et d'ins- 'uire le bon sens avant de le prendre pour ige.
Mais s'ils n'ont pu faire à l'ensemble de leur DCtrine qu'un petit nombre de partisans ; si 1 a été efirayé de la généralité de leurs aximes, de l'inflexibilité de leurs principes; ils ont nui eux-mêmes à la bonté de leur luse en affectant un langage obscur et dogmatique, en paraissant trop oublier pour les Ltérêts de la liberté du commerce ceux de , liberté politique, en présentant, d'une anière trop absolue et trop magistrale quelles portions de leur système qu'ils n'avaient Dint assez approfondies, du moins ils sont irvenus à rendre odieuse et méprisable cette Dlitique lâche, astucieuse et corrompue, qui laçait la prospérité d'une nation dans l'apiuvrissement de ses voisins, dans les vues droites d'un régime prohibitif, dans les pe-
tites combinaisons d'une fiscalité tyrannl que.
Mais les vérités nouvelles dont le géni( avait enrichi la philosophie, la politique e l'économie publique, adoptées avec plus oi moins d'étendue par les hommes éclairés portèrent plus loin leur salutaire influence.
L'art de l'imprimerie s'était répandu sui tant de points, il avait tellement multiplié lelivres, on avait su les proportionner si bien ù tous les degrés de connaissances, d'application et même de fortune; on les avait plies i avec tant d'habileté à tous les goûts, à tous les genres d'esprit; ils présentaient une ins-; truction si facile, souvent même si agréable; ils avaient ouvert tant de portes à la vérité, qu'il était devenu presque impossible de les lui fermer toutes, qu'il n'y avait plus de classe, de profession à laquelle on pût l'empêcher de parvenir. Alors quoiqu'il restât toujours un très grand nombre d'hommes condamnés à une ignorance volontaire ou forcée, la limite tracée entre la portion grossière et la portion éclairée du genre humain s'était presque entièrement effacée, et une dégradation insensible remplissait l'espace qui en sépare les deux extrêmes, le génie et la stupidité.
Ainsi une connaissance générale des droits naturels de l'homme, l'opinion même que ces droits sont inaliénables et imprescriptibles, un vœu fortement prononcé pour la liberté de penser et d'écrire, pour celle du commerce et de l'industrie, pour le soulagement
i peuple, pour la proscription de toute loi maie contre les religions dissidentes, pour .bolition de la torture et des supplices bartres ; le désir d'une législatiou criminelle as douce, d'une jurisprudence qui donnât l'innocence une entière sécurité, d'un code ni plus simple, plus conforme à la raison à la nature: Tindififérence pour les reli- Dns, placées enfin au nombre des supersti- )ns ou des inventions politiques; la haine ; riiypocrisie-et du fanatisme, le mépris des éjugés, le zèle pour la propagation des luières ; ces principes passant peu à peu des .vrages des philosophes dans toutes les clas- 3 de la société, où l'instruction s'étendait LIS loin que le catéchisme et l'écriture, deirent la profession commune, le symbole tous ceux qui n'étaient ni machiavélistes imbéciles. Dans quelques paj's, ces prindes formaient une opinion publique assez nérale pour que la masse même du peuple rût prête à se laisser diriger par elle et à i obéir. Le sentiment de l'humanité, c'estiire celui d'une compassion tendre, active ur tous les maux qui affligent l'espèce huline, d'une horreur pour tout ce qui, dans ; institutions publiques, dans les actes du uvernement, dans les actions privées, ajouit des douleurs nouvelles aux douleurs iné- :ables de la nature, ce sentiment d'humaté était une conséquence naturelle de ces incipes ; il respirait dans tous les écrits, ns tous les discours, et déjà son heureuse ûuence s'était manifestée dans les lois, dana
les institutions publiques même des peuple soumis au despotisme.
Les philosoDhes des diverses nations, em brassant dans. leurs méditations les intérêt de l'humanité entière, sans distinction de pays de race ou de secte, formaient, malgré la dif férence de leurs opinions spéculatives, uni phalange fortement unie contre toutes les er reurs, contre tous les genres de tyrannie. Ani- \ mes par le sentiment d'une philanthropie uni ' verselle, ils combattaient l'injustice lorsque : étrangère à leur patrie, elle ne pouvait le; ïïtteindre ; ils la combattaient encore lorsqm s'était leur patrie même qui s'en rendait coupable envers d'autres peuples; ils s'élevaienl en Europe contre les crimes dont l'avidité souille les rivages de l'Amérique, de l'Afriqut ou de l'Asie. Les philosophes de l'Angleterre et de la France s'honoraient de prendre le nom, de remplir les devoirs d'amis de ces jiêmes noirs que leurs stupides tyrans dédaignaient de compter au nombre des homjaes. Les éloges des écrivains français étaient le prix de la tolérance accordée en Russie et en Suède, tandis que Beccaria réfutait en Italie les maximes barbares de la jurisprudence Vançaise.
On cherchait en France à guérir l'Angleterre de ses préjugés commerciaux, de son respect superstitieux pour les vices de sa constitution et de ses lois, tandis que le respectable Howard dénonçait aux Français la barbare insouciance qui, dans leurs cachots et leurs hôpitaux, immolait tant de victimes
naines. Les violences ou la séduction des ivernements, l'intolérance des prêtres, les jugés nationaux eux-mêmes, avaient perdu [ineste pouvoir d'étouffer la voix de la vérité, 'ien ne pouvait soustraire ni les ennemis la raison, ni les oppresseurs de la liberté n jugement qui devenait bientôt celui de irope entière.
Infin, on y vit se développer une doctrine ivelle qui devait porter le dernier coup à ifice déjà chancelant des préjugés : c'est e de la perfectibilité indéfinie de Tespèce Daine, doctrine dont Turgot, Price et îstley ont été les premiers et les plus îl- ;res apôtres; elle appartient à la dixième que, où nous la développerons avec éten- 1. Mais nous devons exposer ici l'origine et progrès d'une fausse philosophie, contre iielle l'appui de cette doctrine est devenu lécessaire au triomphe de la raison, lée dans les uns de l'orgueil , dans les res de l'intérêt, ayant pour but secret perpétuer l'ignorance et de prolonger le ne des erreurs, on en a vu les nombreux tateurs tantôt corrompre la raison par de liants paradoxes, ou la séduire par îa page commode d'un pyrrhonisme absolu; tôt mépriser assez l'espèce humaine pour loncer que le progrès des lumières serait tile ou dangereux à son bonheur comme à Liberté; tantôt, enfin, l'égarer par le faux housiasme d'une grandeur ou d'une sa* se imaginaires, qui dispensent la vertu tre éclairée, et le bon sens de s'appuyer sur
des connaissances réelles; ici, parler de la pi losophie et des sciences profondes comme . théories trop supérieures à un être born entouré de besoins, et soumis à des d voirs journaliers et pénibles ; ailleurs, les d daigner comme un ramas de spéculations i; certaines, exagérées, qui doivent disparaît devant l'expérience des affaires et l'habile d'un homme d'Etat Sans cesse on les entei Uait se plaindre de la décadence des lumièr( au milieu de leurs progrès , gémir sur la d( gradation de l'espèce humaine à mesure qi les hommes se ressouvenaient de leurs droit se- servaient de leur raison; annoncer mèn: l'époque prochaine d'une de ces oscillatioi qui doivent la ramener à la barbarie, à 1'; gnorance, à l'esclavage, au moment où toi se réunissait pour prouver qu'elle n'ava: plus à les redouter. Ils semblaient humilié de son perfectionnement, parce qu'ils ne par tageaient point la gloire d'y avoir contribué ou effrayés de ses progrès, qui leur annon çaient la chute de leur importance ou d( leur pouvoir. Cependant, quelques charlatam plus habiles que ceux qui, d'une main maladroite, s'efforçaient d'étayer l'édifice des su-^ perstitions antiques, dont la philosophie avai sapé les fondements, tentèrent, les uns d'ei employer les ruines à l'établissement d'uc système yeligieux, où l'on n'exigerait de la raison, rétablie dans ses droits, qu'une demisoumission ; où elle resterait presque libre dans sa croyance, pourvu qu'elle consentît à croire quelque chose d'incompréhensible; tandis que
d'autres essayaient de ressusciter, dans des as* sociations secrètes, les mystères oubliés de ranciennethéurgie; et, laissant au peuple ses vieilles erreurs, enchaînant leurs disciples par des superstitions nouvelles, ils osaient espérer de rétablir, en faveur de quelques adeptes, l'ancienne tyrannie des rois-pontifes de T Inde et de l'Egypte. Mais la philosophie, appuyée sur cette base inébranlable que les sciences lui avaient préparée, leur opposait une barrière contre laquelle leurs impuissants effc'rts devaient bientôt se briser.
