Tacite, H., IV
siasme. Soit qu'il fût prudemment conseillé, soit par sa modération naturelle, Pison se garda bien de paraître en public et de se livrer aux empressements de la multitude. Il interrogea le centurion, et s'étant bientôt convaincu du piège odieux qu'on lui tendait, il ordonna la mort du traître, non qu'il espérât se sauver, mais par indignation contre un misérable, qui, après avoir été l'un des bourreaux de Macer, revenait tremper dans le sang d'un proconsul ses mains encore sanglantes du meurtre du légat ! Puis, dans un manifeste où perçait son inquiétude, il réprimanda les Carthaginois, et se renferma dans sa demeure, sans vaquer même à ses occupations accoutumées, de peur d'être la cause involontaire de quelque nouveau mouvement.
Que faisait cependant Valerius Festus ? Et quelle part avait-il dans tout cela? Que se passa-t-il dans les fréquentes entrevues qu'eurent ensemble le légat et le proconsul ? Est-ce le légat qui sollicita Pison à la révolte , ou Pison qui essaya vainement de l'y entraîner? On ne saurait le dire; personne ne fut reçu dans leur confidence , et , Pison une fois mort , presque tout le monde fut pour le meurtrier. Ce qui est siir, c'est que le légat était une âme fort équivoque : tant que la lutte fut indécise entre Yitellius et Yespasien, Festus joua jeu double, et ménagea les deux rivaux ; publiquement il se déclara pour Yitellius, mais il entra en correspondance avec Yespasien, et se réserva pour le vainqueur K Lorsqu'il apprit l'agitation qui régnait à Garthage, la mort du centurion, et tous les détails vrais ou faux, naturellement exagérés, qui lui arrivaient de la province, il eut bien vite pris son parti ; l'occasion de témoigner son zèle était excellente : il chargea quelques cavaliers d'aller assassiner Pison. Les assassins