‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 14 sur 156 · D'Avezac, Afrique ancienne (Univers pittoresque · texte numérisé non relu

D'Avezac, Afrique ancienne (Univers pittoresque

succédé; mais les vieilles divisions ont toujours subsisté sous les dominations différentes. Les Ptolémées ont régné à Gyrène; les dynasties des rois numides se sont taillé des royaumes plus ou moins grands aux dépens les uns des autres, mais sans changer la face générale des choses, sans troubler le vieil ordre établi. Rome ellemême, en introduisant de temps à autre dans ses possessions africaines certaines modifications administratives que nous aurons à retracer plus tard, tâtonnements rares d'ailleurs et remaniements de médiocre importance , laissa debout les anciennes limites. Nos trois provinces françaises se sont à leur tour modelées sur l'organisation antique; nous avons fait trois parts sans doute de ce qui formait, sous la domination romaine, deux gouvernements, deux provinces, la Numidie et la Maurétanie Césarienne; mais encore notre colonie s'est-elle renfermée dans les vieilles lignes générales , puisqu'elle s'appuie à l'Est sur l'ancienne province proconsulaire, sur la province d'Afrique proprement dite, c'est-à-dire sur la régence de Tunis, et qu'elle s'arrête, à l'ouest, à peu près aux limites de la Maurétanie Tingitane *. Si, comme il est probable, le développement de la colonisation et les nécessités administratives amènent de prochaines subdivisions dans nos provinces actuelles, — à

1. « Le traité de 1845, qui fixa la limite ouest de nos possessions d'Afrique, a été conclu au lendemain presque de la bataille d'Isly, c'est-à-dire à une époque où le gouvernement français n'avait encore que des notions très-incomplètes sur la configuration du territoire. Le plénipotentiaire marocain put donc affirmer, sans être contredit, que l'Adjeroud formait au N.-O. notre frontière naturelle, et que, le pays situé au sud des K'sours étant inhabitable, la délimitation en serait superflue. (Voir les articles 4 et 6 du traité)... On a fini par s'apercevoir que notre frontière aurait dû être fixée, non comme elle l'a été en 1843, et telle qu'elle l'est encore aujourd'hui, mais bien par le cours de la Moulouya et par celui de l'Oued-Guir. Ces deux grandes rivières descendent du plateau le plus élevé de la chaîne qui traverse, de l'ouest à l'est, l'empire du Maroc, et servent en quelque sorte de barrière naturelle entre les deux pays. » A. Fillias, Géogr. phys. et polit, de l'Algérie, 2" édition , appendice note A. — Or l'Oued Moulouya, c'est le Mulucha de l'antiquité, qui séparait la Maurétanie Tingitane de la Césarienne ; ce serait donc la limite romaine.

commencer sans doute par celle de l'Est, la plus vaste et la plus peuplée, — le département de la Kabylie que l'on détachera de la province de Gonstantine, et dont Bougie et Sétif * seront les villes principales, ne sera guère autre chose que la réapparition et la reconstitution de la Maurétanie Sitifienne, que les Romains, eux aussi, à leur heure, devant l'importance croissante de la colonisation et les besoins du gouvernement, crurent devoir séparer de la Maurétanie Césarienne ^

Ces grandes et principales divisions de l'Afrique septentrionale, je les trouve nettement indiquées dans le Jugurtha de Salluste. Après avoir exposé les préliminaires de son sujet, au moment d'entrer dans le plein courant de son récit , Salluste s'arrête et croit devoir, d'un coup de crayon rapide, esquisser légèrement, en une vue d'ensemble, l'aspect général et la physionomie de l'Afrique. En même temps il indique quels peuples l'habitaient à l'origine, quelles immigrations successives s'y étaient établies et développées ; enfin quel était l'état politique de ce vaste territoire, au moment où commence la guerre de Jugurtha. Si, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, dans la suite de ce travail, je m'adresse de préférence à Salluste, et si je recours surtout aux renseignements qu'il nous donne, c'est qu'il est, dans l'antiquité, l'historien propre de l'Afrique, pour ainsi dire ; c'est qu'il y a vécu et qu'il nous a laissé, de son séjour en cette contrée, de ses études locales, de ses informations personnelles, un monument justement célèbre ; c'est qu'il est, à un certain point de vue, auquel un universitaire et un ancien professeur auront toujours plaisir

1. Bougie : Saldae, v. colouia Julia Augusta Saldantium Septimauoriim immimis. L. Renier, Inscr. 3511, 3512.

Sétif : Sitifis, v. colonia Nerviana Sitifis, v. colonia Nerviana Augusta Martialis veteranorum Sitifcnsium, etc. L. Renier, Inscr. 32G9 et sq.

2. Voir, sur la carte de M. de Clianiplouis, le petit croquis qui représente les divisions territoriales établies en Afrique après l'expéditioa de Maximien Galère (297 ap. J.-C).

et intérêt à se placer, le plus classique des écrivains qui se sont occupés de l'Afrique.

L'Afrique, dont Salluste fait une troisième partie du monde indépendante, et dont il^détache l'Egypte, comme tous les anciens, a, dit-il^ pour limites : au couchant, le détroit qui sépare la mer romaine, fretum nostri maris*, de l'Océan Atlantique ; au levant, le versant d'un large plateau sablonneux qui s'abaisse vers la vallée du Nil et qu'on appelle dans le pays Catabathmos ^ ; c'était la limite ancienne de l'Asie et de l'Afrique, la frontière de l'Egypte et du territoire de Cyrène ou Libye Pentapole ^ De ce point, en suivant la mer, on rencontre d'abord Cyrène^ la fille de Théra *, la ville -aux belles sources, aux magnifiques chevaux dont Pindare chantait la victoire. « On a oublié les arts de la Grèce dans ce pays barbare. Le plateau de Barka plonge sur la côte par des falaises, qui parfois baignent leur pied dans la mer même, et plus souvent laissent entre elles et le flot un petit littoral charmant par ses bosquets et ses fontaines. Des aires nues et brûlées, de longues roches calcaires avec des cavernes ^habitées par des chevriers ; des gazons, des steppes se partagent le Barka ou Bengazi, que^ parcourent des pasteurs arabes s. »

1. Nous aussi, nous disons ou nous disions un lac français. Voir, sur la carte de M. de Champlouis, les dénominations diverses par lesquelles les Romains désignaient plus précisément les différentes parties de la mer Méditerranée, suivant les rivages qu'elle baignait : mer Ibérique, le long des côtes d'Espagne ; mer Sarde, au sud de la Sardaigne ; mer Africaine , étroit bras de mer qui s'étendait entre l'Afrique proprement dite et la Sicile ; petite et grande Syrte ; enfin mer Libyque, autour des rivages de Cyrène. L'océan Atlantique s'appelait également océan occidental ou encore mer extérieure.

2. C'est aujourd'hui le Djebel Akabah el Kébir, Catabathmus magnus, qui se continue et se développe à l'ouest, accroît son altitude, et sous le nom de plateau de Barka, entre dans le domaine tripolitain. — Champlouis, Notice sur la carte de l'Afrique romaine, p. 17. — 0. Reclus, Géographie : Tripoli.

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