En comparant la disposition des esprits, dont j'ai ci-dessus tracé l'esquisse, avec ce système politique des gouvernements, on pouvait aisément prévoir qu'une grande révolution était infaillible; et il n'était pas difficile de juger qu'elle ne pouvait être amenée que de deux manières : il fallait, ou que le peuple établît lui-même ces principes de la raison et de la nature que la philosophie avait su lui rendre chers, ou que les gouvernements se hâtassent de le prévenir, et réglassent leur marche sur celle de ses opinions. L'une de ces révolutions devait être plus entière et plus prompte, mais plu> orageuse; l'autre plus lente , plus incomplète , mais plus tranquille ; dans l'une, on devait acheter la liberté et le bonheur par des maux passagers ; dans l'autre , on évitait ces maux , mais en retardant pour longtemps peut-être la jouissance d'une partie des biens que cependant elle devait infailliblement produire,
La corruption et l'ignorance des gouverne-
ments ont préféré le premier moyen, et h triomphe rapide de la raison et de la liberté a vengé le genre humain.
Le simple bon sens avait appris aux habi tants des colonies britanniques que des Anglais, nés au delà de l'Océan Atlantique avaient reçu de la nature précisément le. mêmes droits que d'autres Anglais nés sou; le méridien de Greenv^^ich, et qu'une différence de soixante-dix degrés de longitude n'avait pi les changer. Ils connaissaient peut-être mieu^ que les Européens quels étaient ces droit; communs à tous les individus de l'espèce humaine, et ils y comprenaient celui de ne payei aucune taxe sans y avoir consenti. Mais" h gouvernement britannique faisait semblant cU croire que Dieu avait créé l'Amérique commt l'Asie, pour le plaisir des habitants de Lon^ dres, et voulait en effet tenir entre ses mains, au delà des mers, une nation sujette, dont ii se servirait, quand il en serait temps, poui opprimer l'Angleterre européenne. Il ordonna aux dociles représentants du peuple anglais de violer les droits de l'Amérique et de la soumettre à des taxes involontaires. Elle prononça que l'injustice avait brisé ses liens, et déclara son indépendance.
On vit alors, pour la première fois, un grand peuple délivré de toutes ses chaînes, se donner paisiblement à lui-même la constitution et les lois qu'il croyait les plus propres à faire son bonheur; et comme sa position géographique, son ancien état politique l'obligeaient à former une républiaue fédérative,
n vit se préparer à la fois dans son sein treize onstitutions républicaines, ayant pour base ne reconnaissance solennelle des droits nairels de Thomme, et pour premier objet la onservation de ces droits. Nous tracerons le ibleau de ces constitutions; nous montre- Dnsce qu'elles doivent aux progrès des scien- 9S politiques, et ce que les préjugés de l'éucation ont pu y mêler des anciennes erreurs ; ourquoi, par exemple, le système de 1 equibre des pouvoirs en altère encore la simpliité ; pourquoi elles ont eu pour principe l'i- 3ntité des intérêts, plus encore que Tég ;lité 3s droits. Nous prouverons non-seulement )mbien ce principe de l'identité des intérêts,
on en fait la règle des droits politiques, en ;t une violation à Tégard de ceux auxquels 1 se permet de ne pas en laisser l'entier exerce, mais que cette identité cesse d'exister 'écisément dans l'instant même oh elle deent une véritable inégalité. Nous insisterons ir cet objet parce que cette erreur est la iule qui soit encore dangereuse, parce qu'elle \t la seule dont les hommes vraiment éclairés 3 soient pas encore désabusés. Nous mènerons comment les républiques américaines it réalisé cette idée, alors presque nouvelle 1 théorie, de la nécessité d'établir et de réer, par la loi, un mode régulier et paisible )ur réformer les constitutions elles-mêmes,
de séparer ce pouvoir de celui de faire les is.
Mais dans la guerre qui s'élevait entre deux îuples éclairés, dont l'un défendait les droits
naturels de l'humanité, dont l'autv^ leur Of posait U doctrine impie qui soumet ces droit à la prescription, aux intérêts politiques, au coRventions écrites, cette grande cause fi^ plaidée au tribunal de l'opinion, en présenc de l'Europe entière; les droits des homme furent h-autement soutenus et développés san restriction, sans réserve, dans des écrits qu circulaient avec liberté, des bords de la Név; à ceux du Guadalquivir. Ces discussions pé nétrèrent dans les contrées les plus asservies dans les bourgades les plus reculées, et le hommes qui les habitaient furent étonné d'entendre qu'ils avaient des droits ; ils ap prirent à les connaître ; ils surent que d'au très hommes osaient les reconquérir ou le; défendre.
La révolution américaine devait donc s'étendre bientôt en Europe; et s'il y existait uk peuple où l'intérêt pour la cause des Américains eût répandu, plus qu'ailleurs, leurs écrits et leurs principes; qui fût à la fois le pays le plus éclairé et un des moins libres, celui où les philosophes avaient le plus de' véritables lumières, et le gouvernement une ignorance plus insolente et plus profonde ; un peuple où les lois fussent assez au-dessous de l'esprit public pour qu'aucun orgueil national, aucun préjugé ne l'attachât à ses institutions antiques ; ce peuple n'était-il point destiné, par la nature même des choses, à donner le premier mouvement à cette révolution, que les amis de l'humanité attendaient avec tant d'espoir et d'impatience? Elle de*
lit donc commencer par la France.
La maladresse de son gouvernement a prépité cette révolution ; la philosophie en a rigé hs principes; la force populaire a déuit les obstacles qui en pouvaient arrêter s mouvements^
Elle a été plus entière que celle de TAméque, et par conséquent moins paisible dans ntérieur, parce que les Américains, connts des lois civiles et criminelles qu'ils avaient sçues de l'Angleterre, n'ayant point à réfore'r un système vicieux d'impositions; n'ayant détruire ni tyrannies féodales, ni distinc- Dns héréditaires, ni corporations priviléées, riches ou puissantes, ni un système intolérance religieuse, se bornèrent à étalir de nouveaux pouvoirs, à les substituer à lux que la nation britannique avait jusqu'a- [s exercés sur eux. Rien, dans ces innovams, n'atteignait la masse du peuple ; riea
changeait les relations qui s'étaient forhes entre les individus. En France, par la ison contraire, la révolution devait embras-
l'économie tout entière de la société,
anger toutes les relations sociales, et péné-
r jusqu'aux derniers anneaux de la chaîne
itique, jusqu'aux individus qui, vivant en
ix de leurs biens, ou de leur industrie,
tiennent aux mouvements publics ni par irs opinions, ni par leurs occupations, par des intérêts de fortune, d'ambition ou gloire.
es Américains, qui paraissaient ne comttre que contre les préjugés tyranniques
de la mère patrie, eurent pour alliés les pui sances rivales de l'Angleterre^ tandis que 1 autres, jalouses de ses richesses et de se orgueil, hâtaient, par des vœux secrets, triomphe de la justice; ainsi FEurope entiè parut réunie contre les oppresseurs. Les Frai çais, au contraire, ont attaqué en mên temps, et le despotisme des rois, et Finégali politique des constitutions à demi libres, < l'orgueil des nobles, et la domination, rint( lérance, les richesses des prêtres et les abi de la féodalité, qui couvrent encore l'Euroj presque entière ; et les puissances de l'Euroi ont dû se liguer en faveur de la tyrannii Ainsi, la France n'a pu voir s'élever en safî veur que la voix de quelques sages et ] vœu timide des peuples opprimés, secoui que la calomnie devait encore s'efforcer d lui ravir.
