Tacite, H., II
arrivent au petit jour, après un voyage rapide, et envahissent, l'épée nue, le palais du proconsul. Pison n'était pas connu d'eux : c'étaient des auxiliaires carthaginois et des cavaliers indigènes. Non loin de la chambre à coucher, ils trouvent un esclave : où est Pison ? lui demandent-ils. Par un admirable mensonge, l'esclave répond que c'est lui-même, et tombe percé de coups. Ce dévouement ne sauva pas Pison : il fut reconnu quelques instants après par un des hommes de Festus, le procurateur Bebius Massa, et égorgé. Le légat attendait l'événement à Hadrumète ; il rejoint la légion, fait enchaîner le préfet du camp, sous prétexte de complicité avec Pison, en réalité par vengeance personnelle, punit ou récompense quelques soldats et quelques centurions, pure et inique comédie et pour le seul besoin de la cause, puis part pour apaiser les dissentiments de Leptis et d'Oea : il pouvait faire savoir à Rome qu'il avait étouffé une guerre civile * !
J'ai cédé au plaisir de suivre Tacite jusqu'au bout : c'est qu'une telle scène, et d'un tel peintre, dépasse la mesure d'un simple et ordinaire épisode ; il y a plus là qu'un incident de ce conflit si curieux organisé entre les deux gouverneurs d'Afrique ; il y a là même plus qu'une peinture romaine, plus qu'une de ces sombres tragédies qui ensanglantent l'ère impériale, il y a un drame humain, de tous les temps et de toutes les histoires. N'ai-je pas d'ailleurs "averti que je chercherais à faire entrer dans le cadre de ce travail tous les tableaux qu'il me serait possible d'emprunter à ces admirables maîtres? Galigula s'occupa plus d'une fois de l'Afrique. En 40 après J.-G. il fait étrangler Ptolémée à Rome, réunit définitivement à l'empire son royaume des Maure tanies, et le partage en deux provinces. De cette année 40 date l'ère de la nouvelle province ; beaucoup de monuments