Am. Thierry, livre II, chap. iv
2. Desjardins, Revue archéolog. 1873. — I. A. 1513, 1315 ; 176, 177. Ann. arch. de Constautine, de 1869, p. 653.
un seul et même praeses. Et cependant, en interprétant ainsi cette série d'initiales, Léon Renier éprouvait plus d'un scrupule devant une organisation qui, sous Dioclétien, lui paraissait absolument exceptionnelle, extraordinaire, et en complète contradiction avec les vues systématiques de ce prince.
La publication d'un manuscrit appartenant à la Bibliothèque Gapitulaire de Vérone ( Verzeichniss der rômischen provinzen aufgesetzt um 297 : Berlin, 1863) donna toute raison aux savantes hésitations de l'éminent épigraphiste, et fit connaître la subdivision momentanée de la province de Numidie en deux régions ou deux gouvernements distincts, la Numidia Cirtensis et la Numidia Militiana. La première, c'était la Numidie du littoral et des hauts plateaux, avec Girta pour capitale; la seconde, la Numidie du sud et du désert, la Numidie militante ou militaire. C'était, pour traduire ces vieilles expressions latines avec nos formules contemporaines, sinon équivalentes, analogues : d'une part, le territoire numide civil et de droit commun, de l'autre, le territoire numide militaire et de commandement.
Il faut donc voir, sur les monuments de cette époque qui portent les sigles V. P. P. P. N. M. , non pas des gouverneurs de Numidie et de Maurétanie réunies, mais des façons de dux d'une limite numide, des « vir perfectissimus prseses provincise Numidise Militianse. »
Ce ne fut là d'ailleurs qu'un dédoublement momentané et tout provisoire ; et la durée de l'existence simultanée de la Numidia Cirtensis et de la Numidia Militiana semble pouvoir se circonscrire entre les remaniements de l'année 297, — peut-être même doit-on remonter un peu plus haut — et l'année 313, c'est-à-dire dans un intervalle d'une vingtaine d'années environ. En effet, une inscription trouvée dans le camp de Lambèse (I. A. 112) et qui est de l'an 286 ou de 287, nous montre encore, à cette date, un
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M. Aurelius Diogenes v. p. p. p. Numidise, c'est-à-dire gouverneur de la Numidie intégrale ; d'autre part, sur un monument trouvé à la Casbah de Gonstantine (I. A. 1846), qui célèbre la victoire de Constantin sur Maxence au pont Milvius, et qui est par conséquent de 313 au plus tard ^, on retrouve déjà un praeses provincise Numidise, un gouverneur de Numidie, de la Numidie indivise. La double Numidie n'a donc pas duré bien longtemps.
On trouve, il est vrai, sur une autre inscription de l'Acropole de Constantine (I. A. 1847), qui paraît être absolument de la même époque que la précédente (313), et dater du même événement, de cette grande victoire du pont Milvius^ populaire et fêtée en Afrique, la mention d'un rationalis ^ qui a réuni dans son service la Numidie et les Maurétanies. Un autre monument encore, qui est également de Constantine (Ann. arch. de 1869, inscr. 679), nous fait connaître un certain Julius Juvenalis V. p. rat. (vir perfectissimus rationalis) Numidise et Mauretaniarum. Mais ces deux monuments ne prouvent qu'une chose : c'est que, pour le service des finances, la Numidie était réunie aux Maurétanies; tandis que les inscriptions citées tout à l'heure attestent qu'avant 290 et depuis 313 elle ne forma poHtiquement et administrativement qu'une seule et même province.
Après l'abdication de Dioclétien (305) , de nombreux rivaux se disputèrent l'empire. Parmi eux paraît en Afrique un certain Alexandre, véritable soldat de fortune, originaire de Phrygie, suivant les uns, de Pannonie, suivant les autres, assez brave et assez habile pour être arrivé
1. L'inscription fut probablement gravée à la première nouvelle de la victoire de Constantin : Maxence était détesté en Afrique.