Nous montrerons pourquoi les principe çur lesquels la constitution et les lois de 1 France ont été combinées sont plus puR plus précis, plus profonds que ceux qui on dirigé les Américains ; pourquoi ils ontéchapp bien plus complètement à l'iniiuence de toute les espèces de préjugés; comment l'égalité de droits n'y a, nulle part, été remplacée pa cette identité d'intérêt qui n'en est que. l faible et hypocrite supplément ; comment oi y a substitué les limites des pouvoirs à ce vaii équilibre si longtemps admiré; comment, daa une grande nation nécessairement dispersée partagée en un grand nombre d'assemblé© isolées et partielles, on a osé, pour la pr&
1ère fois, conserver au peuple son droit de uveraineté, celui de n'obéir qu'à des lois int le mode de formation, s'il est confié des représentants, ait été légitimé par son probation immédiate; dont, si elles blessent 3 droits ou ses intérêts, il puisse toujours tenir la réforme par un acte régulier de sa lonté souveraine.
Depuis le moment où le génie de Descartea prima aux esprits cette impulsion générale, emier principe d'une révolution dans las Btinées de l'espèce humaine, jusqu'à l'époe heureuse de l'entière et pure liberté soale, où l'homme n'a pu remplacer son indéndance naturelle qu'après avoir passé par [e longue suite de siècles d'esclavage et de ilheur, le tableau du progrès des sciences ithématiqueset physiques nous présente un [rizon immense, dont il faut distribuer et onner les diverses parties si l'on veut en în saisir l'ensemble, en bien observer les ports.
on-seulement, l'application de l'algèbre à
géométrie devint une source féconde de
ouvertes dans ces deux sciences ; mais en
iDuvant, par ce grand exemple, comment les
Bthodes du calcul des grandeurs en général
uvaient s'étendre à toutes les questions qui
aient pour objet la mesure de l'étendue,
scartes annonçait d'avance qu'elles seraient
iploj'ées avec^ un succès égal à tous les
jets dont les rapports sont susceptibles
itre évalués avec précision, et cette grande
«couverte, en montrant pour la première
fois ce dernier but des sciences, d'assuje p toutes les vérités à la rigaeur du calcul, d nait l'espérance d'y atteindre, en en fais t entrevoir les moj'ens.
Bientôt, à cette découverte succéda c ) d'un calcul nouveau, qui enseigne à trou ' les rapports des accroissements ou des croissements successifs d'une quantité riable, ou à retrouver la quantité elle-mêc d'après la connaissance de ce rapport; que l'on suppose à ces accroissements v. grandeur finie, soit qu'on n'en cherche le n port que pour l'instant où ils s'évanouisseï méthode qui, s'étendant à toutes les com naisons de grandeurs variables, à toutes hypothèses de leurs variations, conduit éga ment à déterminer, pour toutes les choi dont les changements sont susceptibles d'u mesure précise, soit les rapports de leurs é. ments, soit les rapports des choses, d'api la connaissance de ceux qu'elles ont enl elles-mêmes, lorsque ceux de leurs élémei sont seulement connus.
On doit à Newton et à Leibnitz l'inventii de ces calculs, dont les travaux des géomètrf de la génération précédente avaient prépa la découverte. Leurs progrès, non interroi i pus depuis plus d'un siècle, ontété rou\Tai] et ont fait la gloire de plusieurs hommes <! génie, et ils présentent, aux yeux du phil, sophe qui neut les observer, même sans 1 suivre, un monument imposant des forces ( Pintelligence humaine.
En exposant la formation et les principes!
langue de l'algèbre, la seule vraiment acte, vraiment analytique qui existe encore; nature des procédés techniques de cette ence, h comparaison de ces procédés avec opérations naturelles de l'entendement hulin, nous montrerons que, si cette méthode ^st, par elle-même, qu'un instrument partilier à la science des quantités, elle renme les principes d'un instrument universel piicables à toutes les combinaisons d'idées. La mécanique rationnelle devient bientôt e science vaste et profonde. Les véritables s du choc des corps, sur lesquelles Descar-
s'était trompé sont enfin connues, luyghens découvre celles du mouvement is le cercle ; il donne en même temps la méide de déterminer à quel cercle chaque élént d'une courbe quelconque doit apparte-
En réunissant ces deux théories, Newton uva la théorie du mouvement curviligne ; appliqua à ces lois, suivant lesquelles Kepler lécouvert que les planètes parcouraient rs orbites elliptiques, fne planète, qu'on suppose lancée dans pace en un instant donné, avec une vitesse uivant une direction déterminée, parcourt, our du soleil, une ellipse en vertu d'une
e dirigée vers cet astre, et proportionnelle
raison inverse du carré des distances. La aie force retient les satellites dans leurs or-
îs, autour de la planète principale. Elle
end à tout le système des corps célestes ;
est réciproque entre tous les éléments qui e composent.
La régularité des ellipses planétaires en it troublée, et le calcul explique, avec préci-i , jusqu'aux nuances les plus légères de ces i turbations. Elle agit sur les comètes, don i même théorie enseigne à déterminer les o tes, à prédire le retour. Les mouvements serves dans les axes de rotation de la terr t de la lune, attestent encore l'existence ; cette force universelle. Elle est enfin la ca j de la pesanteur des corps terrestres, dans • quels elle paraît constante, parce que ne; ' pouvons les observer à des distances asse férentes entre elles, du centre d'action.
Ainsi, rhomme a connu enfin, pour la p mière fois, une des lois physiques de l'u vers, et elle estunique encore jusqu'ici, cou la gloire de celui qui l'a révélée.
Cent ans de travaux ont confirmé cette à laquelle tous les phénomènes célestes paru soumis avec une exactitude pour ai siire miraculeuse ; toutes les fois qu'un d'( a paru s'y soustraire, cette incertitude pas gère est devenue bientôt le sujet d'un nouv< triomphe.
La philosophie est presque toujours for de chercher, dans les ouvrages d'un hom de génie, le fil secret qui l'a dirigé ; mais l'intérêt inspiré par l'admiration a fait déc vrir et conserver des anecdotes précieuses, permettent de suivre pas à pas la marche Newton. Elles nous serviront à montrer ce ment les heureuses combinaisons du has concourent, avec les eflorts du génie, à \ grande découverte, et comment des coxo
lisons moins favorables auraient pu les reirder ou les réserver à d'autres mains. Mais Newton fit plus , peut-être pour les •ogres de l'esprit humain, que de découvrir Jtte loi générale de la nature ; il apprit aux )mmeb à n'admettre, dans la physique, que îs théories précises et calculées, qui rendisnt raison, non-seulement de l'existence d'un léuomène, mais de sa quantité, de son étenle. Cependant, on l'accusa de renouveler s qualités occultes des anciens , parce qu'il Hait borné à renfermer la cause générale is phénomènes célestes dans un fait simple, >nt l'observation prouvait l'incontestable jalité. Et cette accusation même prouve imbien les méthodes des sciences avaient [core besoin d'être éclairées par la phiiosolie.
Une foule de problèmes de statique, de dy^ mique, avaient été successivement propo 3 et résolus, lorsque d'Alembert découvre 1 principe général, qui suffit seul pour dé- 'miner le mouvement d'un nombre quel- Qque de points, animés de forces quelcones, et liés entre eux par des conditioîas- 'iïitùt il étend ce môme principe aux corps is d'une figure déterminée ; à ceux qui, istiques ou flexibles, peuvent changer de ure, mais d'après certaines lois, et en con- 'vant certaines relations entre leurs parties, fin aux fluides eux-mêmes, soit qu'ils con- 'vent la même densité, soit qu'ils se trouit dans l'état d'expansibilité. Un nouveau bicul était nécessaire pour résoudre ces der-
Rières questions ; il ne peut échapper à ; i génie; et la mécanique n'est plus qu'ij science de pur calcul.
Ces découvertes appartiennent aux scieiu i mathématiques; mais la nature, soit de ce loi de la gravitation universelle, soit de * principes de mécanique, les conséquen( qu'on peut en tirer pour l'ordre éternel l'univers, sont du ressort de la philosopli On apprit que tous les corps sont assujetti: des lois nécessaires, qui tendent par ell mêmes à produire ou à maintenir l'équilibi à faire naître ou à conserver la régular, dans les mouvements.
