‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 13 sur 156 · Mommsea, Histoire romaine · texte numérisé non relu

Mommsea, Histoire romaine

montoires et de ces golfes que l'histoire, dès maintenant, peut appeler de leurs noms romains : le cap Blanc, le Beau Promontoire S le cap d'Apollon, celui de Mercure, la baie d'Hippone Zarite, le golfe de Garthage ^. Cependant les troupes cantonnées en Sicile sont là, comme dans un autre camp de Boulogne, avant-garde de l'invasion; tandis que, sous le front des plus hardis d'entre les vieux sénateurs, s'agite confusément et se décide petit à petit, à travers tous les prudents scrupules de la patience romaine, le rêve de l'entière succession de Garthage '. La conquête du pays de Garthage, en effet, c'était la conquête plus ou moins lente, mais certaine du reste de l'Afrique : c'était la possession de toute cette côte heureuse jusqu'à l'Espagne, jusqu'au détroit de Gadès; c'était la bordure méridionale du grand lac romain : c'était la domination de la mer intérieure *.

Quel est donc ce pays qui se découvrait ainsi, après la première guerre punique, devant l'ambition romaine;

1. Ubi illuxit, ventus idem coortus, nebula disjecta, aperuit omnia AMcae littora. Scipio , quod esset proximum promontoriam percuuctatus , quum Pulchrum promontorium id vocari audisset , « Placet omea, inquit ; hue dirigite naves. » T. L.

2. Nau de Champlouis, Notice sur la carte de l'Afrique sous la domination des Romains. Synonymies : Candidum pi^omontorium (Guérin, t. II, p. 26), cap Blanc, au N. de la Tunisie ; Ras el Abiad. — Pulchrum prom. (Guérin, ibid.), cap Zébib, à l'Est du cap Blanc. — Apollinis prom. (Guérin, I, p. 3), cap Farina, ou Ras Sidi Ali el Mekri.

— Mercurii v. Herm^eum proin. (Guérin, ibid.), cap Bon ou Ras Addar.

— Hippo?iensis sinus (Pline, V, 4), golfe de Bizerte. — Carthaginiensis si7ius, golfe de Tunis.

3. « Maintenant encore, après l'influence algérienne, l'influence de l'Italie pèse plus que toute autre sur cette côte. L'Italie serre de près Tunis... Les Italiens de l'ancien royaume de Naples, les Siciliens, les Maltais, ces brocanteurs intrépides, auxquels leur patois arabe rend le séjour facile en Berbérie, ce sont là les Européens qui prédominent dans la capitale de la Tunisie et dans les ports de commerce. » G. Reclus, Géog., p. 379.

4. « L'Atlas de la Tunisie continue l'Atlas constantinien ; ses plateaux, les plateaux de Constantine ; sa grande rivière, la Medjerda, l'ancien Bagradas, a son cours supérieur en Numidie, et passe, avant d'entrer sur le territoire de Tunis, au pied de la ville française de Souk-Harras. » M. Reclus regarde, lui, d'Alger vers Tunis ; pour les Romains, dont l'observatoire et le point de départ sont à l'Est^ la réciproque n'est pas moins vraie.

dont la victoire de Zama lui allait ouvrir librement l'accès, sans qu'elle voulût pourtant y prendre pied encore; où elle ne s'installera solidement qu'après la destruction de Garthage, et qu'elle envahira peu à peu, par un rayonnement lent et sûr, jusqu'au jour où elle croira pouvoir, après plus de deux cents années, prononcer l'annexion définitive et officielle de cette immense et laborieuse conquête? Qu'est-ce que cette Afrique septentrionale qui a tenté tant de dominateurs, attiré tant de nations conquérantes, subi tant de maîtres successifs; qui a vu passer tour à tour, sur ses bords pacifiés et dans ses profondeurs insoumises, Garthage et les royaumes numides, puis Rome, puis les Vandales et l'éphémère retour des Byzantins, les Arabes et les Turcs; enfin où grandit aujourd'hui et se répand, pour le plus grand bien de la civilisation, l'influence bienfaisante de la France?

Lorsqu'ils débarquèrent en Afrique, les Romains trouvèrent toute cette côte septentrionale divisée en un certain nombre de régions qui répondaient à la fois à la nature des choses et à des distinctions politiques, et qu'avaient depuis longtemps délimitées , soit certains accidents physiques, les sables, par exemple, dans ces vastes déserts de l'Est qui s'étendaient depuis l'Egypte jusqu'au pays de Garthage, quelque fleuve ou quelque montagne dans les zones plus riches et plus heureuses ; soit les représailles de la guerre et les alternatives de la victoire. Du jour où, sur la population indigène, sur cette race libyenne , numide , maure , que nous appelons aujourd'hui berbère, vinrent se superposer les émigrants phéniciens de Garthage et les colons grecs de Gyrène, se trouvèrent déterminées et fixées de véritables limites territoriales, que les vicissitudes politiques purent déplacer momentanément, mais qui ne s'efiacèrent plus désormais *. Les maîtres ont changé, les conquérants se sont

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