‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 127 sur 156 · Paneg. vet., VI · texte numérisé non relu

Paneg. vet., VI

les diocèses sont établis comme dans le reste de l'empire. La Cyrénaïque, divisée en Libye supérieure et Libye inférieure, est rattachée au diocèse d'Orient. Le diocèse d'Afrique proprement dit comprend six provinces : la Tripolitaine, la Byzacène, la Zeugitane, la Numidie, enfln les deux Maurétanies, celle de Sétif et la Césarienne. La Maurétanie Tingitane est reliée au diocèse d'Espagne. Ainsi , des possessions romaines d'Afrique, on a détaché par prudence, pour ne pas constituer un gouvernement démesuré, les deux provinces extrêmes de l'Orient et de l'Occident, l'ancien pays de Gyrène et la Maurétanie de Tingis; il semble en effet que le vicaire d'Afrique n'eût pu suffire à l'administration d'un aussi vaste territoire, ni se mouvoir efficacement à travers de pareilles distances ; sans doute aussi redoute-t-on l'importance qu'il pourrait tirer d'une situation si considérable, et les pensées d'indépendance et de scission qu'elle pourrait lui inspirer. L'ancienne province proconsulaire a été démembrée et forme maintenant trois gouvernements distincts : la Tripolitaine, avec ses trois villes principales : Oea, Sabrata, Leptis magna ; la Byzacène, surnommée Valeria en mémoire de Dioctétien, avec Hadrumetum pour capitale; la Zeugitane, le cœur même de l'ancienne province d'Afrique , le pays de Garthage. L'ancienne province de Numidie est amoindrie de la Maurétanie de Sétif; celle-ci semble s'être étendue de l'Ampsagas (oued el Kebir), à la petite ville de Rusuccurru, Dellys, peut-être même au cours d'eau du Savus, c'est-à-dire aux portes d'Alger, si le Savus est notre oued Arach; elle laissait en dehors Girta, la capitale Numide , et avait pour villes principales : Sitifls, le chef-lieu, qui lui donnait son nom, le grand port de Saldse (Bougie), et de petites stations maritimes, comme Igilgilis, par exemple, notre Djidjelli d'aujourd'hui. La Maurétanie césarienne embrassait

le reste du pays jusqu'à la vieille et éternelle limite de la Tingitane, jusqu'au fleuve Mulucha.

Enfin, pour plus de sûreté encore, et par une dernière précaution qui pouvait servir à la fois à la sécurité du pouvoir central et à la bonne expédition des affaires, ce grand diocèse d'Afrique, allégé pourtant de ses deux lourdes annexes de la Gyrénaïque et de la Tingitane, était tout entier livré à l'administration civile et déchargé des préoccupations militaires. Le soin de protéger ce territoire de travail et de paix contre les incursions des nomades, et par suite le commandement des troupes, étaient remis à des magistrats spéciaux, à des hommes de guerre, duœs limitis, chargés des confins militaires, que nous trouvons partout oii la nature ne donnait pas à l'empire une frontière infranchissable ^.

En voyant ce morcellement des provinces, Lactance s'indignait et se lamentait. « Avare et timide à la fois, s'écriait le fougueux auteur de la Mort des Persécuteurs, Dioclétien a bouleversé toute la terre; il s'est associé trois collègues, divisant le monde en quatre parties, grossissant les armées au point que chacun des quatre empereurs a plus de soldats qu'il n'en fallait autrefois au maître unique de tout l'empire. Les provinces aussi ont été coupées en morceaux ; on a établi des gouverneurs avec toute leur séquelle dans chaque contrée, presque dans chaque cité : des intendants de finances multipliés , des inspecteurs généraux militaires , des vice-préfets... etc. » ^ A ces accusations, empreintes de fanatisme et qui troublent également l'impartialité de Bossue t ^ , l'auteur souvent cité par moi du Tableau de l'Empire Romain, M. Amédée Thierry, répond, ce semble, avec beaucoup de sens et répond avec calme :

1. Je me suis aidé, pour tous ces détails, de l'Afrique Chrétienne de Morcelli.

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