La connaissance de celles qui président a phénomènes célestes, les découvertes de 1' nalyse mathématique qui conduisent à d méthodes plus précises d'en calculer les app rences, cette perfection dont on n'avait p même conçu l'espérance, à laquelle sont po tés et les instruments d'optique, et ceux c l'exactitude des divisions devient la mesurée celle des observations; la précision des mach nés destinées à mesurer le temps; le goût ph général pour les sciences, qui s'unit à l'int^ rêt des gouvernements pour multiplier les ai tronomes et les observatoires; toutes ces eau ses réunies assurent les progrès de l'astrono mie. Le ciel s'enrichit pour l'homme d nouveaux astres, et il sait en déterminer i. en prévoir avec exactitude et la position e les mouvements.
La physique, se délivrant peu à peu des ex plications vagues introduites par Descartes
omme elle s'était débarrassée des absurdités 3olastiques, n'est plus que l'art d'interroger i nature par des expériences, pour chercher en déduire ensuite, par le calcul, des faits lus généraux.
La pesanteur de l'eau est connue et mesure ; on découvTe que la transmission de la imière n'est pas instantanée; on en déterline la vitesse ; on calcule les effets qui dolent en résulter pour la position apparente es corps célestes; le rayon solaire est dé- Dmposé en raj'ons plus simples, différemlent réfrangibies et diversement colorés, ^arc-en-ciel est expliqué, et les moyens de oduire ou de faire disparaître ses couleurs, nt soumis au calcul. L'électricité, qui n'éit connue que par la propriété de certaines bstauces d'attirer les corps légers, après oir été frottées, devient un des phénomènes néraux de l'univers. La cause de la foudre 3st plus un secret, et Franklin dévoile aux immes l'art de la tourner et de la diriger à r gré. Des instruments nouveaux sont emyés à mesurer les variations du poids de mosphère, celle de l'humidité de l'air et degrés de température des corps. Une ence nouvelle, sous le nom de météoroloapprend à connaître, quelquefois à prér les phénomènes de l'atmosphère, dont nous fera découvrir un jour les lois en- 'e inconnues.
in présentant le tableau de ces découverfc, nous montrerons comment les méthodes \ jDt conduit les physiciens dans leurs re*
cherches se sont épurées et perfectionnée comment l'art de faire les expériences, construire les instruments, a successiveme acquis plus de précision ; de manière que i physique, non-seulement s'est enrichie cL que jour de vérités nouvelles, mais que^j vérités déjà prouvées ont acquis une exacj tude plus grande; que non-seulement foule de faits inconnus ont été observés, ai lysés, mais que tous ont été soumis, df leurs détails, à des mesures plus rigoureus
La physique n'avait eu à combattre que préjugés de la scolastique et l'attrait, si duisant pour ta paresse, des hypothèses gé raies. D'autres obstacles retardaient les p grès de la chimie. On avait imaginé qu'( devait donner le secret de faire de l'or celui de rendre immortel.
Les grands intérêts rendent l'homme sup stitieux. On ne crut pas que de telles prcmes qui caressaient les deux plus fortes passii desàmesvalgaires,etallumaient encore cell< lagloirepussentêtreaccompliespardesmoy ordinaires; et tout ce que la crédulité en lire avait jamais inventé d'extravagances, s( blait s'être réuni dans la tête des cnimis
Mais ces chimères cédèrent peu à peu ; philosophie mécanique de Descartes, q rejetée elle-même, fit place à une chi. vraiment expérimentale. L'observation phénomènes qui accompagnaient les coir sitions et les décompositions des corps recherche des lois de ces opérations, l'a iyse des substances en éléments de plm
(lus simples, actiuirent une précision, une igueur toujours croissante.
Mais il faut ajouter à ces progrès de la liimie quelques-uns de ces perfectionnelents qui , embrassant le système entier 'une science,, et consistant encore plus à tendre les méthodes qu'à augmenter le ;ombre des vérités qui en forment l'ensemble, irésagent et préparent une heureuse révoluion. Telle a été la découverte de nouveaux Qoyens de retenir, de soumettre aux expéiences les fluides expansibles qui s'y étaient usqu'alors dérobés; découverte qui, permetant d'agir sur une classe entière d'êtres noueaux et sur ceux déjà connus, réduits à un tat où ils échappaient à nos recherches , et joutant un élément de plus à presque toutes 3S combinaisons , a changé pour ainsi dire 5 système entier de la chimie. Telle a été la jrmation d'une langue où les noms qui ésignent les substances expriment tantôt les apports ou les différences de celles qui ont n élément commun, tantôt la classe à lauelle elles appartiennent. Tels ont été enore et l'usage d'une écriture scientifique, ù ces substances sont représentées par des aractères analytiquement combinés, et qui eut même exprimer les opérations les plus ommunes et les lois générales des affinités, t l'emploi de tous les moyens, de tous les istruments qui servent dans la physique à alculer avec une rigoureuse précision le réiiltat des expériences , et l'application enfin u calcul aux phénomènes de la cristallisation
aux lois suivant lesquelles les éléments di certains corps affectent, en se réunissant, de; formes régulières et constantes.
Les hommes qui n'avaient su longtemp:
qu'expliquer par des rêves superstitieux oi philosophiques la formation du globe avani de chercher à le bien connaître, ont enfii senti la nécesssité d'étudier avec une attention scrupuleuse, soit à la surface, soit dan? cette partie de l'intérieur où leurs besoins le^ ont fait pénétrer, et les substances qui s'j trouvent et leur distribution fortuite ou régulière, et la disposition des masses qu'elles y ont formées. Ils ont appris à y reconnaître les traces de l'action lente et longtemps prolongée de l'eau de la mer, des eaux terrestres et du feu ; à distinguer la partie de la surface et de la croûte extérieure du globe où les inégalités, la disposition des substances qu'on y trouve, et souvent ces substances mêmes, sont l'ouvrage du feu, des eaux terrestres, des eaux de mer, d'avec cette autre portion du globe, formée en grande partie des substances hétérogènes et portant des marques de révolutiona plus anciennes, dont les agents nous sont en» core inconnus.
Les minéraux, les végétaux, les animaux, se divisent en plusieurs espèces, dont les individus ne diff'èrent que par des variétés insensibles, peu constantes, ou produites paV des causes purement locales : plusieurs de ces espèces se rapprochent par un nombre plus ou moins grand de qualités communes, qui servent à établir des divisions successives,
— Sade plus en plus étendues. Les naturalistes it appris à classer méthodiquement les in- /idus d'après des caractères déterminés, faes à saisir, seul moyen de se reconnaître au lieu de cette innombrable multitude d'êtres rers. Ces méthodes sont une espèce de lane réelle, où chaque objet est désigné par elques-unes de ses qualités lesplusconstan- 5, et au moyen de laquelle, en connaissant 3 qualités, on peut retrouver le nom que rte un objet dans la langue de convention, s mêmes langues, lorsqu'elles sont bien fai- L apprennent encore quelles sont, pour châ> |e classe d'êtres naturels, les qualités vraifnt essentielles, dont la réunion emporte ]e ressemblance plus ou moins entière dans reste de leurs propriétés.
)i l'on a vu quelquefois cet orgueil qui issit aux yeux des hommes les objets d'une de exclusive et de connaissances péniblent acquises, attacher à ces méthodes une )ortance exagérée, et prendre pour la înce même ce qui n'était en quelque sorte ) le dictionnaire et la grammaire de sa gue réelle, souvent aussi par un excès [traire, une fausse philosophie a trop ra- 5sé ces mêmes méthodes, en les confont avec des nomenclatures arbitrai l'es, ime de futiles et laborieuses compilations, 'analyse chimique des substances qu'ofit les trois grands règnes de la nature, U criptionde leur forme extérieure, l'exposi» i de leurs qualités physiques, de leurs proîtés usuelles; Thistoire du développement
BQVISSB d'oN tableau UISTOUIQUE II. 2
des corps organisés, animaux ou plantes, & leur nutrition et de leur reproduction, les dé tails de leur organisation, l'anatomie de leur diverses parties, les fonctions de chacun< d'elles , l'histoire des mœurs des animaux, d leur industrie pour se procurer de la nourri ture, des abris, un logement; pour saisir leu proie ou se dérober à leurs ennemis; les so ciétés de famille ou d'espèce qui se formen entre eux; cette foule de vérités où l'on es conduit, en parcourant la chaîne immense deêtres; les rapports dont les anneaux succe^sii conduisent, de la matière brute au plus fai ble degré d'organisation, de la manière org?, nisée à celle qui donne les premiers indice de sensibilité et de mouvement spontané enfin, de celle-ci jusqu'à l'homme; les rap ports de tous ces êtres avec l'homme, soi relativement à ses besoins, soit dans les ana logies qui le rapprochent d'eux, ou dans le diflérences qui l'en séparent : tel est le ta bleau que nous présente aujourd'hui l'histoir naturelle.
