‹ Esquisse d'une histoire de la collection CampanaChapitre 7 sur 55 · K. Robert, Die antiken Sarkophagreliefs, t. II et suiv · texte numérisé non relu

K. Robert, Die antiken Sarkophagreliefs, t. II et suiv

2. R. Lanciani, Storia degli Scavi di Roma e notizie intorno le Collezioni romane di antichità, t. I (1400-1530), Rome, 1902; t. II (1531-1549), Rome, 1903.

Campana seul fut un collectionneur encyclopédique et lorsque la France acquit son Musée, après les prélèvements faits par l'Angleterre et la Russie, il n’y a presque pas une section du Louvre, en dehors de celle du xviu0 siècle, qui n’y ait trouvé à s’enrichir.

Je n’ai pas la prétention d écrire l’histoire du Musée Campana et de sa dispersion; un pareil travail exigerait de longues recherches à Rome même, d’abord dans les collections de journaux de 1858 à 1861, puis dans les archives de l’État, et d’autres recherches, peut-être plus difficiles encore, à Saint-Pétersbourg et à Londres. L’acquisition du Musée par la France, en mai 1861, a dû donner lieu à des correspondances diplomatiques; mais celles qui existent aux archives des Affaires Étrangères sont encore inaccessibles et les autres, transmises par le Ministère d’État au Ministère des Finances, ont dû être détruites dans l’incendie de mai 1871. Je me suis assuré qu’il n’y arien, ou presque rien, au Ministère des Beaux-Arts; quant aux archives du Louvre, elles semblent avoir été mises'au pillage, avant 1870, dans un intérêt que je ne m’explique pas bien, et ce qu’elles contiennent sur l’acquisition Campana est insignifiant. En somme, l’esquisse que je publie est surtout fondée sur des documents imprimés — journaux français, articles de Revues, brochures de polémique — et sur des témoignages oraux, pour la plupart indirects. Si j’avais reconnu plus tôt l’intérêt de ce sujet, à la fois scientifique, historique et anecdotique, il m’eût été facile d’interroger les hommes qui prirent une part décisive à l’acquisition ou à l’installation du Musée, Léon Renier, Ernest Desjardins, Charles Clément, qui ont été mes maîtres et mes amis. Malheureusement, je n’y ai point songé de leur vivant et je doute fort qu’ils aient laissé des notes sur le rôle qui leur est échu dans cette affaire. Les survivants, MM. Heuzey, Saglio, Froehner, étaient alors tout jeunes; j’ai obtenu d’eux, directement ou indirectement, quelques informations dont je les remercie1. A l’étranger, j’ai

1. M. Froehner a bien voulu répondre par écrit à toutes les questions que lui posait de ma part notre ami commun, M. le capitaine Espérandieu. J’ai d’autant plus lieu de reconnaître ici sa libéralité que l’an prochain, si nous

recueilli des renseignements de Mme la comtesse Ersilia Lovatelli, de MM. Helbig (Rome), Cumont (Bruxelles) et Cartier (Genève); qu’ils reçoivent ici l’expression de ma gratitude. Malgré mes efforts, je me sens encore très imparfaitement instruit et je serais heureux si l’histoire dont je vais retracer les grandes lignes, sine ira nec studio, pouvait provoquer quelques publications complémentaires ou susciter de nouveaux témoignages; en particulier, ceux qui possèdent les papiers de Sébastien Cornu devraient pouvoir ajouter beaucoup de détails intéressants au peu que j’ai pu recueillir. Je n’entends donner qu’une esquisse, un canevas, en indiquant mes sources toutes les fois qu’on m’a autorisé à le faire; d’autres, s’ils le peuvent, compléteront le tableau. Je dois ajouter que cette histoire soulève des questions personnelles assez délicates; sans rien taire de ce que j’ai appris, je m’abstiendrai le plus possible de juger les hommes, dont le rôle, les intérêts et les passions me sont encore très imparfaitement connus.

Gian Pietro Campana, plus tard marchese Campana di Cavelli, naquit à Rome en 1807. Il appartenait à une riche famille de la bourgeoisie romaine qui possédait de vastes biens-fonds dans la Campagna et qui affermait à long bail les latifundia appartenant à des couvents. Je ne sais rien de sa jeunesse ni de l’éducation qu’il reçut; mais les articles qu’on a de lui, dans le Bullettino deW Instituto , prouvent qu’il devait être assez lettré et qu’il avait lu les poètes latins. Ces articles, publiés de 1834 à 1845, sont signés, le premier Pietro Campana, les deux autres Cav[aliere) Campana ; il semble donc n’avoir pris ou reçu le titre de marquis que postérieurement à cette dernière date. Dans l’index de la vaste encyclopédie de Moroni, on lit que Campana comptait, parmi ses ancêtres, Mgr Antonio Campano di Cavelli di Cam-

sommes encore de ce monde, nous pourrons célébrer, M. Froebner et moi, J« vingtième anniversaire d’une brouille archéologique sans éclaircie.

