‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 133 sur 156 · I. A. 1848. Voir encore l'inscr · texte numérisé non relu

I. A. 1848. Voir encore l'inscr

SES PROVINCES AFRICAINES 3b5

tance a été proclamé César; c'est en 337 que meurt Constantin. L'inscription est donc comprise dans l'intervalle de ces deux dates.

Voici encore une inscription, qui mentionne un praeses consularis, mais dont la date est incertaine. Je la cite, parce qu'elle est originale, et que l'auteur, le gouverneur lui-même, s'y montre homme d'esprit, et, par surcroît, aimable homme.

MOENIAQUISQ- DOLETNOVACONDERESVGGESSORI

INGVLTOMANEATLIVIDVSHOSPIÏIO • AGILIVSGLARVSVGOSPPNSIBIETSVGGESSORIBFECIT

Le quisq. de la première ligne doit se Hre quisque, et se prendre pour quicumque.

La dernière ligne doit se lire ainsi :

Acilius Clarus, vir consularis, prseses provinciee Numidiœ, sibi et successoribus fecit *.

Acilius Clarus pratiquait, on le voit, la morale de La Fontaine ; il bâtissait et sans doute aussi il plantait , non pas même pour ses enfants, mais pour ses successeurs.

Les consulares Numidiae survécurent à Constantin ; ils figurent, par exemple, dans la Notice des Dignités des empires d'Orient et d'Occident ^ ; et , comme ce précieux inventaire de toutes les charges civiles et militaires du monde romain est postérieur d'un siècle environ à la constitution de Constantin, il semble, en ce qui touche l'Afrique, que l'organisation qui lui fut donnée par ce prince, ou, si l'on veut, plus simplement, les appellations dont il revêtit ses gouverneurs — car il n'y avait plus guère là que des questions de forme et des affaires d'étiquette — aient tenu bon cette fois

â. D'Avezac, Afr. ancienne.

et se soient longtemps perpétuées. Or, la Notice conserve à la province d'Afrique proprement dite, devenue la Zeugitane, son majestueux proconsul; elle donne un gouverneur consulaire à la Byzacène, et de simples praeses à la Tripolitaine ainsi qu'aux deux Maurétanies. La Numidie y figure comme gouvernement consulaire, et, dans la hiérarchie, elle vient immédiatement la première après la province proconsulaire; les mêmes rangs, pour le dire en passant, sont établis dans les divisions ecclésiastiques, parmi les évêchés.

Les inscriptions témoignent, d'ailleurs, de cette permanence des gouverneurs consulaires dans la province de Numidie. Une inscription de Lambèse (121) nous fournit un de ces personnages, Ti. Julius Pollienus Auspex; mais elle est de date incertaine. Une belle inscription de Thamugas (1520) nous montre, sous le règne de Yalentinien et de Valens, un gouverneur, vir clarissimus, consularis, Publilius Gaeionius Gsecina, Albinus, faisant la dédicace du portique oriental du grand temple ou Gapitole, qui s'est complètement écroulé sous le poids des années, seriœ vetustatis absumptas, et qu'il a restauré avec l'aide des principaux magistrats de la petite ville. Ainsi le temps a déjà fait son œuvre sur plus d'un monument de ces brillantes cités romaines ; les temples qui datent de Trajan, les aqueducs bâtis par Hadrien, les arcs de triomphe élevés du vivant de Septime Sévère commencent à s'émietter et tombent en ruines; mais les ruines se réparent encore, les colonnes se relèvent, des édifices nouveaux se construisent; l'empire tient bon; l'âge de la barbarie n'est point encore venu.

Le même Gaeionius élève, de son argent, un monument à Gonstantine (I. A. 1853) ; il figure également, avec le même titre, consularis P. N. , dans une inscription trouvée près de Sidi-Maklouf (I. A. 4146). Or Tins-

cription de Thamugas nous donne, à quelques années près, l'époque de ce gouvernement ; il est contemporain de Yalentinien et de Yalens, et doit se placer, ce semble, entre l'année 364 et l'année 367.