L'homme phj^sique est lui-même robj( d'une science à part : l'anatomie, qui, dac son acception générale, renferme la physic /ogie. Cette science, qu'un respect supersti tieux pour les morts avait retardée, a profit de l'affaiblissement général des préjugés, et a heur?.usement opposé cet intérêt de lei propre conservation, qui lui a concilié le s( cours des hommes puissants. Ses progrès oi é'té tels qu'elle semble en quelque sorte s'êtr épuisée^ attendre des instruments plus par
raits et des méthodes nouvelles, être presque réduite à chercher, dans la comparaison entre [es parties des animaux et celle de l'homme, sntre les organes communs à différentes esf>èces, entre la manière dont s'exercent des 'onctions semblables, les vérités que Tobserration directe de l'homme paraît aujourd'hui •efuser. Presque tout ce que l'reil de Tobserrateur, aidé du microscope, a pu découvrir, îst déjà dévoilé. L'anatomie paraît avoir be- ;oin du secours des expériences, si utile au Drogrès des autres sciences, et la nature de jon objet éloigne d'elle ce moyen maintenant lécessaire à son perfectionnement.
La circulation du sang était depuis longemps connue ; mais la disposition des vaisleaux qui portent le chyle destiné à se mêler Lvec lui pour en réparer les pertes, mais [existence d'un suc gastrique qui dispose les lliments à cette décomposition nécessaire, iour en séparer la portion propre à s'assimier avec les fluides vivants, avec la matière organisée; mais les changements qu'éprourent les diverses parties, les divers organes, fX dans l'espace qui sépare la conception ^'" la naissance, et depuis cette époque, dans k. •lifférents âges de la vie ; mais la distinction les parties douées de cette sensibilité, ou de iette irritabilité, propriété découverte par lïaller, ei commune à presque touï les êtres organiques ; voilà ce que la physiologie, a su, lahs cette époque brillante, découvrir et apmyer sur des observations certaines ; et tant le vérités importantes doivent obtenir grâce
pour ces explications mécaniques, chimique organiques, qui, se succédant tour à toui ont surchargé la science d'hypothèses fu nestes à ses progrès , dangereuses quan leur application s'est étendue jusqu'à la m( decine.
Au tableau des sciences doit s'unir celi des arts qui, s'appuyant sur elles, ont pr; une marche plus sûre, et ont brisé les chaîne où la routine les avait jusqu'alors retenus.
Nous montrerons l'influence que les progrè de la mécanique, ceux de l'astronomie, d l'optique et de l'art de mesurer le temps, or; exercée sur l'art de construire, de mouvoir de diriger les vaisseaux. Nous exposeron comment l'accroissement du nombre des ob servateurs, l'habileté plus grande du naviga teur, une exactitude plus rigoureuse dans le déterminations astronomiques des position et dans les méthodes topographiques, ont fai connaître enfin ce globe encore presque ignor vers la fin du siècle dernier ; combien les art mécaniques proprement dits ont dû de per fectionnements à ceux de l'art de construir les instruments, les machines^ les métiers, e ceux-ci aux progrès de la mécanique ration nelle et de la physique ; ce que doivent ce mêmes arts à la science d'employer les mo teurs déjà connus, avec moins de dépense e de perte, ou à l'invention de nouveaux mo teurs.
On verra l'architecture puiser dans 1; science de l'équilibre et dans la théorie de: fluides les moyens de donner aux voûtes de;
formes plus commodes et moins dispendieuses sans craindre d'altérer la solidité des constructions ; d'opposer à l'effort des eaux une résistance plus sûrement calculée, d'en diriger les cours, de les employer en canaux avec 3ius d'habileté et de succès.
On verra les arts chimiques s'enrichir de procédés nouveaux ; épurer, simplifier les mciennes méthodes, se débarrasser de tout ce \ue la routine y avait introduit de substances nutiles ou nuisibles, de pratiques vaines ou mparfaites; tandis qu'on trouvait en même ;emps les moyens de prévenir une partie des langers souvent terribles auxquels les ou- TÎers y étaient exposés ; et qu'ainsi, en proîurant plus de jouissance, plus de richesses, Is ne les faisaient plus acheter par tant de acrifices si douloureux et par tant de re- Qords.
Cependant la chimie, la botanique, l'hisoire naturelle, répandaient une lumière féonde sur les arts économiques, sur la culiire des végétaux destinés à nos divers beoins, sur l'art de nourrir, de multiplier, de onserver les animaux domestiques, d'en perîctionner les races, d'en améliorer les produits; sur celui de préparer, de conserveries réductions de la terre ou les denrées que ous fournissent les animaux.
La chirurgie et la pharmacie deviennent es arts presque nouveaux dès l'instant où anatomie et la chimie viennent leur ofifrir es guides plus éclairés et plus sûrs.
Lu médecine qui, dans la pratique, (ioit
être considérée comme un art, se délivre du moins de ses fausses théories, de son jargon pédantesque, de sa routine meurtrière, de sa soumission servile à l'autorité des hommes, aux doctrines des Facultés ; elle apprend à ne plus croire qu'à l'expérience. Elle a multiplié ses moyens; elle sait mieux les combiner et. les employer ; et si, dans quelques parties, ses progrès sont en quelque sorte négatifs, s'ils se bornent à la destruction de pratiques dangereuses, des préjugés nuisibles, les méthodes nouvelles d'étudier la médecine chimique et de combiner les observations annoncent des progrès plus réels et plus étendus.
Nous chercherons surtout à suivre cette . marche du génie des sciences, qui tantôt des- i cendant d'une théorie abstraite et profonde, à des applications savantes et délicates; simplifiant ensuite ses moyens, les proportionnant aux besoins, finit par répandre ses bienfaits sur les pratiques les plus vulgaires; et tantôt réveillé par les besoins de cette même pratique, va chercher dans les spéculations les plus élevées les ressources que des connaissances communes auraient refusées.
Nous ferons voir que les déclamations contre l'inutilité des théories, même pour les arfc les plus simples, n'ont jamais prouvé que i'ignorance des déclamateurs. Nous montrerons : que ce n'est point à la profondeur de ces théories, mais au contraire à leur imperfection, qu'il faut attribuer l'inutilité ou les effets .: funestes de tant d'applications malheureuses. ..
Ces observations' conduiront à cette vérité
générale, que dans tous les arts, les vérités de la théorie sont nécessairement modifiées dans la pratique; qu'il existe des inexactitudes réellement inévitables, dont il faut chercher à rendre l'effet insensible, sans se livrer au chimérique espoir de les prévenir ; qu'un grand nombre de données relatives aux besoins, aux moyens, au temps, à la dépense, nécessairement négligées dans la théorie, doi- ^rent entrer dans le problème relatif à une pratique immédiate et réelle; et qu'enfin, en y introduisant ces données avec une habileté pi est vraiment le génie de la pratique, on peut à la fois, et franchir les limites étroites 3Ù les préjugés contre la théorie menacent ie retenir les arts, et prévenir les erreurs ians lesquelles un usage maladroit de la théoie pourrait entraîner.
Les sciences qui s'étaient divisées n'ont pu l'étendre sans se rapprocher, sans qu'il se brmât entre elles des points de contact
L'exposition des progrès de chaque science uffirait pour montrer quelle a été, dans pluieurs, l'utilité de l'application immédiate du alcul ; combien, dans presque toutes, il a pu tre employé à donner aux expériences et aux bservations une précision plus grande, ce u'elles ont dû à la mécanique, qui leur a donné es instruments plus parfaits et plus exacts, ombien la découverte des microscopes et celle ^esinstrumentsmétéorologiques-ont contribué ,u perfectionnement de l'histoire naturelle : 16 que cette science doit à la chimie, qui seul© i pu la conduire â une connaissance plus ap-
profondie des objets qu'elle considère ; lui en dévoiler la nature la plus intime, les différences les plus essentielles, en lui en montrant la composition et les éléments; tandis que l'histoire naturelle offrait à la chimie tant de produits a séparer et à recueillir, tant d'opéracions à exécuter, tant de combinaisons formées par la nature dont il fallait séparer les véritables éléments, et quelquefois découvrir ou même imiter le secret ; enfin quels secourr mutuels la physique et la chimie se sont prêtés, et combien Tanatomie en a déjà reçus, ou de rhistoire naturelle, ou de ces sciences.
