‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 12 sur 55 · Gazette des Beaux-Arts, 1862, I, p · texte numérisé non relu

Gazette des Beaux-Arts, 1862, I, p

2. C. B. Stark, Systematih undGeschichte der Archaeologie der Kunst, Leipzig, 1880, p. 302.

Overbeck, Preller, Petersen, Wieseler, Conze, Schmidt, Olto Jahn. On ne peut donc dire, malgré le témoignage de Yitet, qu’il se montrât « ombrageux » et avare de ses trésors. Lui-même, d’ailleurs, commença, en 1842, la publication d’une des séries les

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Fig. 1. — t Fac-similé d’une lettre de CampanaL

plus importantes de son Musée, de ces bas-reliefs décoratifs en terre cuite qui ont conservé, en archéologie, le nom de reliefs Gampana et dont les fouilles de la campagne romaine lui avaient fourni une très nombreuse collection, encore accrue par des restaurations et des rajustages. Deux volumes in-folio, avec 120 planches lithographiées et un texte verbeux, parurent en 1851 àRome sous

t. Cette lettre, dont l’original m’a été donné par M. Seymour de Ricci, est adressée comme il suit : « A Monsieur Mr. Le Leux (Alphonse), Rue Pierre Sarrazin, n. 9, près de l’École de Médecine, Fauxbourg S. Germain, Paris ».

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ce titre : Museo Campa?io. Antiche opéré m p/astica, discoperte, raccolte e dichiarate dal marchese G. Pietro Campana, Romano, Consigliere aidico di S. A. R. il gran duca di Sassonia- Weimar, ufficiale délia legione d' onore , commendatore e cavalière di più ordini, membro ordmario délia pontificia Accademia romana di archeologia e dell' lmtituto di corrispondenza archeologica , socio corrispondente dell 'lmtituto di Francia, degli Architelti britannici e délia Accademia ercolanese di Napoli, membro onorario dell' insigne e pontificia Accademia delle Belle Arti denominata di San Luca, di quelle di Bologna, di Kopenhague etc. Je transcris ce titre pompeux, qui équivaut à un cursus honorum du marquis. Il ne dit point, dans la préface, qu’il ait été aidé dans la rédaction des notices; je suppose pourtant que l’assistance de son ami Braun ne lui fit pas défaut.

En 1855 Campana reçut à Rome un jeune amateur français, Henry d’Escamps, avec lequel il semble s’être lié d’amitié et auquel il confia le soin de publier ses statues antiques; peut-être songeait-il dès lors à une vente. D’Escamps, qui futinspecteur des Beaux-Arts, est un personnage assez singulier. D’origine roussillonnaise, né en 1815 à Pointe-à-Pitre, il vint en France en 1825 et y fit de brillantes études. De bonne heure, il conçut le projet d’écrire une histoire générale de l’art et visita, dans cette intention, la France, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, même Athènes et Constantinople. Mais en dehors de quelques notices insignifiantes et de l’ouvrage sur les statues de Campana, qui commença à paraître en 1856,11. d’Escamps n’a rien publié; il s’est contenté d’obtenir, en quinze ans, neuf prix dans les divers concours manuscrits ouverts par l’Académie des Beaux-Arts! 1 Rien de tout

1. Histoire de la sculpture en France, 1857; Histoire de la peinture française, comprenant, l'histoire des miniatures, 1858 ; Histoire de la gravure d’estampes en France, 1860 ; Histoire de la gravure des médailles et des monnaies en France, 1862; Théorie générale de l’architecture, 1865 ; L’enseignement de la statuaire chez les anciens et les modernes, 1866 ; Parallèle entre l'architecture grecque et l’architecture romaine, 1870; Histoire des sculpteurs imaigiers du moyen-âge, 1873.

cela n’aété imprimé. S’il faut en juger par le texte de Description des marbres antiques du Musée Campana1, il n’y a pas lieu de le regretter, car H. d’Escamps était un archéologue fort médiocre. Non seulement ses notices sont insignifiantes et ampoulées, mais il paraît avoir accepté sans critique toutes les fausses indications de provenance données par Campana (sans doute de mémoire) et il s’est abstenu d’indiquer les restaurations, souvent tellement considérables que plusieurs statues reproproduites sur ses planches sont presque des faux. Mais ces planches elles-mêmes sont fort belles; c’est le premier exemple d’une grande publication photographique consacrée à des marbres gréco-romains.

