II. Inlrnsiti
Si le langage autorise pleinement à parler d'unci « hauteur absolue », l'intensité apparaît d'elhvinème comme essentiellement relative. Le jugement du degré de l'intensité, constatée objectivement par l'amplitude des vibrations, est tout entier relatif à tout le contenu actuel de notre conscience, c'est-à-dire à notre expérience passée ou présente, de sorte que la sensation pure et simple est dans ce domaine une limite que l'on n'atteint qu'en se débarrassant par abstraction d'une interprétation qui en est toujours insépaiable dans le concret.
En efl'et, l'intensité apparente est toute relative à des conditions subjectives : des critères médiats, comme les mouvements musculaires du chanteur, sont beaucoup plus sûrs que le souvenir direct de l'oreille. C'est pourquoi notre jugement est soumis à des illusions considérables : dans le sommeil, une hyperacousie assez fréquente nous fait percevoir comme un tonnerre des bruits légers qui nous réveillent. L'attention préparée, ou la surprise; la
'; Probl., XIX, 8.33; éd. Gevaerl, Garni, 1899-1903, p. 132. « En ce dernier point comme en maint autre, la musique grecque nous apparaît comme l'anlithèse de l'art polyplione des Européens » iib., p. 1.33).
{^j V. Gevaerl, Histoire de lu musique de l'unliquilé, 1875-81, 1, p. 187. Platon dans Plutarque, De musica, xhd.\}. XV, 113G ij. Le protagoniste de la tragédie correspond assez bien au ténor ou au castrat presque obligés de l'opéra moderne; or il semble avoir été une basse (Gevaert, 76., p. 341).
^) Probl., XIX, 12, 49, Stumpt' traduit assez arbitrairement, non " le grave prend toujours le chant », mais « donne toujours sa hauteur apparente à l'accord » ; ce qui ramine cette question historique de goût à un fait psychologique connu [Tonps., II. p. 395 et s.),
ri LA PSYCUO-PHYSIOLOGIE MUSICALE
faligae, bien que moins rapide et plus vite réparée par Toreille que par l'oeil; raccouluniance, quand le son se continue ou se répète sur un rythme assez rapide; la grandeur absolue de l'excitation, avec laquelle s'élève, conformément à la loi de Weber ('j, le minimum de différence nécessaire pour qu'elle soit perçue; le temps écoulé entre le premier et le deuxième sons comparés, et Tordre dans lequel le plus fort et le plus faible se succèdent : autant de conditions auxquelles est relatif notre jugement d'une intensité, puisqu'il varie avec elles (').
La perception d'une intensité n'est pas seulement relative aux autres intensités, mais encore au rythme 'u et aux autres qualités du son. La période vibratoire restant constante, quand l'intensité baisse le son monte, et inversement (*). A égalité d'excitation, les sons aigus paraissent plus intenses; le jugement devient de plus en plus incertain quand on augmente la différence de timbre ou de hauteur relative des sons comparés. ('). D'ailleurs, l'intensité entre comme partie intégrante dans notre notion très complexe du timbre : on le voit bien pour les cuivres de l'orchestre. Dans les accords, elle est liée encore avec la fusion : les facteurs d'instruments savent que le deuxième harmonique, l'octave, bien que très fort, est difficilement perçu, là oîi le septième ou le neuvième, très faibles, paraissent beaucoup plus intenses; c'est sans doute
(') Th. Fechner, Elemenle der l'syckoplvjsik, 2'^ éd., 1889, I, p. 17(3. — La zone où la loi s'applique se trouve èlre dans l'ouïe plus étendue que dans tous les autres sens (Slarke, Merkel, Wundl; M. Foucault, Ps>jc/toph>jsique, p. 436).
i^) V. Stuinpf, Tonps., I, p. .350 et s.
(') Le rythme est, en effet, comme nous l'avons vu, une suggestion intérieure, une interprétation active de la perception, plus qu'une donnée brute de la sensation reçue passivement du dehors. Quand, dans le tic-lac régulier d'une montre, nous distinguons machinalement une mesure à 3 ou 4 temps, qui diffère selon le? observateurs, il faut bien que chacun renforce à sa façon le temps fort de chaque mesure, que lui seul perçoit : c'est qu'une concentration de l'attention, ayant pour mécanisme un chant intérieur, des gestes imperceptibles ou l'évocation de quelque autre image accessoire, est venue le souligner.
('; La différence peut atteindre un demi-ton ou même une tierce mineure. Les violons haussent un peu leur accord pour pouvoir jouer plus fort tout en restant justes. De même, en optique, l'intensité croissante ou décroissante l'ait tendre toutes les couleurs vers le jaune-blanc ou le gris. A. Broca, Influence de l'intensité sur la hauteur du son, Acad. Se. Paris, 1897, CXXIV, p. 1512.
(') Slumpf, Tonps., I, p. .347, 365 et s. ; R. Kœnig, Qnelrjues expériences, p. 146-8. Exner pose en principe que « nous ne pouvons comparer les intensités de deux images que si elles ont la même qualité ». Mais d'autres psychophysiciens protestent (Stumpf, Ib., p. 347). Les facteurs d'instruments usent de règles empiriques, comme celle de Tœpl'er pour l'orgue, pour réaliser une homogénéité relative des intensités.