Mais on n'aurait encore exposé que la plus petite portion des avantages qu'on a reçus, qu'on peut attendre de cette application. Plusieurs géomètres ont donné des méthodes générales de trouver, d'après les observations, les lois empiriques des phénomènes, méthodes qui s'étendent à toutes les sciences, puisqu'elles peuvent également conduire à connaître, soit la loi des valeurs successives d'une même quantité pour une suite d'instants ou de positions, soit celle suivant laquelle se distribuent ou diverses propriétés, ou diverses valeurs d'une qualité semblable, entre un nombre donné d'objets.
Déjà quelques applications ont prouvé qu'on peut employer avec succès la science des combinaisons pour disposer les observations, de manière à en pouvoir saisir avec plus de facilité les rapports, les résultats et l'ensemble.
Les applications du calcul des probabilités
font présager combien elles peuvent concourir aux progrès des autres sciences ; ici, en déterminant la vraisemblance des faits extraordinaires et en apprenant à juger s'ils doivent être rejetés ou si au contraire ik méritent d'être vérifiés; là, en calculant celle du retour constant de ces faits qui se présentent souvent dans la pratique des arts, et qui ne sont point liés par eux-mêmes à un ordre déjà regardé comme une loi générale ; tel est, par exemple, en médecine, l'efiet salutaire de certains remèdes, le succès de certains préservatifs. Ces applications nous montrent encore quelle est la probabilité qu'un ensemble de phénomènes résulte de l'intention d'un être intelligent; qu'il dépende d'autres phénomènes qui lui co-existent, ou l'ont précédé j et celle qu'il doive être attribué à cette cause nécessaire et inconnue que l'on nomme ha- [ sard ; mot dont l'étude de ce calcul peut seul j bien faire connaître le véritable sens.
Ces applications ont appris également à reconnaître les divers degrés de certitude où nous pouvons espérer d'atteindre la vraisemblance d'après laquelle nous pouvons adopter une opinion, en faire la base de nos raisonnements, sans blesser les droits de la raison et la règle de notre conduite, sans manquer à la prudence ou sans offenser la justice. Elles monirent quels sont les avantages ou les inconvénients des diverses formes d'élection, des divers modes de décisions prises à la pluralité des voix ; les différents degrés de probabilité qui en peuvent résulter; celui que l'intérêt
public doit exiger, suivant la nature de chaque question ; les moyens, soit de l'obtenir presque sûrement lorsque la décision n'est pas nécessaire, ou que les inconvénients de deux partis étant inégaux, l'un d'eux ne peut être légitime tant qu'il reste au-dessous de cette probabilité; soit d'être assuré d'avance d'obtenir souvent cette même probabilité, lorsqu'au contraire la décision est nécessaire, et que la plus faible vraisemblance suffit pour s'y conformer.
On peut mettre encore au nombre de ces applications l'examen de la probabilité des faits, pour celui qui ne peut appuyer son adh-ésion sur ses propres observations; probabilité qui résulte, ou de l'autorité des témoignages, ou de la li«,ison de ces faits avec d'autres immédiatement observés.
Combien les recherches sur la durée de Yà Tie des hommes, sur l'influence qu'exerce sur cette durée la différence des sexes, des températures du climat, des professions, des gouvernements, des habitudes de la vie ; sur la mortalité qui résulte des diverses maladies, sur les chang ments que la population éprouve, sur l'étendue de l'action des diverses causes qui produisent ces changements, sur la manière dont elle est distribuée dans chaque pays suivant les âges, les sexes, les occupations, combien toutes ces recherches ne peuvent-elles pas être utiles à la connaissance physique de l'homme, à la médecine, à l'économie publique !
Combien l'économie publique n'a-t-elle pas
fait usage de ces mêmes calculs, pour les établissements des rentes viagères, des tontines, des caisses d'accumulation et de secours, des chambres d'assurance de toute espèce I
L'application du calcul n'est-elle pas encore nécessaire à cette partie de l'économie publique qui embrasse la théorie des mesures, celle des monnaies, des banques, des opérations de finances; enfin celle des impositions, de leur répartition établie par la loi, de leur distribution réelle, qui s'en écarte si souvent, de leurs effets sur toutes les parties du système social ?
Combien de questions importantes dans cette même science n'ont pu être bien résolues qu'à l'aide des connaissances acquises sur l'histoire naturelle, sur l'agriculture, sur la physique végétale, sur les arts mécaniques ou chimiques!
En un mot, tel a été le progrès général des sciences, qu'il n'en est pour ainsi dire aucune qui puisse être embrassée tout entière dans ses principes, dans ses détails, sans être obligée d'emprunter le secours de toutes les autres.
En présentant ce tableau et des vérités nouvelles dont chaque science s'est enrichie, et de ce que chacune doit à l'application des théories ou des méthodes qui semblent appartenir plus particulièrement à des connaissances d'un autre ordre, nous chercherons quelle est la nature et la limite des vérités auxquelles l'observation , l'expérience , la aiéditation peuvent nous conduire dans chaque science.
nous cherchei'ons également en quoi, pour chacune d'elles, consiste précisément le talent de l'invention, cette première faculté de l'intelligence humaine, à laquelle on a donné le nom de génie; par quelles opérations l'esprit peut atteindre les découvertes qu'il poursuit, ou quelquefois être conduit à celles qu'il ne cherchait pas, qu'il n'avait pu même prévoir. Nous montrerons comment les méthodes qui •nous mènent à des découvertes peuvent s'épuiser de manière que la science soit en quelque sorte forcée de s arrêter, si des méthodes nouvelles ne viennent fournir un nouvel instrument au génie, ou lui faciliter l'usage de celles qu'il ne peut plus emplo3'er sans y consommer trop de temps et de fatigues.
Si nous nous bornions à montrer les avantages qu'on a retirés des sciences dans leurs usages immédiats ou dans leur application aux arts, soit pour le bien-être des individus, soit pour la prospérité des nations, nous n'aurions fait connaître encore qu'une faible partie de leurs bienfaits. Le plus important peutêtre est d'avoir détruit les préjugés et redressé en quelque sorte l'intelligence humaine, forcée de se plier aux fausses directions que lui imprimaient les croyances absurdes, transmises à l'enfance de chaque génération avec les terreurs de la superstition et la crainte de la tyrannie.
Toutes les erreurs en politique, en morale, ont pour base des erreurs philosophiques, qui elles-mêmes sont liées à des erreurs physiques. Il n'existe, ni un système religieux, ni
une extravageance surnaturelle, qui ne soient fondés sur l'ignorance des lois de la nature. Les inventeurs, les défenseurs de ?es absurdités, ne pouvaient prévoir le perfectionnement successif de l'esprit humain. Persuadés :[ue les hommes savaient de leur temps tout ;e qu'ils pouvaient jamais savoir, et croi- 'aient toujours ce qu'ils croyaient alors, ils ippuvaient avec confiance leurs rêveries sur es opinions générales de leur pays et de leur ;iècle.
Les progrès des connaissances physiques lont même d'autant plus funestes à ces erreurs, que souvent ils les détruisent sans pa- 'aître les attaquer, et en répandant sur ceux [ui s'obstinent à les défendre le ridicule aviissant de l'ignorance.
En même temps, l'habitude de raisonner uste sur les objets de ces sciences, les idées irécises que donnent leurs méthodes , les loyens de reconnaître ou de prouver une érité, doivent conduire naturellement à comlarer le sentiment qui nous force d'adhérer des opinions fondées sur ces motifs réels de rédibilité, et celui qui nous attache à nos iréjugés d'habitude, ou qui nous force de éder à l'autorité : et cette comparaison sufit pour apprendre à se défier de ces dernièes opinions, pour faire sentir qu'OD ne les roit réellement pas lors même qu'on se vante le les croire, qu'on les professe avec la plus lure sincérité. Or ce secret une fois découert rend leur destruction prompte et ceraine.
