H. de Viel-Castel, Mémoires , t. VI, p
3. Cela signifiait, pour qui savait lire en 1862, « rue de Courcelles, chez la princesse Mathilde, dans le salon où dominait Nieuwerkerke ».
4. Longpérier n’a jamais pardonné à Desjardins son rôle dans cette affaire; il lui a joué plus tard de « mauvais tours » à l’Académie des Inscriptions.
cevoir *. » Mais une nouvelle épreuve les attendait à Rome, ou du moins attendait le délégué de M. le comte de Nieuwerkerke ; car, pour lui, il était revenu au plus vite’. Tandis que M. de Longpérier mettait en ordre ses séries et s’occupait déjà de faire des choix, un papier officiel venu de Paris instituait M. Sébastien Cornu seul administrateur provisoire du nouveau Musée. C’était comme un second échec »1 2 3.
Le comte de Nieuwerkerke, disent les auteurs delà lettre déjà citée, « repartit le 2 juin sans avoir eu le temps de recevoir le Musée, qui alors était jugé devoir entrer dans les attributions du ministère d’Etat et, par conséquent, ne relevait plus de son administration. » En d’autres termes, Nieuwerkerke sentit qu’il était « dessaisi » et ne cacha pas sa mauvaise humeur. Longpérier quitta Rome à son tour dès que Cornu et Clément eurent été nommés par le ministre d’Etat, à titre provisoire, administrateur et administrateur adjoint (juin 1861). Quant à Renier, il s’occupait alors d’une autre acquisition non moins importante pour la science, celle du Palatin. Le Moniteur du 29 août 1861 annonça que l’Empereur venait de faire acheter, sur sa cassette particulière, par l’entremise de Léon Renier, la portion du mont Palatin qui est connue sous le nom de Jardins Farnèse et qui appartenait au roi de Naples. Les terrains achetés, d’une étendue de 7 hectares, comprenaient les ruines du Palais des Césars « dont deux étages entiers sont comblés depuis le temps de l’invasion des Rarbares et doivent rccéler des statues, des peintures, des inscriptions du plus haut intérêt. » Le Moniteur ajoutait que Pietro Rosa avait été nommé conservateur du Palais des Césars et qu’il était en même temps le directeur désigné des fouilles, projetées pour le mois de novembre de la même année.
1. Cette phrase suffirait à prouver que le prétendu voyage de Longpérier à Rome, avant mai 1861, est du domaine de la légende.
2. Nieuwerkerke quitta Rome dks le 2 juin, dix jours après son arrivée.
3. L’arrivée de Longpérier à Rome et son séjour dans cette ville après le départ de Nieuwerkerke avaient effrayé Cornu, qui se hâta de télégraphier à Paris ; Mme Cornu, dit-on, obtint alors de l’Empereur la nomination de son mari à titre d’administrateur provisoire.
REVUE ARCHÉOLOGIQUE
Le décret impérial portait ouverture d’un crédit de 4.800.000 francs, dont 4.360.440 francs ou 812.000 écus romains pour la collection elle-même, qui ne devait pas supporter de droits de douane, et le reste pour l’emballage, le transport et les frais accessoires *. Clément et Cornu furent autorisés à débourser de fortes sommes, prises sur le crédit total, pour compléter la collection par des achats divers. Le gouvernement eut raison de faire procéder à ces achats, mais il eut le tort de n’en point informer le public, de sorte que, lors de l'exposition, il sembla que l’on eût voulu « étoffer » clandestinement un ensemble déjà colossal, ne comprenant pas moins de 11.835 objets, pour justifier les millions qu’il avait coûtés. Vitet, dans la Revue des Deux Mondes de septembre 1862, remarquait, non sans ironie, que Guédéonow avait été bien mal inspiré en laissant à la France d’aussi belles cistes gravées : « Il faut en convenir, écrivait-il*, c’est un heureux hasard que ces cistes nous soient restées et si M. Guédéonow était libre de s’en emparer, il a droit à notre gratitude. Aussi nous vient-il un doute. Cinq de ces cistes, nous dit la notice officielle, proviennent des fouilles faites par le prince Barberini sur le sol de l’antique Préneste. Étaient-elles donc passées du palais Barberini au palais Campana, ou bien les aurions-nous acquises, comme une 'partie des bijoux exposés dans cette même salle , par un marché supplémentaire? A consulter nos propres souvenirs, nous penchons vers cette explication, sans craindre qu’on nous accuse d’avoir mal deviné. » Desjardins, répondant à Vitet, convint de la chose; il l’avait, d’ailleurs, déjà reconnue dans sa notice de mai 1862, où, parlant des bijoux antiques, il écrivait : « Les commissaires français ont, pour cette série, beaucoup ajouté, par des acquisitions ultérieures, aux richesses de la collection Campana »1 2 3. L’admi-
1. On avait fait venir de Paris un emballeur, Espirat, avec toute une équipe d’ouvriers (renseignement communiqué par M. Froehner).