‹ Esquisse d'une grammaire de la langue innok [microforme]Chapitre 12 sur 12 · yulik. — -yolik · texte numérisé non relu

yulik. — -yolik

d. — -yuak. — -yoak.

LA — -yuvul. — “-yovul.

2, — -yulil. — -yolil.

3 — -yual. — -yoal.

On voit que, dans la forme réfléchie, l'indice modal est toujours o, tandis que dans l’autre il peut permuter en u ; mais si le verbe cavarkré- se conjuguait comme nérrè:, il ferait, par exemple, à la troisième personne du singulier éavarkréyoark, et aiors les deux formes seraient absolument identiques.

L'innok n’a pas de conjugaison objective double, c’està-dire englobant à la fois dans le verbe le régime direct et le régime indirect, disant, par exemple, en un seul mot : « je te le demande, il te l’a donné », comme certaines langues ouralo-altaïques. Il ne possède pas non plus de voix passive.

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SECTION JII. — LEXIOLOGIE ÉLÉMENTAIRE.

Je donne sous ce litre, non pas un exposé complet et méthodique des procédés lexiologiques de linnok, les documents m’ayant complètement fait défaut pour une semblable étude, mais une simple et rapide énumération des principales formations nominales et verbales de cette langue, encore trop peu connue pour qu'il soit possible de se prononcer sur son véritable caractère.

L. DÉRIvATION. — A. Thèmes nominaux. — 1° Augmentalifs : L4k, pik, pôk, par, väk, suffixes caractérisés par une labiale initiale et une gutturale finale, avec parfois une gutturale épenthétique servant de ligature : èglo-r-p6k, grande maison ; {uktu, renne; tuktu-väk, renne des bois, grand renne.

20 Diminutifs : aluk, iark, ark: umua-rk, barque, umia-r-aluk, canot ; itkralu-k, poisson, itkralo-ark, fretin.

30 Contenance, usage, instrument : v4k : krork, urine, kror-vik, vase de nuit; êrha, cuisine, 2rha-vik, four de cuisine ; wgigia-rk, il pèse (thème wÿig-), oÿèr-vik, balance. Ce dernier exemple offre la triple permutation d'u eno,iené, genr.

4» Nom d'action (nom verbal) : nèrk, ainsi qu’on l’a vu dans la conjugaison du verbe.

5o Communauté, ressemblance : kat, rhat : nuna-rkat, compatriote.

Go Appropriation, destination : én, on : nérrén, couteau de table ; kraléyu-urk-to-rk, il écrit, kraléyu-on, crayon, plume. |

B. Thèmes nomino-verbaux. — Nous nommons ainsi

sm Dr ae ceux qui peuvent à volonté se conjuguer et se décliner, ceux qui jouent indifféremment dans la phrase le rôle de nom, d’adjectif ou de verbe.

4o Nom d’agent : semblable, on l’a vu, à la troisième personne du singulier du présent de l'indicatif du verbe : éavilior-to-ark, forgeron, il forge.

20 Qualité, propriété, possession : ark, iark : innor-iark, humain; nuna-r-iurk, terrestre. Ces mots se conjuguent d’après le paradigme des verbes en ark, qu’on a vu : innoriara, je suis humain ; énnoriaran, innoriark, etc.

80 Habitation, demeure : méork : immè-rk, eau, immèrméork, aquatique ; de même glo-rméork, casanier. Conjugaison : iglorméüa, je suis casanier ; 2glorméutin, igiorméork, ete.

Puisque la troisième personne du verbe peut à l’occasion remplir la fonction que dans nos langues nous assignons à l'adjectif, elle est, comme lui, susceptible de degrés de comparaison. On a donc:

4e Comparatif : ira. V. g. äéyork, grand, troisième perscnne du singulier du verbe äéyo-, thème &é-, d’où äé-alüra, par emboiîtement &lura, plus grand, et pronablement &lura-rk, 1 est plus grand. De même éuina-rk, mauvais ; évina-ilüra (sans emboîtement), pire.

5° Superlatif : otkréya. N. g. äé-othréya, et par emboitement aotkréya, gigantesque. De même, sans emboîtement, éuina-otkréya, détestable.

