‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 6 sur 55 · DE TABLEAUX ANCIENS · texte numérisé non relu

DE TABLEAUX ANCIENS

Parmi lesquels on remarque les Joueurs de quilles, de Cornélius Dusart; le Mariage de sainte Catherine, par G. Francia; une belle série de portraits des xvre, xvuc et xvme siècles, plusieurs charmantes compositions par Gio.-BaptislaTiépolo, tableaux décoratifs, miniatures, etc. :

REVUE ARCHÉOLOGfQUE

licence que les Anglais appellent public spirit , ont pour résultat que les collections privées s’émiettent ou deviennent publiques, comme l’eau des rivières se transforme en pluie ou se déverse à la mer. Est-il nécessaire de citer des exemples? Une seule constatation en tiendra lieu. Lors de l’Exposition universelle de 1867, une société d’écrivains publia un ouvrage en deux volumes intitulé Paris- Guide-, un chapitre de ce livre encore instructif est consacré aux collections privées do la grande ville. Or, j’ai remarqué que, de toutes les collections énumérées ou décrites, il vü en subsiste plus aujourd'hui une seule ; même celle que possédait alors James de Rothschild s’est non seulement divisée, mais amoindrie, à la suite des legs importants faits au musée du Louvre par deux membres décédés de cette famille. De toutes les autres, il ne reste que des débris épars et, pour faire connaître ce qu’elles ont été jadis, des catalogues de vente après déconfiture ou après décès1. Nulla brevem dominum sequitur, comme écrivait Ilorace à Postumus.

L’histoire des collections privées n’a jamais été faite et c’est depuis peu seulement que la curiosité des archéologues s’est tournée vers ce vaste sujet. Pour ne parler que des collections d’antiques — car il n’existe pour ainsi dire rien sur les autres — M. Michaelis fut le premier, dans ses Ancient marbles in Great Bntain (1882), à raconter la naissance et le développement de celles dont l’Angleterre s’enorgueillit encore. Puis ce fot l’histoire des collections romaines du xve et du xvie siècle qui occupa MM. Müntz* et de Nolhac* en France, Michaelis1, Schreiber6 ei

1. Voir Louis Soullié, Les ventes de tableaux, dessins et objets d'art au xix« siècle (1800-1895), Paris, 1896. Les collections vendues y sont classées chronologiquement et par ordre alphabétique des noms des collectionneurs.

2. Müntz, Les monuments antiques de Rome à l'époque de la Renaissance, in Revue archéol., juillet 1884 à avril 1887.

3. Nolhac, Les collections de Fulvio Orsini, dans les mélanges de Rome, 1884.

4. Michaelis, Geschichte des Statuenhofes im vatikanischen Delvedere, in Jahrbuch des Instituts, 1890, p . 5 ; SLoria delta collezione capitolina di antichità, in Rom. Mittheilungen, 1891, p. 1 (cf. E. Rodocanachi, Le Capitole romain antique et moderne, Paris, 1904).

5. Schreiber, Rie antiken Bildwerke der Villa Ludovisi, Leipzig, 1880.

Robert1 en Allemagne, Lanciani en Italie’. J’ai moi-même réuni de nombreux renseignements sur des collections disparues dans deux volumes de ma Bibliothèque des monuments figurés ( Peintures de vases, 1891, et Pierres gravées, 1895), ainsi que dans mon édition de l’Album de Pierre Jacques (1902). Pour les collections françaises qui ont abouti au Musée du Louvre, M. Michon a publié une série de notices, qu’il ferait bien de réunir, dans le Bulletin de la société des Antiquaires , la Bevue des Études grecques et d’autres recueils. Mais le seul livre où l’on trouve un exposé d’ensemble, le Handbuch de Stark, ne donne que des indications tout à fait sommaires, mêlées de beaucoup d’inexactitudes; je ne parle pas du Handbuch de Sittl, qui n’est qu’un amas confus de notes mal prises. Ce qu’il faut avant tout aujourd’hui, ce sont des monographies de collections; une histoire générale des collectionneurs doit être préparée par des travaux de détail.

Aucun des musées privés du xixe siècle n’a compris autant de séries diverses et n’a renfermé autant d’objets précieux de tout genre que celui du marquis Campana à Rome. Si les collections de Lord Hertford (léguées par lui à son fils naturel Sir Richard Wallace, aujourd’hui propriété publique à Londres) et de Spitzer (dispersées en 1893) ont représenté une valeur vénale bien plus considérable, elles n’ont pu rivaliser avec celles de Campana par la variété de leur contenu. Lord Hertford possédait surtout des meubles et des tableaux postérieurs au xvie siècle ; il n’eut jamais le goût des antiquités. Spitzer n’avait qu’un petit nombre de tableaux du xv° siècle et d’antiquités grecques, d’ailleurs en partie suspectes; sa passion de collectionneur le porta plutôt vers les trésors d’église, l’orfèvrerie, les bronzes, les ivoires.

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