‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 125 sur 156 · I. A. 109. — Henzeu · texte numérisé non relu

I. A. 109. — Henzeu

vince de Numidie, où on le cantonne en quelque sorte et qui est officiellement séparée de la province proconsulaire. Or, voici maintenant, dans la Numidie même, un partage du gouvernement et une division des pouvoirs, entre un administrateur civil et un commandant militaire.

Et ce n'est pas là seulement, il faut le remarquer, un amoindrissement des fonctions, de leur importance et de leur prestige ; il y a là également déclin et décadence dans le recrutement des personnes et dans le choix des fonctionnaires. Nous ne rencontrons plus maintenant, dans les emplois de l'administration, non plus que dans les commandements militaires, ni sénateurs, ni légats impériaux, ni proconsuls, ni propréteurs; nous sommes tombés en quelque sorte aux hommes de rang équestre, aux prsesides viri perfectissimi, aux praefecti légionnaires, simples viri egregii. A travers la langue emphatique qui commence à se développer avec le système et la manie du fonctionnarisme de cette époque, on reconnaît dans ce style de cour, à ces épithètes appauvries, que nous nous sommes abaissés aussi dans la série des fonctionnaires. Le despotisme impérial, qui tire tout à lui, rapetisse tout, avilit tout, les fonctions comme les hommes. Et puis, voici l'époque des tâtonnements et des hésitations qui troublent et entravent, des remaniements qui bouleversent. Près de trois siècles se sont écoulés à suivre obstinément les vieilles pratiques gouvernementales, les antiques traditions administratives léguées par la république même ou par les premiers empereurs ; voici maintenant venir les idées personnelles, les changements de système à chaque changement de règne, les essais ou les retours, interrompus, repris, abandonnés, et, pour l'historien, le dédale des institutions provisoires, des réformes capricieuses, des tentatives et des expériences éphémères *.

1. « On est amené à reconnaître, dans tout le troisième siècle, une

Encore serait-il curieux de savoir à peu près quelle est la date de ce dernier changement dans les attributions du gouverneur de la Numidie, avec quelle période il coïncide, quel est l'empereur à qui l'histoire peut attribuer l'organisation nouvelle, et à quelles vues politiques elle paraît répondre.

Il est permis de le conjecturer.

La dernière inscription où figure un gouverneur de Numidie, légat impérial propréteur et de rang sénatorial, est du temps de Gallien, de l'année 261. C'est l'inscription dont j'ai parlé plus haut, où G. Macrinius Decianus porte les titres de vir clarissimus et de legatus Augustorum duorum pro praetore provinciarum Numidia3,.. (I. A. 101). La première qui mentionne un gouverneur simple chevalier est, nous l'avons vu, du temps de Garus et de ses fils, postérieure à la précédente de vingt années environ. Le changement dont il s'agit s'est donc opéré, ou dans les dernières années de Gallien, ou dans l'intervalle qui sépare son règne et celui de Garus. Or, ce que nous savons des idées et du caractère de Gallien nous permettrait de lui attribuer une réforme de ce genre; d'autre part, dans cette triste période qui va de la mort de ce prince à l'avènement de Garus, dans cette ère ou plutôt dans ce chaos des trente tyrans « qui partagèrent l'empire * » quel est donc celui de ces souverains d'un jour, si ce n'est le rigide Auréhen, qui aurait eu la force et le loisir d'essayer quelque part des réformes administratives ? Aussi bien Vopiscus raconte qu'Aurélien, après avoir vaincu Tétricus et réuni l'empire

époque de transition, d'anarchie, si ou veut, mais aussi de lente élaboration du système administratif nouveau, qui, d'abord confus, se dégageant difficilement des traditions du passé, ne parvint à son éclosion officielle et ne reçut sa consécration définitive que sous les longs règnes de Dioclétien et de Constantin. » E. Desjardins. Revue archéolog. Sept. 1873 : sur le cursus honorum d'un légat de Pannonie inférieure.

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