C. Thèmes verbaux. — La transformation des thèmes quelconques en thèmes verbaux, par la simple adjonction des affixes de conjugaison, a déjà été étudiée. Mais ce ne sont pas seulement les thèmes primaires ou dérivés qui

peuvent par ce procédé recevoir un sens verbal et se conjuguer ; des formations grammaticales complexes, des mots tout faits, pourvus de suffixes de relation ou de possession, jouissent de la même propriété. Ainsi, comme on dit inno-ri-yo-, être homme ; apa-ri-yoa, je suis père, on dit également iglu-mi-to-ark (maison + dans + affixe du présent de l'indicatif + thème démonstratif), maison dans être lui, il est dans la maison. Et l’on doit par analogie pouvoir dire aussi : amama-put-iyo-ark, elle est notre mère; nuna-rkat-a-ri-yôu, je suis son compatriote. Poussant plus loin la puissance agglutinative de l’innck et ne tenant pas compte des emboiîtements multiples qui se produisent probablement dans d'aussi longues formations, nous voyons que l’on doit théoriquement pouvoir dire, en un seul verbe, qui se conjugue à tous les temps, modes et personnes : 2glo-r-avut-mi-to-ark, il est dans les deux maisons de nous plusieurs. Comme d’ailleurs les particules que nous nommôns conjonctions sont en innok des postpositions qui s’affixent au verbe, on pourra, toujours théoriquement, former des mots tels que celuici : iglo-r-avut-mi-luarl-6a-pân, lorsque je fus dans les deux maisons de nous plusieurs. Mais il existe encore des formations verbales plus compliquées, obtenues au moyen d’infixes insérés entre le thème et la désinence de C.1jugaison :

19 Impersonnel : üa, &a : torkroyark, il meurt; torkrôayak, on meurt. On remarquera l’affaiblissement du thème démonstratif rk, indiquant sans doute que l’action exprimée par le verbe ne s'applique plus à un sujet déterminé.

2% Négatif : xgilak, ñgilar. Get infixe, qui appartient

pi

incontestablement à la langue innok, est en tchiglerk trèsrare et tout à fait exceptionnel : {uëao-mayerput, sensé ; tuéaomäñgilarput, sot.

30 Causatif : éig : nérrèyoark, il mange; nérrètijoark, il fait manger.

4° Intensif : mi, miyar, nasalisant la voyelle, soit radicale, soit euphonique, qui le précède : immèrloark, il boit; immèrümiyoark, ivrogne.

50 Simulatif : toyar : nérrètoyartuark, il feint de manger.

Que l’on combine ces divers infixes, les seuls dont la fonction me paraisse hors de ,doute, avec les agglutinations reconnues jusqu’à présent, et l’on se convaincra que la langue innok est une des plus puissamment agglutinantes qu’il soit donné au linguiste d'étudier.

IL. Composirion. — C’est sur ce dernier point que les documents me manquent le plus, par la raison que le vocabulaire du P. Petitot n’est pss et ne pouvait pas être, d’après les intentions mêmes de l’auteur, un dic-

tionnaire étymologique. Or, ce n’est pas seulement quel-

ques données étymologiques, c’est la connaissance des racines mêmes de la langue, au moins des plus usuelles, qu’il faudrait posséder, pour reconnaître les éléments des compositions probablement emboitantes qui pourraient exister dans la langue innok. La lexiologie comparée de deux de ses dialectes jetterait quelque lumière sur bien des points obscurs ; mais celui des Tchiglit pris isolément ne nous révèlera pas le secret de sa structure. Je n’ai donc pu déterminer si l’innok est ou non caractérisé par le procédé lexiologique de la composition. Ce qui est certain, c’est que les Innoit expriment volontiers par des procédés purement grammalicaux les rapports d'idées et

ss

de mots qui, dans d’autres langues, se rendraient par la composition: le lard de renne, tuktub orkéora, et non tuklorkork. Ce qui n’est pas moins incontestable, c’est, en sens inverse, que certains mols, par leur longueur, par la multiplicité des idées qu'ils expriment en les associant, paraissent formés à l’aide d’un procédé de composition fortement emboîtante. Mais dans ces mots le thème initial seul est reconnaissable ; tous les autres, si tant est qu’ils existent, sont tellement fondus ensemble, contractés ou dégradés, que l'analyse la plus minutieuse ne saurait les retrouver, en sorte qu’il est impossible de décider si l’on a affaire à une véritable formation synthétique ou à une simple dérivation verbale à l’aide d’affixes. C'est ce que fera voir un exemple, où j'accumule quelques-unes des principales modifications de l’ac ion d’ « aller ».

MUR Des A en, .. aulao-rk.

— à la chasse. . . . . .. tuktu-léa-rk.

— à la mer. . . ..... unu-léar-to-ark.

— chercher le gibier tué. . nérkrè-éar-lo-ark.

