Muratori
pation de l'Afrique. Le plus souvent, comme il allait de soi que le légat, chef de la légion, le fût aussi de toutes les autres troupes, les inscriptions omettent ce complément de la formule, et l'usage vint ainsi peu à peu de réduire le titre du légat impérial, commandant supérieur des forces romaines en Afrique, à cette simple formule : legatus Augusti pro prœtore legionis III Augustœ.
Le légat impérial se distinguait d'ailleurs aisément des légats de légions qui n'étaient point en même temps gouverneurs de provinces, par la qualification de légat propréteur , laquelle ne se donnait en effet qu'à ceux des commandants militaires qui étaient chargés en même temps du gouvernement du pays où étaient stationnées leurs troupes. Et même, ce titre complet est encore assez rare, et la raison en est bien simple : c'est que toute méprise et toute équivoque était bien difficile dans la province même, et pour les Africains, par exemple , qui , lisant les inscriptions d'Afrique , savaient bien qu'il s'y agissait de leur province et de leur légion : le légat bornait donc l'énoncé de son titre à ces quatre mots legatus Augusti pro prœtore, selon la formule habituelle employée par tous les légats des provinces *.
1. J'emprunte à M. Henzen une longue liste, laquelle n'a pourtant pas la prétention d'être complète, d'un certain nombre de ces légats impériaux de Numidie, que les inscriptions appellent, soit : legatus Augusti pro prœtore legionis III Augustae, soit : legatus Augusti pro prœtore, tout simplement, et pour la raison que je viens de dire.
Sous Trajan : L. Minicius Natalis; (Henzen 5450; I. A. 3242.) Gallus,
Sous Hadrien, S. Iulius Major (I. A. 2296) construit les ponts de la nouvelle route de Philippeville à Constantine, aux frais du trésor de la confédération Cirtéenne. — Cassius Secundus, P. Metilius Secundus, Q. Fabius Catullinus. — I. A. 1,3,4, 1483.
Sous Antonin, C. Prastina Messaliuus ; M. Valerius Maximianus, qualifié de consul et de prœses rarissimus (I. A. 11, 25, 26). — L. Novius Crispinus, 17, 18, 1410. — M. Valerius Etruscus, 4071; L. Matuccius Fuscinus élève un temple à Neptune, près d'Aïn-Drinn, à Lambèse (22) ; agrandit et répare une chapelle élevée par ses prédécesseurs à
Voilà plus d'une formule ; ce qu'il est important de remarquer, dans cette longue énumération de variantes, dont nous avons indiqué en passant l'intention politique et le caractère, c'est que, jusqu'à Marc Aurèle et Commode, l'indépendance dont le légat jouissait de fait n'est pas encore mentionnée dans son titre officiel ; c'est qu'il ne porte pas encore le titre de légat de la province impériale de Numidie ; c'est que la Numidie ne forme pas encore officiellement une province distincte de la province d'Afrique. Sous le règne de Marc-Aurèle, par exemple, on trouve dans une inscription, dont il est question dans les Mélanges épigraphiques de Léon Renier, p. 81, et qui a été reproduite par M. Henzen, au numéro 6502 de son recueil, puis corrigée par lui, page 511, un per-
Isis et à Sérapis, avec sa femme et sa fille Matuccia Fuscina : 23 ; figure encore dans l'inscr. 24. — D. Fouteius Frontinianus (29-32) dédie mi monument de Verecunda, sous la 23e puissance tribunicienne d'Antonin (1412; id. 1413, 1414); rend un arrêt intéressant à Thamugas (1326) ; dédie un monument élevé, comme le précédent, à la victoire Auguste (1719; 1720; 1722; 2307) ; répare et élargit une rue de Constantine, où il paraît que la circulation a toujours été difficile : 4139.
Sous M. Aurèle, P. Cœlius Optatus, 42; et Iulius Piso, 46 ; 47; Medaurius, devenu consul, adepto consulatu, 36 ; M ^milius Saturninus répare les fortifications du camp de Lambèse, 38, 39, 40; son fils, 41. Il élève un arc de triomphe à Marc Aurèle et à Verus, 1418, 1419; ses fils, 1420, 1421. Venustus a précédé M. jEmilius dans la légation de Numidie : 1417 ; il dédie , sous la 20e puissance tribunicienne de Marc Aurèle, un monument aux divinités protectrices des Augustes, Jupiter et Junou. Il succède lui-même immédiatement à C. Mœsius Pacatianus, lequel figure siu' un monument de Diana, daté de la 19" puissance de M. Aurèle : 1724.