L'emploi de ce titre de consularis s'explique d'ailleurs facilement. Dès le haut empire, on le trouve, soit dans les textes classiques, soit sur les monuments qui ne sont point officiels, appliqué au légat impérial propréteur, gouverneur de provinces consulaires, comme la Germanie, la Syrie, etc. Pau à peu, la vanité aidant, et à mesure aussi que le consulat penchait vers son déclin et traversait les phases de décadence que nous ^vons plus haut retracées, ce titre, d'abord légitime, gagna, de degré en degré, les magistratures inférieures et finit par s'appliquer indistinctement à tous les gouverneurs de provinces.

La Numidie d'ailleurs, toute prétorienne qu'elle eût été, n'était point une province vulgaire; c'avait été là de tout temps un gouvernement important, une situation considérable, et l'on s'explique parfaitement comment Constantin , relevant la Numidie de l'humilité de rang où l'avait placée Aurélien, lui rendit, à elle l'une des premières, la dignité de province consulaire. Et même, cette sorte de renaissance et de réhabilitation de la vieille province, ce relèvement en quelque sorte et ce regain de la situation de son gouverneur ne devaient point s'arrêter là. A son titre de consularis, le gouverneur de Numidie allait ajouter bientôt, comme un nouvel ornement et un surcroît de prestige, le titre de Sexfascalis. Or, comme le fait remarquer M. Mommsen, ce nouveau titre ne lui donnait rien moins que le grade de proconsul. Nous sommes ici dans les hochets sans doute et presque dans les enfantillages ; mais ce sont là, il faut bien le dire, hochets d'hommes, et d'hommes de tous les temps; et l'histoire, l'histoire

surtout des décadences, est faite de ces enfantillages. Enregistrons donc patiemment ces menus événements et ces pauvres et piteux détails où se réduit à l'heure qu'il est l'histoire de la province d'Afrique^ et, cette morahté rapidement indiquée, hâtons-nous, à travers ces misères peu dignes de la postérité, vers la fin de notre récit.

L'apparition de ce titre de sexfascalis date de 367 au plus tôt. Il apparaît, à cette époque, sur une inscription de Guiculum (Djémilah), que je crois devoir reproduire ici (I. A. 2542) :

PROBEATITVDINEPRINC I PVMMAXIM ORVM D.D.D.NN.N.VALENTINIANIVALENTISADQ.GRATIANIPERPETV SEMPERAVGGG-FL . SIMPLICIVSV- C.GONSVLARTSSEXFASCALISP.N. CGNSTANTINAENVMINIMAIESTATIQ . EORVMSEMPERDICATVSBASI LICAMDEDICAVITRVTILIVSVEROSATVRNINVSV. C. PROEDITIONEMV NERISDEBITIASOLOFACIENDAMEXAEDIFICANDAM.Q • CVRAVIT •

Cette inscription doit se lire ainsi :

Pro beatitudiue principum maximorum, dominorum nostrorum, ValentiniaDi, Valentis adque Gratiani, perpetuorum semper Augustorum, Flavius Simplicius, vir clarissimus, consularis sexfascalis provincise Numidiae Constantinse , numini maiestatique eorum semper dicatus, basilicam dedicavit, Rutilius vero Saturninus, vir clarissimus, pro editione muneris debiti *, a solo faciendam exsedificandamque curavit.

C'est, on le voit, la dédicace ou l'inauguration par le gouverneur de Numidie, portant le titre de consularis

1. « Nous voyons, dans un grand nombre d'inscriptions, que les citoyens élevés aux magistratures municipales payaient cet honneur en versant dans la caisse de la ville une certaine somme, plus ou moins Importante, appelée honorarium, honoraria summa, ou summa légitima (Ici munus debitum). Souvent même il arrivait que, lors des élections, tm candidat, pour l'emporter snr ses compétiteurs, promettait, outre la somme honoraire, un monument, une représentation théâtrale, un repas public on même une distribution d'argent ; dans ce cas, s'il était élu, il pouvait faire graver une inscription destinée à perpétuer le souvenir de sa libéraMté. » L. Renier. La basibque dont il est ici question est le paiement d'une de ces promesses électorales.

sexfascalis, d'une basilique élevée par un personnage considérable de la petite ville en l'honneur des trois grands souverains régnants , Valentinien , Valens et Gratien.