Je ne sais à quelle époque précise remontent les embarras financiers de Campana, ni si sa prodigalité de collectionneur en fut, comme on l’a cru, la seule cause. Un beau jour, il prit le parti de déposer au Mont de Piété de Rome, dont il était directeur, un choix de ses objets d’or et de ses gemmes, les fit estimer par la commission des experts de cet établissement etobtint du ministre des finances pontificales, Galli, la permission d’emprunter à la caisse duMont dePiété jusqu’àconcurrencedel’estimation. Ses besoins augmentant, il continua à agir de même pendant quelque temps, — à l’insu du ministre, suivant les uns, avec son approbation au moins tacite, prétendaient les autres. Finalement, on se trouva en présence d’une situation singulière : Campana, directeur du Mont de Piété, y avait déposé en gage une grande partie de sa collection personnelle et s’était fait prêter des sommes très considérables par l’établissement qu’il dirigeait : « L’administration du Mont de Piété, en laissant à la disposition du directeur tous les fonds

1. Cet ouvrage, accompagne de 108 planches, parut à Paris chez Plon, 1856 et suiv.; il fut reédité à Berlin en 1869. Cf. Pellerin, Henry d’Escamps, dans la Nouvelle biographie des Contemporains, 1875.

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appartenant à cette institution, fut un peu complice de sa mauvaise gestion. Quand le gouvernement finit par s’émouvoir d’une situation qui n’était, cependant, un mystère pour personne, il était trop tard : tout l’actif du Mont de Piété se trouvait consolidé, en bronzes, en bijoux, en statues et en tableaux »’. Campana, sentant le danger, chercha à réaliser une partie de son actif, dont pourtant il ne disposait plus légalement. Il envoya à l’étranger, comme spécimens des collections qu’il désirait vendre, un choix des bijoux qu’il avait donnés en gage. En apparence, il y avait là une fraude, un détournement des plus graves; heureusement pour Campana, son émissaire revint à Rome, porteur des bijoux qu’il n’avait pas vendus, mais seulement montrés, et les remit après l’arrestation du possesseur, survenue dans l’intervalle, au gouvernement du pape. Il fut établi que, pendant son séjour à Paris, cet envoyé avait mis les bijoux en dépôt chez le nonce, ce qui excluait toute intention de dissimulation ou de vol.

Au mois de novembre 1857, à l’instigation, dit-on, du cardinal Antonelli, ennemi personnel de Campana, une vérification fut opérée à l’improviste au Mont de Piété de Rome. On constata, ou l’on crut constater — car tout dépendait de l’évaluation des objets en gage — un déficit d’un million d’écus romains. Campana et la marquise étaient si populaires à Rome que le gouvernement pontifical craignit une émeute; le 28 novembre 1857, quand on conduisit le directeur du Mont do Piété à la prison de San-Michele, les troupes furent consignées dans les casernes. La marquise télégraphia immédiatement à Napoléon III pour lui annoncer la catastrophe et réclamer son appui ; elle obtint, dit-on, l’assurance que l’Empereur ferait tout le possible pour sauver Campana.

Le marquis resta sous les verroux jusqu’ au commencement de 1 859. Je ne raconterai pas son procès, car il faudrait m’engager, pour cela, dans les broussailles de la procédure pontificale, et, d’ail-

l.E. îaigny, Moniteur du 7 juin 186t.

leurs, les documents authentiques me font défaut1. lime suffit de donner quelques citations d’écrits contemporains, attestant la surprise pénible qu’éveilla l’arrestation, les vagues rumeurs de persécution qui coururent et la sympathie que le parti libéral ne refusa pas à l’accusé.