Enfin cette marche des sciences physîqiiô que les passions et l'intérêt ne viennent pa troubler, où Ton ne croit pas que la nais sance, la profession, les places, donnent 1 droit de juger ce qu'on n'est pas en état d'en tendre; cette marche plus sûre ne pouvai être observée sans que les hommes éclairé cherchassent dans les autres sciences à s'ei rapprocher sans cesse; elle leur offrait à cha que pas le modèle qu'ils devaient suivre, d'à près lequel ils pouvaient juger de leurs pro près efforts, reconnaître les fausses routes c ils auraient pu s'engager, se préserver d pyrrhonisme comme de la crédulité, et d'un aveugle défiance, d'une soumission trop en tière même à l'autorité des lumières et de h renommée.
Sans doute l'analyse métaphysique con duisait aux mêmes résultats ; mais elle n'eu donné que des préceptes abstraits , et ici le mêmes principes abstraits mis en actioi étaient éclairés par l'exemple, fortifiés par 1( succès.
Jusqu'à cette époque, les sciences n'avaien été que le patrimoine de quelques hommes déjà elles sont devenues communes, et le moment approche où leurs éléments, leun principes, leurs méthodes les plus simples de viendront vraiment populaires. C'est alors qu( leur application aux arts, que leur influent sur la justesse générale des esprits sera d*uiM utilité vraiment universelle.
Nous suivrons les progrès des nations européennes dans l'instruction, soit des enfants,
bit des hommes; progrès faibles jusqu'ici , si on regarde seulement le système philosophiue de cette instruction, qui presque partout st encore livrée aux préjugés scolastiques ; lais très rapides, si Ton considèi'e l'étendue t la nature des objets de l'enseignement qui, 'embrassant presque plus que des connaismces réelles, renferme les éléments de presue toutes les sciences, tandis que les hommes e tous les âges trouvent dans les dictionnaires, ans les abrégés, dans les journaux, les lumièes dont ils ont besoin, quoiqu'elles n'y soient as toujours assez pures. Nous examinerons uelle a été l'utilité de joindre l'instruction raie des sciences à celle qu'on reçoit imlédiatement par les livres et par l'étude ; s'il résulté quelque avantage de ce que le travail es compilations est devenu un véritable mêler, un moyen de subsistance, ce qui a muliplié le nombre des ouvrages médiocres, mais n multipliant aussi pour les hommes peu istruits les moyens d'acquérir des connaisances communes. Nous exposerons l'inuence qu'ont exercée sur les progrès de esprit humain ces sociétés savantes, barière qu'il sera encore longtemps utile d'oploser à la charlatanerie et au faux savoir ; lous ferons, enfin, l'histoire des encoura- ;ements donnés par les gouvernements aux irogrès de l'esprit humain, et des obstacles [u'ils y ont opposés souvent dans le même >ays et à la même époque; nous ferons voir [uels préj ugés ou quels principes de machiaélisme les ont dirigés dans cette opposition
â la marche des esprits vers la vérité; quell. vues de politique intéressée ou même de bie public les ont guidés quand ils ont paru a contraire vouloir l'accélérer et la protéger,
Le tableau des beaux-arts n'ofîre pas de résultats moins brillants. La musique est d( venue en quelque sorte un art nouveau, e même temps que la science des combinai sons et Tapplication du calcul aux vibration du corps sonore et des oscillations de l'aii en ont éclairé la théorie. Les arts du dessin qui déjà avaient passé d'Italie en Flandre, ei Espagne, en France, s'élevèrent, dans ce der nier pays, à ce même degré où l'Italie les avai portés dans l'époque précédente, et ils s'3 sont soutenus avec plus d'éclat qu'en Itali', même. L'art de nos peintres est celui de; Raphaël et des Garraclies. Tous ses moyens,, conservés dans les écoles, loin de se perdre, ont été plus répandus. Cependant, il s'est' écoulé trop de temps sans produire de génie \ qui puisse leur être comparé, pour n'attribuer qu'au hasard cette longue stérilité. Ce n'est pas que les moyens de l'art aient été épuisés, quoique les grands succès y soient réellement devenus plus difficiles. Ce n'est pas que la nature nous ait refusé des organes aussi parfaits que ceux des Italiens du seizième siècle; c'est uniquement aux changements dans la politique, dans les mœurs qu'il faut attribuer, non la décadence de l'art, mais la faiblesse de se?! çroductions.
Les lettres cultivées en Italie avec moins de succès, mais sans y avoir dégénéré , ont
iit, dans la langue française, des progrès qui .li ont mérité l'honneur de devenir en quelue sorte la langue universelle de l'Europe. L'art tragique , entre les mains de Goreiile, de Racine, de Voltaire, s'est élevé, par es progrès successifs, àuneperfectionjusqu'a- )rs inconnue. L'art comique doit à Molière 'être parvenu plus promptemsnt à une hauîur qu'aucune nation n'a pu encore atteindre.
En Angleterre, dès le commencement de ette époque, et dans un temps plus voisin de ous, en Allemagne, la langue s'est perfeconnée. L'art de la poésie, celui d'écrire en rose, ont été soumis, mais avec moins de ocilité qu'en France, à ces règles universelles B la raison et de la nature qui doivent les iriger. Elles sont également vraies pour touîs les langues, pour tous les peuples, bien ae jusqu'ici un petit nombre seulement ait Li les connaître, et s'élever à ce goût juste ; sûr, qui n'est que le sentiment de ces mêes règles , qui présidait aux compositions de )phocle et de Virgile, comm.e à celles de 3pe ou de Voltaire; qui enseignait aux Grecs, IX Romains, comme aux Français, à être appés des mêmes beautés et révoltés des êmes défauts.
Nous ferons voir ce qui, dans chaque na- )n, a favorisé ou retardé les progrès de ces 'ts; par quelles causes les divers genres de )ésie ou d'ouvrages en prose ont atteint, dans s différents pays, une perfection si inégale,
comment ces règles universelles peuvent, ns blesser même les principes qui en sont
— soit base, être modifiés par les mœurs, par 1* opinions des peuples qui doivent jouir di productions de ces arts, et par la natui même des usages auxquels leurs différen genres sont destinés. Ainsi, par exemple, tragédie, récitée tous les jours devant un pet nombre de spectateurs dans une salle pe étendue, ne peut avoir les mêmes règles prt tiques que la tragédie chantée sur un théâtr Immense, dans des fêtes solennelles, où toi un peuple était invité. Nous essayerons d prouver que les règles du goût ont la mêm généralité, la même constance, mais sont sus ceptibles du même genre de modifications qu les autres lois de Funivers moral et physique quand il faut les appliquer à la pratique im médiate d'un art usuel.
Nous montrerons comment rimpression multipliant, répandant les ouvrages mêm destinés à être publiquement lus ou récités les transmet à un nombre de lecteurs incom parablement plus grand que celui des audi' teurs ; comment presque toutes les décision importantes prises dans des assemblées nom breuses, étant déterminées d'après rinstruc! tion que leurs membres reçoivent par la lec- ! ture, il a dû en résulter, entre les règles d( Fart de persuader chez les anciens et chez les \ modernes, des différences analogues à cell(. de l'effet qu'il doit produire, et du moyer! qu'il emploie; comment enfin, dans les genres et même chez les anciens, on se bornait à la lecture des ouvrages, comme l'histoire ou la philosophie ; la facilité que donne Tin-
jDtion de rimprimerie, de se livrer à plua î développements et de détails, a dû encore fluer sur ces même règles.
Les progrès de la philosophie et des sciences it étendu, ont favorisé ceux des lettres, et îlles-ci ont servi à rendre l'étude des sciens plus facile, et la philosophie plus popu- Ire. Elles se sont prêté un mutuel appui, algré les efforts de l'ignorance et de la sot- ;e pour les désunir, pour les rendre ennemies, érudition, que la soumission à l'autorité imaine, le respect pour les choses ancienis, semblait destiner à soutenir la cause des 'éjugés nuisibles, l'érudition a cependant dé à les détruire, parce que les sciences et philosophie lui ont prêté le flambeau d'une itique plus saine. Elle savait déjà peser les itorités, les comparer entre elles; elle a fini ir les soumettre elles-mêmes au tribunal de raison. Elle avait rejeté les prodiges, les intes absurdes, les faits contraires à la vraimblance, mais en attaquant les témoignages r lesquels ils s'appuyaient ; elle a su depuis ? rejeter, malgré la force de ces témoignais, pour ne céder qu'à celle qui pourrait mporter sur rimi-aisemblance physique ou )rale des faits extraordinaires.
