‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 13 sur 55 · Boutkowski, Dictionnaire de numismatique , t. T, p · texte numérisé non relu

Boutkowski, Dictionnaire de numismatique , t. T, p

pation de Rome par les Italiens, il revint à Rome et s’y lia avec Crispi; celui-ci et son avocat de 1858, Marchetti, lui conseillèrent d’engager un procès contre le gouvernement italien, successeur du gouvernement pontifical, parce que ce dernier avait récupéré plus que les sommes dues par la vente des collections mises sous séquestre. Gampana suivit cet avis et déjà le jour du procès était fixé lorsqu’il mourut subitement, le 10 octobre 1880, à cinq heures et demie du soir, dans un pauvre logement de la Via délia Stamperia1. De son mariage avecEmily Rowles, il n’avait pas eu d’enfant et je crois que le nom de Gampana s’est éteint avec lui.

L’ingratitude naturelle aux hommes apparaît en ceci, que Gampana, condamné et devenu pauvre, fut oublié longtemps avant de mourir. Ge Fouquet déchu ne trouva pas de La Fontaine pour faire pleurer sur son sort les nymphes de Vaux. Je n’ai découvert son nom dans aucune édition du Dictionnaire des Contemporains de Vapereau ; s’il fut question de lui avec quelque précision, en bien ou en mal, entre 1870 et 1880, ce doit être dans des écrits obscurs ou qui, du moins, me sont restés inconnus.

1. Renseignements dus à M. Helbig et à la Mm« la comtesse Lovatelli. La messe de requiem fut célébrée le 13 octobre 1880 dans l’église des SS. Vincent et Anastase.

Les collections de Campana une fois séquestrées, il était indispensable que l’administration du Mont-de-Piété en réalisât la valeur en les vendant. Si l’on voulait les conserver à Rome, en respectant l’édit Pacca qui prohibait la sortie des œuvres d’art, le seul acheteur dont on pût attendre une grosse somme était le gouvernement pontifical. Mais ce gouvernement était toujours à court d’argent; il fallait donc chercher un acheteur au dehors, tout en essayant de conserver pour les collections romaines un certain nombre de pièces de premier choix.

Des bruits de vente coururent de 1856 à 1859 et parurent prendre corps au moment du voyage à Rome de deux fonctionnaires du Musée Rritannique, Rirch et Newton. Je ne connais pas les vicissitudes des négociations engagées à cet effet avec divers gouvernements et me contente de résumer ici les quelques informations que j’ai rassemblées.

Voici d’abord un témoignage précis d’où il résulte que Campana, dès 1856, avant sa ruine et au lendemain de la publication de ses statues par H. d’Escamps, avait engagé des négociations avec l’Angleterre. Newton écrivait en 1865 : « De retour à mon poste (Mitylène) en avril 1856, je trouvai une dépêche du Foreign Office qui m’attendait; on m’y donnait l’ordre de me rendre immédiatement à Rome pour évaluer la collection Campana, alors offerte au Rritish Muséum. Je restai à Rome jusqu’à l’automne de la même année; puis je partis en congé pour l’Angleterre1. »

1. Newton, Travels and discoveries in the Levant, t. II (Londres, 1865), p. 67. Ce passage important m’a été signalé par M. S. de Ricci.

REVUE ARCHÉOLOGIQUE

Dans]’ Archaeologischer Anzeiger de 1857 (p. 23*), Gerhard écrit qu’il a été question de vendre la collection Campana à la Russie ou à l’Angleterre, mais qu’on espère, à Rome, en conserver une partie. En février 1858, dans le même périodique (p. 145*), il est dit que la collection Campana est fermée et sans maître (nun abgeschlossen und herrenlos), sonpossesseur ayant été la victime de sa passion pour l’art; c’est donc que les bruits de vente avaient cessé. Enfin, dans Y Anzeiger de juillet-septembre 1859 (p. 99*), Gerhard enregistre la fausse nouvelle que toute la collection avait été acquise, pour 1 million et demi de scudi, par le gouvernement pontifical, « à la surprise joyeuse de tous les amis de l’antiquité. » Celte solution eût été conforme aux vœux de la population romaine; mais l’état des finances pontificales ne permettait pas de l’adopter.

Newton et Rirch, envoyés par les Trustées du Musée Rritannique, recommandèrent, après examen, l’achat de 9 sections du Musée sur!2, comprenant tous les monuments antiques àl’exception des statues de marbre, au prixd’environ 850.000 francs. Cette offre dérisoire fut naturellement repoussée. La Galerie Nationale de Londres essaya ensuite d’acquérir séparément quelques tableaux, mais elle n’y réussit pas davantage.

En 1858 furent publiés à Rome, sans date ni nom d’éditeur, les Cataloghi del Museo Campana; un extrait considérable en parut dans Y Archaeologischer Anzeiger (1859, p.23*). Comment a été préparée cette publication importante? Penelli qui, pendant la captivité de Campana, exerçait, non sans fierté, les fonctions de conservateur de la collection, a raconté vers 1880 qu’il portait les épreuves à son maître et que celui-ci les corrigeait dans sa prison. Mais sur quels documents avait été établi le manuscrit remis à l’imprimeur? Existait-il quelques catalogues partiels, quelques registres? Autant de questions auxquelles je ne suis pas en mesure de répondre. Il m’a été dit, mais je n’en suis pas sûr, que le catalogue des bijoux fut rédigé par Auguste Castellani.

Les douze fascicules in-4° qui composent le volume des Cata-

loghi sont devenus fort rares (je possède l’exemplaire de Léon Renier, que j’ai acquis à sa vente). 11 n’y a pas de pagination continue. Voici l’indication des divisions adoptées, avec celle du nombre d’objets décrits dans chacunq.

1° Vases peints étrusques et italo-grecs

pièces.

2° Bronzes étrusques et romains

3° Bijoux , pierres gravées , monnaies

4° Terres cuites grecques, romaines, étrusques

5° Verreries antiques

6° Peintures antiques

7° Sculptures grecques et romaines

8° Peintures préraphaélites

9° Peintures italiennes de 1500 à 1700

10° Majoliques peintes

11° Sculptures en majolique ( Lucca délia Robbia, etc.) et sculptures de la Rennaissance ita-

tienne

12° Objets divers, étrusques et romains, en ivoire

et en os.

Il y a, dans ces catalogues, un singulier mélange de savoir très sérieux et de charlatanisme. Le savoir se manifeste souvent dans l’attribution exacte de tableaux difficiles à classer, le charlatanisme dans les désignations pompeuses dont on affuble des imitations ou même de mauvaises copies.

Aucun objet n’est désigné comme réservé par le gouvernement pontifical. Cependant il est sùr que l’on constitua une réserve d’objets précieux. Dans une note dont la source officielle est évidente et où la signature seule est de lui, Alexandre Bertrand déclarait ceci*: «Le gouvernement romain, devant rembourser le Mont-de-piété, voulut vendre la collection Campana. Une commission, formée de Visconti, Tenerani (le sculpteur), De Rossi et Massani (directeur du Mont-de-Piété), fut chargée de faire le départ de ce qui devait être gardé et vendu. Après avoir inutilement demandé que le musée entier restât à Rome, elle

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