L’arrestation fut annoncée, dans le Journal des Débats du 8 décembre 1857, par une lettre de Rome datée du l'r décembre :

« Dans la nuit du 28 novembre, l’autorité a fait arrêter dans son palais une personne qu’entourait l’éclat d’une grande situation et à laquelle quelques travaux d’archéologie et surtout la beauté et la richesse de ses collections de vases étrusques, de bijoux antiques, de toutes sortes d’objets d’art précieux avaient donné une sorte de célébrité. Taire son nom serait une discrétion superflue : il s’agit de M. le marquis Campana, directeur général du Mont de Piété. A Rome, cet établissement n’est pas destiné seulement à soulager les pauvres par des prêts sur gages ; il est aussi une espèce de banque de dépôts fort acréditée. Les motifs qui ont amené l’arrestation de M. Campana sont des irrégularités de la plus grave nature dans sa gestion administrative. On s’expliquera que nous ne redisions pas toutes les suppositions auxquelles s’exerce la faconde des nouvellistes contre un homme à qui une longue et brillante prospérité avait fait, pour les mauvais jours, une ample provision d’ennemis. M. le marquis Campana n’est encore qu’accusé et les fonds qu’il a appliqués à ses entreprises personnelles s’élevassent-ils au delà de deux millions de francs, comme on le dit, il est probable que ses propriétés et ses différents musées les couvriront. Il paraît que M. Campana n’a jamais puisé dans la caisse qui lui était confiée sans y mettre une reconnaissance du chiffre exact de la somme indûment détournée.

« Quant à l’autorité, elle a montré dans cette affaire de l’habileté et de la prudence. M. le marquis Campana, qui était depuis quelques mois soupçonné, semble n’avoir rien pressenti et, d’autre part, le gouvernement ne tardait à le frapper que parce qu’il attendait des recettes qui le missent en mesure de payer sur l’heure tous les dépositaires que cette catastrophe pourrait alarmer. Une note publiée aujourd’hui par le Journal de Rome avertit les dépositaires que leurs intérêts sont préservés ».

t. La Bibliothèque de l’Institut de Rome possède un recueil intitulé (Catal. Mau, t. I, 408) : Prozesschriften, gedruckt und handschriftlich zum Proses s Campana — et un autre sous le titre suivant ( ibid ., t. I, 5) : Pareri di celebri giureconsulti nella causa del marchese G. Campana, basati sopra un circonstanzialo prospetto dei fatti, etc. Je n’ai pas consulté ces documents.

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Lettre du 12 décembre 1857 ( Débats du 18 décembre) :

« Cette affaire ne s’est guère éclaircie pour le public et il paraît qu’elle n’est pas sans obscurité pour les juges eux-mêmes, car la Sacrée Consulte, qui devait hier décider si elle retiendrait l’affaire comme étant une affaire criminelle ressortissant de sa juridiction, a différé le prononcé de son jugement.

« Ce qui semble acquis, c’est que les sommes prises par M. Campana dans la caisse du Mont de Piété s’élèvent à plus de 600.000 écus romains (près de trois millions et demi de francs). Il les faisait simplement inscrire à son débit et en payait, assure-t-on, l’intérêt. Il paraît aussi avéré que M. Campana avait, il y a quelques années, alors que ses affaires commençaient à s’embarrasser, obtenu un rescrit du ministre des finances d’alors, l’autorisant à appliquer à ses besoins personnels une somme de 25.000 écus. Directeur d’un établissement qui a un mouvement de capitaux énormes, entraîné dans un tourbillon d’affaires hasardeuses, mal contrôlé, il a continué de son seul gré et sans entraves sérieuses des emprunts, devenus frauduleux, jusqu’au delà de trois millions. Le gouvernement pontifical, pour assurer la dette autant que possible, a pris hypothèque sur les magnifiques musées et sur les biens de M. Campana. Le lendemain de l’arrestation, la Caisse du Mont de Piété a été ouverte comme de coutume; on y avait réuni environ deux millions pour parer aux remboursements. Les demandes n’ont pas été beaucoup plus considérables qu’à l’ordinaire.