Ainsi, toutes les occupations intellectuelles s hommes, quelque différentes qu'elles lient par leur objet, leur méthode, ou par I5 qualités d'esprit qu'elles exigent, ont conluru aux progrès de la raison humaine. Il I est, en effet, du système entier des tralux des hommes comme d^un ouvrage biea
fait, dont les parties, distinguées avec n: thode, doivent être cependant étroiteme liées, ne former qu'un seul tout et tendre un but unique.
En portant maintenant un regard généi sur l'espèce humaine, nous montrerons rp la découverte des vraies méthodes dans tout les sciences, l'étendue des théories qu'ell renferment, leur application à tous les obje de la nature, à tous îes besoins des homme les lignes de communication qui se sont éti blies entre elles, le grand nombre de ceux q les cultivent, enfin, la multiplication des in primeries, suffisent pour nous répondre qu'ai cune d'elles ne peut descendre désormais ai dessous du point où elle a été portée. Noi ferons observer que les principes de la phil( Sophie, les maximes de la liberté, la connai! sance des véritables droits de l'homme et c ses intérêts réels, sont répandus dans un tro grand nombre de nations, et dirigent dar chacune d'elles les opinions d'un trop gran nombre d'hommes éclairés, pour qu'on puisî douter de les voir jamais retomber dan l'oubli.
Et quelle crainte pourrait-on conserver eu core en voyant que les deux langues qi sont les plus répandues sont aussi les lac gués des deux peuples qui jouissent de la 1 berté la plus entière, qui en ont le mieuconnu les principes; en sorte que, ni aucun ligue de tyrans, ni aucune des combinaison politiques possibles, ne peut empêcher de dé fendre hautement, dans ces deux langues, le
its de la raison comme ceux de la liberté? ïais si tout nous répond que le genre hun ne doit plus retomber dans son ancienne barie ; si tout doit nous rassurer contre ce bème pusillanime et corrompu qui le damne à d'éternelles oscillations entre la ité et l'erreur, la liberté et la servitude, s voyons en même temps les lumières îcuper encore qu'une faible partie du De, et le nombre de ceux qui en ont de lies disparaître devant la masse des imes livrés aux préjugés et à l'ignorance. .s voyons de vastes contrées gémissant s l'esclavage et n'offrant que des nations légradées par les vices d'une civilisation t la corruption ralentit la marche , là vent encore dans l'enfance de ses premières ues. Nous voyons que les travaux de ces liers âges ont beaucoup fait pour le prode l'esprit humain, mais peu pour le ectionnement de l'espèce humaine; beaupour la gloire de l'homme, quelque e pour sa liberté, presque rien encore son bonheur. Dans quelques points, nos sont frappés d'une lumière éclatante; d'épaisses ténèbres couvrent encore un ense horizon. L'âme du philosophe se se avec consolation sur un petit nombre ets; mais le spectacle de la stupidité, de lavage, de l'extravagance, de la barbarie, Ige plus souvent encore; et Tami de nanité ne peut goûter de plaisir sans mé- 3 qu'en s'abandonnant aux douces espées de l'avenir.
Tels sont les objets qui doivent entrerdaj un tableau historique des progrès de l'esp humain. Nous chercherons, en les présentai à montrer surtout l'influence de ces progi sur les opinions, sur le bien-être de la mai générale des diverses nations aux dîfl'éren époques de leur existence politique ; à monti quelles vérités elles ont connues ; de quel erreurs elles ont été détrompées ; quel habitudes vertueuses elles ont contracté quel développement nouveau de leurs fac tés a établi une proportion plus heurei entre ces facultés et leurs besoins ; et, s( un point de vue opposé, de quels préjuj elles ont été les esclaves, quelles superstiti( religieuses ou politiques s'y sont introduit par quels vices l'ignorance ou le despotis les ont corrompues, à quelles misères la v lence ou leur propre dégradation les ont s< mises.
Jusqu'ici, l'histoire politique , comme c( de la philosophie et des sciences, n'a été ( l'histoire de quelques hommes; ce qui for véritablement l'espèce humaine, la masse familles qui subsistent presque en entier leur travail, a été oublié : et même danj classe de ceux qui, livrés à des professii publiques, agissent, non pour eux-mêm mais pour ia société, dont l'occupation d'instruire, de gouverner, de défendre, soulager les autres hommes, les chefs S€ ont fixé les regards des historiens.
Pour l'histoire des individus, il suffit de cueillir les faits, mais celle d'une masse d'h(
s ne peut s'appuyer que sur des observais; et pour les choisir, pour en saisir les its essentiels, il faut déjà des lumière*^, et sque autant de philosophie que pour les Il employer.
railleurs, ces observations ont ici pour et des choses communes, qui frappent tous yeux, que chacun peut, quand il veut, maître par lui-même. Aussi, presque toucelles qui ont été recueillies sont dues à voyageurs, ont été faites par des étrans, parce que ces choses, si triviales dans ieu où elles existent, deviennent pour eux objet de curiosité. Or, malheureusement voyageurs sont presque toujours des obrateurs inexacts ; ils voient les objets avec ) de rapidité, au travers des préjugés de • pays, et souvent par les yeux des hom- ; de la contrée qu'ils parcourent. Ils conent ceux avec qui le hasard les a liés, et t l'intérêt, l'esprit de parti, l'orgueil na- ,al ou l'humeur qui dictent presque tou- •s la réponse.
B n'est donc point seulement à la bassesse
historiens, comme on l'a reproché avec
ice à ceux des monarchies, qu'il faut attri-
• la disette des monuments d'après les-
s on peut tracer cette partie la plus im-
ante de l'histoire des hommes.
n ne peut y suppléer qu'imparfaitement
I la connaissance des lois, des principes
B.iques de gouvernement et d'économie pu-
jjue, ou par celle des religions, des préju-
Igénéraux.
En^flfet, la loi écrite et la loi exécutée ^g principes de ceux qui gouvernent et la vnière don\. leur action est modifiée par l'es it de ceux qui sont gouvernés, l'institution i le qu'elle émane des hommes qui la formen é l'institution réalisée , la religion des livre | celle du peuple, l'universalité apparente ( préjugé et l'adhésion réelle qu'il obti( peuvent différer tellement, que les effets < sent absolument de répondre à ces causes bliques et connues.
C'est à cette partie de l'histoire de Test humaine, la plus obscure, la plus négli; et pour laquelle les monuments nous offre! peu de matériaux, qu'on doit surtout s'a cher dans ce tableau; et, soit qu'on y re compte d'une découverte, d'une théorie portante, d'un nouveau système de lois, d' révolution politique, on s'occupera de dé miner quels effets ont dû en résulter p ia portion la plus nombreuse de chaque ciété; car c'est là le véritable objet de philosophie, puisque tous les effets inten diaires de ces mêmes causes ne peuvent i regardés que comme, des moyens d'agir ei sur cette portion qui constitue vraimen masse du genre humain.
C'est en parvenant à ce dernier degré la chaîne, que l'observation des événeme passés, comme les connaissances acquises Ja méditation, deviennent véritablement i les. C'est en arrivant à ce terme que les ho mes peuvent apprécier leurs titres réels è gloire, ou jouir avec un plaisir certain i
Tes de leur raison; c'est là seulement l'on peut juger du véritable perfectionent de l'espèce humaine, îtte idée de tout rapporter à ce dernier t est dictée par la justice et par la rai- ; mais on serait tenté de la regarder me chimérique ; cependant elle ne Test ; il doit nous suffire ici de le prouver deux exemples frappants.
i possession des objets de consommation dIus communs, qui satisfont avec quelque idance aux besoins de l'homme dont les is fertilisent notre sol, est due aux longs 'ts d'une industrie secondée par la lu- 'e des sciences; et dès lors cette possess'attache, par l'histoire, au gain de la ,ille de Salamine, sans lequel les ténèbres despotisme oriental menaçaient d'enve- >er la terre entière. Le matelot qu'une ite observation de la longitude préserve naufrage doit la vie i\ une théorie qui, une chaîne de vérités, remonte à des déi^ertes laites dans l'école de Platon, etenliies pendant vingt siècles dans une en- 3 inutilité.