CHAPITRE IV
La Numidie, province impériale distincte, et gouvernée par le légat commandant la 3e légion, prseses de la province. — Retour sur les premiers empereurs, d'Auguste à Septime Sévère : quelle part chacun d'eux a-t-il prise au développement de l'œuvre romaine en Afrique? — L'Afrique, depuis Sévère, jusqu'à Gallien et Aurélien.
P • I V L • I V N I A NO ' M ART 1 A L 1 A NO-LEG-AVGPR PR-C- V- COS-PRAE SIDIIVSTISSIMO ETBENIGNISSl MO-C-GALVENTIVS I A N V A R I V S ) L E G • I 1 i A V G S E V E R I A N A E (1. A. 9o, 96.)
J'ai montré le légat impérial devenant chaque jour plus puissant , et marchant désormais le premier des fonctionnaires romains de l'Afrique. Il ne sera pas sans intérêt de suivre, à travers les premiers siècles de l'empire, l'histoire et les vicissitudes de cette haute magistrature; de marquer sa période ascendante, puis comme son déclin, son retour de faveur et de prestige, jusqu'au jour où, comme toute chose et toute institution, elle disparaît dans le chaos du bas-empire et dans la nuit des invasions. Ce sera d'ailleurs, bien entendu, faire l'histoire de la province elle-même. On reconnaîtra sans doute, sous les remaniements successifs introduits par les divers empereurs dans les rouages de la machine africaine, quelle fixité de principes et de vues subsistait toujours ; comment l'esprit romain, toujours conserva-
teur, a peu cherché, là comme ailleurs, les expériences politiques et les innovations administratives : comment il a voulu maintenir les pratiques gouvernementales qui étaient de tradition dans la vieille métropole, sans se jeter incessamment dans des essais aventureux et rapidement abandonnés, sans se laisser aller au caprice des questions de personnes ; comment enfin il a presque toujours régulièrement et systématiquement appliqué, pendant des années et des siècles, les maximes et les doctrines gouvernementales qui avaient fait sa force, qui avaient propagé et sauvegardé ses conquêtes.
Quel était à l'origine et quel fut dans la suite le titre^ officiel du légat impérial? M. Mommsen remarque avec raison que la formule en est variable et moins fixe que celle des autres magistratures analogues, des autres emplois équivalents. Et c'est là un fait naturel. Le caractère un peu exceptionnel des fonctions du légat de Numidie et la nature mixte, je dirais presque équivoque, de ses attributions administratives, devaient se refléter dans le titre et dans l'étiquette d'une magistrature à certains égards extraordinaire. Aussi , ce que nous ne voyons jamais pour les légats impériaux des autres provinces, trouvons-nous un assez grand nombre de modes d'appellation divers pour qualifier le légat de Numidie.
Tantôt, par allusion à ce caractère de gouverneur civil de la province, qui lui appartenait aussi bien que celui de commandant militaire, il a le titre de legatus Augustipro prœtore provinciœ Africce, ou de prœtorius legatus Africœ imperatoris Cœsaris Aiigusti; ou même, pour conserver le souvenir de l'unité fictive de la province d'Afrique, la dénomination plus simple et plus modeste de legatus Augusti provincice Africœ dioeceseos Numidiœ. (I. A. 19, 1817 ; Henzen 7420. a; — OreUi 773 ; — Grut. 404,7). Tantôt, et le plus souvent, on considère surtout en lui le commandant supérieur des forces romaines en Afrique.
Une inscription découverte en Hongrie, et qui semble dater d'une époque voisine de Trajan, vise à la fois et cette unité officielle de la province d'Afrique et le commandement militaire du légat impérial : le légat y est dit : legatus Augusti provinciœ Africœ pro prœtore legionis tertiœAugustœ.
Parfois on le décore de l'appellation sonore et imposante de legatus Augusti pro prœtore exercitus africani, ou bien exercitus qui est in Àfrica. C'est ainsi que le personnage même dont nous avons parlé tout à l'heure , le légat assassin de Pison, Festus, que nous avons vu dans .Tacite, après le meurtre du proconsul, partir en guerre contre les habitants d'Oea , soutenus des Garamantes, figure, dans une inscription qui rappelle cette expédition, comme legatus pro prœtore exercitus Africm (Henzen, 6495) *. Un légat, Domitius Tullus, porte un titre plus pompeux encore : missus ah imperatore Vespasiano Augusto legatus pro prœtore ad exercitum qui est in Africa ^ Mais Léon Renier est d'avis que cette formule, faite d'une périphrase, n'est guère dans le style épigraphique, et il regarde cette partie de l'inscription comme interpolée. (Henzen, p. 75.)
Presque toujours, comme la légion IIl^ Augusta formait la principale et essentielle partie de l'armée d'Afrique , le légat prenait sur les -monuments le titre de legatus Augusti pro prœtore legionis III Augustœ. Une inscription du recueil d'Orelli (3382) mentionne un legatus imperatoris Cœsaris Trajani Hadriani Augusti pro prœtore legionis III Augustœ et exercitus Africani ; ce qui veut dire que le légat était le commandant en chef, non pas seulement de la légion de Lambèse, la troisième Augusta, mais de toutes les forces qui constituaient l'armée d'occu-
1. On trouve, dans les inscriptions, un Pinariuâ Clômens, legatus pro prsetore exercitus qui est in Gériuania silperiore. (Henzen, 5256i 5418, 5427).