« Aujourd’hui sortira de prison le médecin arrêté pour avoir porté un billet à M. Campana et demain M"° la marquise Campana fait faire un triduo solennel au crucifix du Campo Vaccino [pour intéresser le ciel aux disgrâces de son mari. »

Voici en quels termes le correspondant du même journal annonça le jugement ( Débats du 13 juillet 1858) :

« Le jugement a été rendu le 5 juillet. Le crime de péculat a été admis. Le marquis Campana est condamné à vingt ans de galères. L’avocat qui a écrit sa défense a été suspendu pour trois mois. L’appel n’est pas admis contre les jugements prononcés par le tribunal criminel. Il peut y avoir seulement révision pour la procédure. Au moment où nous écrivons, le marquis Campana ne s’est pas encore pourvu en révision. Ce jugement sert de texte à mille commentaires divers que le respect pour la chose jugée ne nous permet pas de reproduire ».

Le 5 août, nouvelle lettre, datée de Rome, 31 juillet, où se reflètent les embarras du Saint-Siège :

« La sentence qui a frappé il y a Drès d’un mois le marquis Campana n’est

pas encore publiée et n’a pas encore été régulièrement signifiée au condamné. Sa Sainteté a voulu, assure-t-on, qu’elle fût attentivement examinée par un membre du Sacré Collège qui, en matière de jurisprudence, a une grande réputation de savant et qui a été longtemps magistrat. L’avocat Marchetti, défenseur de Campana, qui avait été suspendu par le tribunal pour avoir, dans sa défense, repoussé avec peu de ménagement les attaques du ministère public, a été exonéré spontanément par le tribunal après une dizaine de jours, »

Amédée Achard, qui se rendit en Italie le mois d’après, écrivait de Rome aux Débats, à la date du 3 septembre 1838 :

« J’ai demandé des nouvelles de Campana à tout le monde. Partout on m’a répondu : Il est en prison. L’opinion générale est qu’il sera gracié. Le peuple l’appelle 11 povero marchese. Il était fort bon et faisait grand bien. C’est la passion des arts qui l’a perdu. Son projet était, assure-t-on, de réunir entre ses mains tous les objets d’art qui sont dans le commerce. A ce jeu, il s’est ruiné; malheureusement, sa galerie ne vaut pas plus de deux à trois millions, et il en doit, me dit-on, cinq à six».

Un archéologue du parti libéral, Ferdinand de Lasteyrie, commentait ainsi, sans respect pour la « chose jugée », la sentence qui avait condamné Campana à vingt ans de galères :

« C’était sévère, c’était même jusqu’à un certain point exagéré, car le gage répondait, et bien au delà, de la valeur des sommes empruntées. Dans tout autre pays, on se fût contenté de saisir le gage, de réaliser les fonds dus à la caisse et de destituer le fonctionnaire. A Rome, on fit mieux : Campana fut condamné aux galères- Là où tout le monde prévarique du plus au moins, on est impitoyable pour qui s’y prend maladroitement. Cependant, par cela même que la sentence était excessive, elle ne fut point exécutée. Le gouvernement romain trouva plus d’avantage à composer avec le condamné. Remise entière lui fut faite de sa peine, moyennant qu’il abandonnerait ses collections à l’État en échange des cinq millions qu’il lui devait. Elles lui en avaient coûté presque le double* ».

En réalité, la sentence fut commuée en celle du bannissement perpétuel. La confiscation des biens allait de soi, puisque

1. Ce passage est cité dans l’article Campana du Dictionnaire de Larousse; il est extrait du Siècle, 21-22 avril 1862.

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le Mont de Piété devait saisir le gage de sa créance; il l’avait saisi, d’ailleurs, au lendemain même de l’arrestation.