— à la voile. . . .. .. dingülar-autar-to-ark. — ramas$er des fruits. . . aéigar-lo-ark.

— au large (à pied). . . . èuk-a-yo-ark.

— au large (en canot). . . sèuk-&i-to-ark.

Séparant de ces mots les thèmes initiaux éuktu, renne ; unu (?); nérkrè, viande ; tingülara, voile; aëiyark, fruit ; ilkra, haute mer, existe-t-il ensuite, en dehors des affixes de conjugaison, un élément commun à toutes ces formations, une seule consonne que l’on puisse rapporter, soit au thème qulaork, soit à un autre quelconque exprimant

A nent om ir

É —.96 — h la même idée”? Evidemment non, sauf peut-être cet affixe LL! léa, léar, commun aux deux premiers verbes. Ce n’est 1 pas sur ce faible indice que nous pouvons nous guider. el Bien plus, dans les deux derniers verbes de cette liste, \ exprimant tous deux la même action, il est impossible de AN: découvrir, non seulement pourquoi l’idée de mouvement, LR de déplacement, s’y trouve enfermée, mais encore pour- | quoi l’un signifie que le déplacement s’effectue à l’aide d’un canot, tandis que l’autre renferme le sens d°’ « aller à pied ».

Voici maintenant quelques-unes des modifications de l'idée d’ « eau » :

ee ee

Eau. .........,.. immèrk, imark.

— bouillante. . . . . .- yoraloark.

— froide. . ...... kigeréimäitoark.

— courante. ...... Carvartoark.

— stagnante. . . . . . . orküoarloark.

Dans aucun de ces quatre mots on ne retrouve le thème immè, ima (1) ; ce ne sont pas là des noms composés, mais de simples formations verbales dérivées. La première est la troisième personne du singulier du présent de l'indicatif du verbe yorato-, bouillir ; l’analogie doit nos faire penser qu’il en est de même des deux suivant, bien que nous n’en connaissions pas le thème primaite. Quant au verhe orkèoarto-, il dérive de orkëork, graisse, et signifie par conséquent « être graisseux, visqueux, stagnant ». On pourrait multiplier les exemples de ne | ce genre. Ceux-ci suffiront pour faire voir que la dériva-

(4) Sauf peut-être dans kiÿerë-imd-iloark.

xe tion explique aussi bien et mieux que la composition les st formes les plus compliquées de la langue innok. er. Ce n’est pas que le vocabulaire du P. Petitot ne rente, ferme quelques formes qui paraîtraient dues à un procédé de de composition, mais ce sont des cas isolés et douteux. nt, On lit, par exemple: « algues, èrkloyaluit (intestins de ur- l’eau) ». Le mot « intestins » fèrklo) se retrouve trèside bien dans cette prétendue composition, mais non point le ler mot « eau », et cette forme n’est que dérivée. En effet, èrkloyalu-it est évidemment un pluriel dont le singulier de serait èrkloyalu-k, et cette désinence aluk nous indique

un diminutif: ce mot signifie donc « petits boyaux », nom qui convient à merveille à l'aspect tubulaire et enchevêtré des algues marines.

Ailleurs nous trouvons korèork, résine, que l’auteur nous donne comme composé de kréyuk, arbre, et orkéork, graisse ; « graisse d'arbre », c’est pour la résine une appellation très-convenable. Voilà donc une formation

e le composée, caractérisée de plus par un fort emboitement ; he mais rien ne nous répond de l’exactitude de cette analyse, La | et il faudrait évidemment plusieurs étymologies semblables pré- pour la corroborer.

logie Maintenant, lorsqu'on se trouve en présence d’un mot deux tel que umarkrènutroyark, renne tué par les loups, bien Lame qu’on n’y puisse découvrir que l'élément amarorkr, loup, tork, | et que les mots « rerne, tuer, proie », elC., Y soient vis absolument invisibles, il est difficile, je l’avoue, de ne gardé pas songer à une polycomposition assez compliquée. Mais

cette conclusion est entièrement conjecturale, tant que l’on n’est point parvenu à reconnaître et à isoler avec certitude : chacun des éléments significatifs de cette formation.

riva-

| fl k

En résumé, la iangue innok, telle qu’elle nous apparait étudiée dans le dialecte des Tchiglit, me semble être trèspuissamment agglutinante et user largement du procédé d'emboitement entre le thème et les suffixes. Mais rien, je crois, n'autorise jusqu’à présent à la ranger parmi les langues polycomposantes.

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