REVUE ARCHÉOLOGIQUE

pana, évêque de Crotone et de Teramo vers 1450, historien, poète, orateur, secrétaire de trois papes et du roi Ferdinand Ier d’Aragon, ainsi que Cesare Campana dit d’Aquila, historien de la guerre des Flandres et de la guerre entre les Chrétiens et les Turcs. Tout cela peut faire partie d’une généalogie fabriquée après coup. Je laisse ouverte la question de savoir si Campana fut créé marquis par Pie IX, ou s’il usurpa ce titre, comme cela se faisait souvent avant 1870, par le fait de l'acquisition d’une terre noble.

Campana épousa une x\nglaise, Miss Emily Rowles, dont la mère s’appelait Mrs Crawford (par suite d’un second mariage?). Mrs Crawford se fixa à Ham vers 1846 et aida, dit-on, à l’évasion de Louis Napoléon, détenu, depuis 1840, dans la forteresse de cette ville. C’est dans une voiture appartenant à Mrs Crawford que l’aubergiste fit échapper le prétendant, revêtu de la blouse de l’ouvrier Badinguet1. Aéyw xi Xsyép.sva. Miss Rowles vint plus tard à Rome; elle était âgée de près de trente ans lorsqu’elle épousa Campana.

Louis Napoléon avait encore d’autres obligations envers cette famille — offensae veteris reits atque tacendae. La conspiration qui aboutit au coup d’Etat du 2 décembre, avait dû éclater, suivant le projet primitif des bonapartistes, pendant l’été de 1851. Au printemps de cette année, le prince président emprunta une grosse somme à la marquise Campana. Ce que je sais à ce sujet est fondé sur un texte, resté inaperçu jusqu’à présent dans les Papiers et correspondances de la famille impériale (t. II, p. 125). Il s’agit des « Dépenses de la liste civile » ; l’annotation entre crochets est due aux éditeurs des Papiers :

« Campana (comtesse et marquise Emilie) [il y a là deux personnes sans doute, mais les documents que nous possédons ne nous permettent pas d’établir entre elles une distinction suffisante] prête à Louis Napoléon 33.000 francs. Nous avons la traite : « Bon pour 33.000 francs que moi, la soussignée, je

i. Voir l’article Badinguet dans le premier Supplément de Larousse.

m’engage à payer à Mess. Borlini-Dupré, ou à leur ordre, le 29 juillet 1851. Comtesse Emilie Campana, Rome, 29 avril 1851. A M. le prince Louis Napoléon Bonaparte, président de la République française à Paris ».

« En septembre 1852, Mme Campana reçut du président 50.000 francs. En 1853, elle put tirer sur M. Bure jusqu’à concurrence de 100.000 francs. En 1866, elle obtient 10.000 francs. Dès 1856, elle figure pour une pension de 12.000 francs (qu’elle toucha jusqu’en 1870). En 1870, la marquise Campana reçut 4 mois de 10.500 francs — 42.000 francs. En tout, approximativement, 400.000 francs ».

Il existait ainsi, entre la famille Campana et le souverain de la France, des liens anciens et impossibles à révéler au public, liens dont l’influence se fera sentir en 1858 et plus tard, bien que la somme prêtée, ou du moins celle dont nous avons la trace, ait été remboursée avec usure dès 1852.

Outre sa fortune en biens-fonds, Campana possédait et exploitait une fabrique de marmorichee , qui livrait au commerce soit des marbres de diverses couleurs en plaquettes, soit des imitations de ces marbres, qui étaient alors fort employés pour la décoration des meubles et des parois, à la faveur du style Empire qui domina à Rome pendant toute la première moitié du xix° siècle1.

Campana commença sa carrière administrative comme auxiliaire du directeur général du Mont de Piété de Rome, le commandeur Gasparo Azzurri. Cet établissement, fondé en 1539 sous Paul III par le moine observantin Giovanni Calvi2, s’était rapidement développé et était devenu une véritable banque de dépôts. Azzurri mourut en 1832. Antonelli, qui devint cardinal en 1847, mais qui jouissait déjà d’un certain crédit sous le pontificat de Grégoire XVI, avait un frère cadet auquel il voulut faire donner la place vacante : ce fut Campana qui l’obtint. On

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