Les hésitations dont témoigna, depuis le mois d’août 1858, le gouvernement pontifical et sa décision finale de faire grâce à Campana, s’expliquent sans doute, dans une large mesure, par les instances de Napoléon III auprès de Pie IX. Précisément, une autre affaire plus grave venait de se produire et de mettre le Saint Siège eu conflit ouvert avec l’élite des pays civilisés. Au mois d’août 1858, un jeune Israélite de Bologne, Mor-r tara, alors âgé de six ans, fut arraché à son père et conduit dans un couvent, sous le prétexte que, deux ans auparavant, il avait été baptisé clandestinement par une servante chrétienne. La presse éclairée des deux mondes s'insurgea, invoquant les droits sacrés du père de famille, auxquels Yeuillot, Dom Guéranger et les jésuites de la Civiltà Cattolica objectèrent les droits supérieurs de la leligion. Napoléon III prit fait et cause pour le père Mortara. Le 19 octobre 1858, le Constitutionnel annonçait que l’ambassadeur de France à Rome avait employé tous ses efforts « pour éclairer le Saint-Siège et lui représenter comment l’opinion publique en France ne manquerait pas d’envisager un acte qui est de nature à blesser les plus saintes affections. » Un prêtre, l’abbé Delacouture, condamna l’enlèvement au nom des doctrines théologiques elles-mêmes; Veuillot, dans YUnivers, lui répondit par ses coutumières invectives et fit observer que si la conscription avait existé dans les États pontificaux, elle aurait bien enlevé le jeune Mortara à sa famille — seulement un peu plus tard ! « L’autorité paternelle a ses limites ! » s’écriait Yeuillot; et l’on ajoutait que l’enfant, devenu chrétien par le baptême, avait le droit d’être protégé dans sa foi contre l’inlluence de ses parents i sraéli tes ’ .

L’empereur ne pouvait admettre une pareille thèse et il s’en fallut de peu que les rapports entre Paris et Rome ne fussent rompus. Gomme Rome ne pouvait céder sur le cas Mortara —

1. Voir les Débuts du 2 septembre, du 20 et du 30 octobre 1858.

Pie IX opposa un non possurmis absolu à toutes les réclamations — elle fit une concession à Napoléon III en grâciant Campana, car le pape et Antonelli savaient que le souverain français portait au malheureux marquis un intérêt très vif. Ainsi je crois, sans en être sûr, que l’enlèvement de Mortara ne fut pas sans influence sur le pardon accordé à Campana. Aussitôt les relations diplomatiques s’améliorèrent. Le Journal de Rome du 24 décembre 1858 publia une note officielle démentant qu’il existât une tension entre le Saint-Siège et le gouvernement impérial *. De pareils démentis ne signifient pas qu’il n’y ait point eu de crise, mais bien que la crise niée touche à sa fin.

Campana sortit de prison dans les premiers jours de 1859. Il devait survivre plus de vingt ans au naufrage de sa grandeur. La marquise qui, comme nous l’avons vu, toucha jusqu’en 1870 une pension de Napoléon III, publia à Paris un opuscule d’édification intitulé Manuale di Elisabetta et un ouvrage d’histoire, fruit, dit Moroni, de quinze années de recherches* : Les derniers Stuart à Saint-Germain enLaye (1870). Elle mourut en 1876, laissant à tous le souvenir d’une infortune noblement supportée. Son mari est signalé à Genève en 18641 2 3 ; il habita pendant quelques années à Plainpalais dans une condition voisine du dénuement. Le conservateur actuel de l’Ariana, alors intendant du riche Genevois Revilliod, dit avoir souvent donné à manger tant à Campana qu’à sa vieille servante. C’est à cette époque que Campana vendit à Revilliod un tableau dont je m’occuperai plus loin et quelques majoliques.

En 1875, Campana était à Florence, d’où il écrivit au numismatiste Routkowski une lettre qui a été publiée4. Après l’occu-

1. « On parle de conversations animées, acrimonieuses même, qui auraient eu lieu entre les représentants de l'un et l’autre gouvernement. »

2. C’est là une évidente erreur; l’ouvrage, d’ailleurs médiocre, n’a pu être commencé qu’en 1864.

3. La même année, la marquise vint habiter Saint-Germain (Les derniers Stuarts, p. 1).

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