2. Le rationalis, c'est le fonctionnaire chargé des comptes (ratio), des finances. A partir de Dioclétien, les procurateurs chargés spécialement de ce service changent leur titre en celui de 7^ationalis. Or, on sait que la Numidie, depuis qu'elle a été séparée de la province d'Afrique, a eu son procurateur, chargé du service des finances, et faisant fonctions de questeur.
peu à peu aux plus hauts degrés de la hiérarchie administrative. Il gouvernait la Numidie sans doute. L'intolérable tyrannie de Maxence exaspérait l'empire; l'Afrique romaine en particulier manifestait son indignation d'un tel joug et n'avait garde de laisser échapper une occasion, de revendiquer sa vieille indépendance. Alexandre profita de l'éloignement de l'empereur et de l'isolement de la province, pour se mettre en révolte ouverte et revêtir la pourpre. Hier simple gouverneur parvenu, le voici aujourd'hui César, et César, ce semble, populaire ; plusieurs médailles en font foi : le voici, lui aussi, imperator pius^ felix, Augustus! Ce règne se prolongea jusqu'en l'an 311 *. Maxence put faire alors passer des troupes en Afrique, battit son compétiteur, l'enferma dans Cirta et assiégea la ville. On sait ce que peut être la prise d'assaut d'une pareille place, cette lutte comme en champ clos sur ce rocher resserré , sans issue et bordé d'un abîme, ces combats furieux dans les ruelles étroites, cette conquête sanglante de chaque maison l'une après l'autre, cette ruine, cette dévastation, ces massacres. Cirta fut prise par les soldats de Maxence, brûlée par eux et saccagée : Alexandre périt dans le combat. Après Cirta, ce fut le tour de toutes les villes de Numidie qui l'avaient reconnu pour empereur.
L'Afrique avait tellement souffert que Constantin , vainqueur de Maxence en Italie, et devenu le maître du monde, voulut passer la mer et réparer lui-même les
1. On a trouvé assez récemment à Constantine une pi rre portant gravée la dédicace suivante :
« A l'auteur du rétablissement des libertés publiques, à celui qui a favorisé l'extension du genre humain tout entier et du nom romain, à notre seigneur Lucius Domitius Alexander, pieux, heureux, invincible, auguste; Scironius Pasicrates, homme perfectissime, dédie ce témoignage de dévouement à Sa Divine Majesté! »
Le savant M. Cherbonneau, correspondant de l'Académie des Inscriptions, lui a adressé dernièrement un fac-similé de cette inscription, ainsi qu'une notice intéressante.
(Séance du 6 juillet 1877.)
ruines et les misères que d'odieuses représailles avaient accumulées dans la pauvre province. Avant tout il releva Girta, qui par reconnaissance abandonne dès lors son vieux nom numide et prend celui de son bienfaiteur : elle devient désormais Cirta Gonstantina.
Gonstantin conserva d'abord à la province de Numidie et à ses gouverneurs l'organisation et les titres qu'ils avaient reçus de Dioclétien. En effet on voit^ pendant la première partie de son règne, la Numidie gouvernée par un praeses vir perfectissimus : je viens d'en donner des exemples. J'en pourrais citer davantage; en voici un qui est, à un certain point de vue, fort intéressant : c'est une inscription de Gonstantine (I. A. 1845) où il est fait mention d'un personnage dont le gentilicium est extrêmement rare^ et qui s'appelle lallius Antiochus ^. G 'était une famille nouvelle^ et qui n'était arrivée aux honneurs que sous M. Aurèle et L. Verus ; surtout c'était une famille chrétienne, dont tous les membres s'étaient dès lors retirés promptement de la vie publique et du maniement des afTaires, et s'étaient empressés, par goût et scrupules religieux autant que par nécessité politique, de rentrer dans l'obscurité et dans 'la simplicité en même temps de l'existence privée. Mais avec Gonstantin le christianisme arrive à l'empire, et la famille des lallius réapparaît aux fonctions publiques et aux honneurs officiels. L'un d'eux est, on le voit, gouverneur de la Numidie; il porte, et c'est là la question, le titre accoutumé de V. P. P. P. N. vir perfectissimus prseses provincise Numidise 2.