‹ Esquisse d'une Esthétique Musicale ScientifiqueChapitre 14 sur 100 · LE FACTEUR PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LE FACTEUR PSYCHOLOGIQUE

plus tard une conception analogue, essaiera de la justifier avec force par les variations historiques de l'échelle musicale (a)

Parmi les contemporains, Gurney, porté par son empirisme à penser, avec Helmhollz, qu'à la perception des formes musicales la seule oreille suffit, voit dans cette forme un « mouvement idéal », c'est-à-dire essentiellement une synthèse des parties (?). Un expérimentateur comme Wallaschek estime que le son devient musical là où la perception du tout précède celle des composants et la domine ().

L'école néo-criticiste reprend l'idée de la « perception musicale » de Basevi sous les noms de « forme » ou d' «idée musicale » (*). Pour des raisons de principe, d'ailleurs tout étrangères à la musique, son formalisme (*) exige une distinction de nature entre la « forme » et la « matière » de toute pensée. Il sépare donc, dans la perception musicale comme dans toute autre, des images et un jugement; et comme, d'autre part, l'école se refuse à admettre des jugements inconscients à la rigueur, elle ne saurait accepter la conception plus vague et délibérément indéterminée qu'on a proposée de ce mot : « la pensée musicale » {®).

(*) Félis, Biographie universelle des musiciens, arl. Félis, ele.

(?) « Ideal motion »; E. Gurney, Power of sound, Londres, 1880, chap. XIV. — V. Helmhol!z, /. c., p. 4.

(5) L. c., p. 40 ets. — V. Æsthetik der Tonkunst, 1886, part. IL.

(1) A, Basevi, Znlroduclion à un nouveau système d'harmonie, lr. fr. E. Delàtre, Florence, 1865, p. 10ets.« La différence entre la perception el la sensalion consiste uniquement en ce que la sensalion est une impression qui ne se dépasse pas elle-même ; au contraire, la perceplion se rapporte à l’affinité des sensalions sonores entre elles, soit qu'on les entende, soil qu’elles se présentent d’elles-mèmes à la mémoire. Le son qui revient à l'esprit, grâce à cette affinilé, c'est-à-dire le son perçu, peut acquérir assez de force, comme nous le verrons, pour effacer en nous, dans une certaine mesure, l'impression de son différent que nous entendons. Ce fait singulier échappe à l’allention des psychologues el même des théoriciens de la musique » (ib., p. 12). — A la vérité, Rameau avail déjà indiqué le fait. Les dualistes le développeront.

(5) Rappelons qu'il s'agit ici d'un formalisme plus général que celui de Hanslick, ou distinction d'une forme et d’un contenu dans la musique : celui de Kant consiste à poser une dislinclion analogue, mais universellement dans toute manifeslalion de la pensée.

(6) L. Dauriac, Essai sur la psychologie du musicien, Revue philosophique, 1893-5. De l'intelligence musicale, ib., 1895, TL, p. 31, 44, 258 els. Essai sur l'esprit musical, 1904, p. 55 : « Nous qualifierons d’intellecluel tout acte synthélique ». Sur la controverse entre MM. Dauriac el Combarieu, v. Rev. philos., 1894; Esprit musical, p. 289. — J. Combarieu renonce à définir son concept de « pensée musicale », de même que Cl. Bernard renonce à définir l'organisme el la vie, tout en en faisant la science (Revue musicale, 15 juillet 1905). C'est la conception arislolélicienne et aussi posiliviste, loujours défendable, sinon défini-

Mais il suffit de poser que l'inconscient prétendu n'est jamais qu'un degré de la subconscience el de rejeter les distinctions abusives du formalisme, en concevant que toute la pensée n'est que relation, sous loutes ses formes et même sous celle des qualités sensibles, pour que l'objet de la querelle s'évanouisse tout entier. C'est, nous semble-t-il, ce qu'impliquerait un relalivisme et un idéalisme bien compris.

Ainsi, quelle qu'en soit la formule, le fait est constant : étant donnés des sons objectivement multiples, ils ne deviennent susceptibles d'un sens musical que lorsqu'une unité fonctionnelle est percue dans cette multiplicité. La perception musicale est essentiellement une interprétation.

IL y a nécessairement deux formes principales de la multiplicité el par suite de la perception des sons : l’une dans la succession, c'est la mélodie; l’autre, dans la simultanéité, c'est l'harmonie. Nous en étudierons les éléments l’un après l’autre.

Page 1