Le même titre se retrouve sur une autre inscription, celle-ci de Cirta, contemporaine de la précédente (I. A. 1852). L'inscription est datée en effet de l'âge d'or, aureo sœculo, des trois Augustes que je viens de nommer. Il s'aigit cette fois d'un portique, qui portera le nom de Gratien, et que dédie le gouverneur, vir clarissimus consularis sexfascalis provinciae Numidiae Gonstantinae K

Il est donc vraisemblable que ce triple règne soit l'ère de la nouvelle appellation, et qu'il faille rapporter à ces trois empereurs l'apparition d'une dignité nouvelle qui resta ensuite attachée à la charge de gouverneur consulaire de la province de Numidie -.

Mais que veut dire encore ce titre de sexfascalis ?

Dion Gassius (LUI, 13) nous apprend que les gouverneurs des provinces du sénat, qui portaient tous le titre de proconsuls, qu'ils fussent personnages consulaires, comme dans les deux provinces d'Asie et d'Afrique, ou simplement anciens préteurs, comme dans les autres provinces, se distinguaient du moins par le nombre de leurs licteurs. Les proconsuls d'Asie et d'Afrique avaient chacun une escorte de douze licteurs ; leurs collègues des provinces prétoriennes n'en avaient que six, au contraire. C'était là encore un souvenir du vieil usage républicain qui donnait douze licteurs non-seulement au consul, mais même au proconsul; tandis que le praetor urbanus.

1. Ce n'est pas seulement, on le voit, la ville de Cirta qui garda le surnom de sou bienfaiteur Constantin ; la province elle-même voulut conserver le souvenir de ce règne réparateur. I. A. 1852, 2170, 2171, 2542.

2. Voir un autre exemple de consularis sexfascalis, un peu plus tardif, sous Valence, Gratien et Valentinien II, dans un fragment publié par l'annuaire archéologique de Constantine 1858-59 ; p. 177,5.

à Rome, et, dans les provinces, les autres préteurs n'avaient droit, eux, qu'à six licteurs. Aussi, dans sa constitution, Auguste, je le répète, n'avait-il accordé que six licteurs aux proconsuls de rang simplement prétorien.

J'ai cité le mot de saint Gyprien : oc duodecim fascibus glorientur », dit le grand évêque de Garthage en raillant le proconsul d'Afrique. En ce qui touche les provinces sénatoriales prétoriennes , il y a un témoignage aussi net et aussi formel dans le discours d'Agrippa aux Juifs, que reproduit Josèplie \ L'orateur montre l'Achaïe obéissant à six faisceaux romains, il Pwjxaiwv ^aêSoiç, loauixatç se MaxsSoveç, et la Macédoine également. L'Achaïe et la Macédoine étaient en effet des provinces sénatoriales prétoriennes ; leurs gouverneurs marchaient entourés seulement de six licteurs.

Les légats impériaux qui tous, consulaires ou prétoriens, étaient indistinctement propréteurs, comme tous les gouverneurs du sénat étaient également proconsuls, avaient tous, les uns comme les autres, non pas même six licteurs comme les gouverneurs des provinces sénatoriales prétoriennes, mais cinq licteurs seulement.

Dans le passage que je viens de citer (LUI, 13), Dion Gassius le dit formellement, et plus d'une inscription confirme son dire : celle-ci , par exemple , qui vient d'Ancyre. Tiberius Severus est envoyé en Bithynie par Hadrien, avec cinq faisceaux, ce qui veut dire en qualité de légat impérial propréteur : TcpecêeuTr.ç àuroxpocTopoç «po; I ^(iêSouç : i c'est-à-dire toW. (G. L G. 4033, 4034).

Dion ajoute même ce renseignement que ces gouverneurs propréteurs tiraient leur nom du nombre des faisceaux que leurs licteurs portaient devant eux. On connaît en effet le texte du fameux marbre de Torigny (1.20,21,22):

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