‹ Esquisse d'une Esthétique Musicale ScientifiqueChapitre 67 sur 100 · RÔLE CAPITAL DU TEMPÉRAMENT · texte numérisé non relu

RÔLE CAPITAL DU TEMPÉRAMENT

système expérimental de la vision en relief, à quelque image d'un objet familier que suggère invinciblement le sens tactile et musculaire. De même que la vision binoculaire superpose deux images différentes, les combine de façon à ne plus percevoir ni l'une ni l’autre, mais une troisième toute différente des deux premières, de même l'oreille peut interpréter à la fois un accord comme un timbre de qualité fixe, comme un degré de fusion déterminé, comme une voix dans une mélodie ou une polyphonie; faire de chaque point du mouvement sonore tantôt une tendance, tantôt un repos, où même une distance entre des repères fixes (‘).

Cette faculté indéniable de l'audition musicale à une conséquence pralique importante. Si la fixation d'un tempérament absolu, comme d'une intonation juste, est une tâche impossible, d'autre part la recherche de tempéraments compliqués, plus satisfaisants en apparence parce qu'ils permettent de choisir à chaque fois un intervalle plus voisin de l’inlonalion juste et théorique, où plus agréable à l'oreille, toutes ces tentatives ne sont que des subtilités peu estimables : ce ne sont pas douze ni cinquante-lrois degrés dans l’octave qui peuvent représenter la réalité vivante d'un chant spontané quelconque, c'est-à-dire l'adaptalion de chaque partie à un ensemble mouvant et compliqué (*?).

Comme l'œil, l'oreille possède dans de certaines limites la facullé d'entendre ce qu'elle attend ou ce qu'elle suppose. Faculté précieuse, mais limitée, puisqu'elle n’est pas un recours valable pour les orchestres mal accordés. Mais faculté d'interprétation ou d'illusion fondamentale : dans le fait du tempérament, il n'y à pas seulement un témoignage de la sensation obluse, mais une conception systémalique, une combinaison synthétique de la sensation brute avec une image construite par l'esprit. C'est par lui que l'interprétation règne, et c'est elle qui rend l’art possible : elle donne la souplesse de la vie à cette dialectique sociale qu'est l'évolution esthétique.

(1) Ce phénomène de combinaison se produit même, lout à fail comme pour la vision, entre les deux oreilles :-elles présentent presque toujours, pour le même son, des différences minimes de hauleur absolue, que nous n’apercevons jamais, à moins de diplacousie morbide.

@) V.p. ex. H. Riemaun, Kalechismus der Akustik, 1891, p. 29-72; P.-V. Janko, Ueber mehr als zwolfslufige gleichschwebende Temperaluren, Beitr. de Slumpf, INT, 1901, p. 12 : les gammes donnant la plus grande pureté à la fois aux tierces et aux quintes sont, par degrés croissants d’approximation, celles de 12, 41, 53, 347, 400, 453, 506, 559, 612 sons. À Guillemin, /. c., abonde en calculs encore plus inuliles el artificiels, où c'est la pureté des quarles qui entre surtout en ligne de compte, sans grande raison.

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