Sous Commode : T. Caunius Priscus veille à la réparation de l'amphithéâtre de Lambèse, tombé eu ruines; 53; sa famille, 54 et 55, 1402.
Sous Pertinax, L Naevius Quadratianus fait réparer la voie de Lambèse à Gemellœ; 4305, 4309.
Sous Sept. Sévère : Q. Auicius Faustus, 56, 57, 61 , 62, 64.— Proculus, 1404 .
Sous Caracalla et Geta : — M. Aurelius Cominius Cassianus, 76 ; il répare le Nymphaeum de Lambèse, 78; 79-81. — M. Valerius Senecio, 87, 88; fait construire un fortin, au-delà do l'oasis d'El-Kantara, après la mort de Geta. 1647.
Sous Alexandre Sévère : G. Iulius lunianus Martialianus, qualifié de prseses justissimus et benignissimus, 95; legatus Aug. pr. \)t. provincise Numidiée, 1503; 1839. — M. Ulpius Maximus, 96.
Sous Gordien : Valérien, Gallien, 1697; une dédicace très-importante, et sur laquelle nous reviendrons, du légat Veturius, 4073.
D'âge incertain, 44, 49, 1422, 1423, 1635, 2531, 2533.
SES PROVINCES AFRICAINES îl^
sonnage qui a été diledator per Africam, Matiretanias , c'est-à-dire un officier chargé du recrutement dans les possessions africaines de Rome, lesquelles sont divisées à cette époque, comme on le voit, en trois régions administratives, la province d'Afrique et les deux Maurétanies. L'inscription est du règne de Marc-Aurèle, après la mort de L. Verus, et avant l'association de Commode à l'empire : à cette date, la Numidie n'était donc pas encore considérée comme une province indépendante. Elle ne l'est pas non plus sous le règne de Commode ; car c'est du règne de ce prince que date l'intéressante inscription dont j'ai déjà parlé i, laquelle mentionne plus explicitement qu'aucune autre les pouvoirs du légat impérial, Egnatius Proculus, en l'appelant légat impérial de la province d'Afrique, chargé de l'administration du diocèse de Numidie. Or, que veut dire, à cette époque, la précision de cette formule? Quel en est le sens et la portée? Est-ce donc que maintenant le légat soit comme cantonné dans son diocèse, et n'ait plus le droit de pénétrer en armes dans la province d'Afrique ? Y a-t-il eu réclamation écoutée de quelque proconsul en faveur? Ou bien, plutôt, n'y a-t-il pas, tout simplement, par la force même des choses, acheminement de fait et de forme à la séparation positive et officielle?
Oui, sans doute, car nous sommes à la veille du jour où l'indépendance du légat et l'autonomie de la province vont être comme proclamées dans la formule officielle. A partir du troisième siècle, dans les inscriptions qui mentionneront in extenso les pouvoirs du légat impérial, le commandement de la légion se trouvera désormais réuni au commandement de la province de Numidie. Parfois peut-être sera omise la mention du commande-
1. Gruter. 404,3. On sait, par une inscription gi-ecque consacrée àli même personnage, Egnatius Proculus, qu'il vivait au temps de Commode.
ment militaire ; mais alors même la légation ne pourra s'entendre que de la légation de Numidie ; à partir du m* siècle, et même à partir des dernières années du second, la Numidie formera une province indépendante de la province proconsulaire, et la fiction de l'unité cessera définitivement. Elle a duré plus d'un siècle et demi; s'il y a maintenant retouche politique et remaniement administratif, c'est, ce me semble, après une assez longue et assez patiente expérience ; l'essai d'une organisation nouvelle ne paraîtra pas sans doute prématuré ; à vrai dire, le système nouveau ne fait guère que consacrer et sanctionner au grand jour le régime latent dont vivait depuis de longues années le Nord de l'Afrique.
Il semble bien que ce soit l'empereur Septime Sévère qui ait été l'auteur de ces modifications apportées dans l'organisation administrative de l'Afrique. M. Henzen en voit la première trace et l'apparition précise dans une inscription du recueil de Léon Renier (1611) que je vais reproduire ici. C'est un monument élevé par un détachement de la troisième légion aux principales divinités romaines pour le salut de Septime Sévère, de Garacalla et de Géta. Le monument a été trouvé à Mena, dans l'Aurès ; l'inscription est gravée sur un dé d'autel.