‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 132 sur 156 · Bossuet, Hist. Univ., éd. Jacquinet, 136, note · texte numérisé non relu

Bossuet, Hist. Univ., éd. Jacquinet, 136, note

Aussi bien, il ne faudrait point se laisser prendre à la pompe menteuse et à la vanité emphatique de ces titres du nouvel empire. Constantin prodigue en effet le titre de consularis ; il le donne, par exemple, aux gouverneurs des provinces simplement prétoriennes, et même à tous les magistrats chargés des emplois qui, dans la hiérarchie, venaient immédiatement après le consulat. C'est ainsi qu'un même personnage porte indifféremment le titre ancien et bien connu de curator alvei Tiheris, et celui de consularis alvei Tiberis (Or. 3612). Le titre de consularis ne marque plus guère autre chose, dans l'échelle des dignités, que le degré qui suit le titre de proconsul.

L'histoire du consulat, depuis les premières années de l'empire jusqu'à l'époque où nous sommes parvenus, n'a guère été au reste que l'histoire du décHn et de la décadence , de l'avilissement progressif de cette glorieuse dignité : tantœ majestatis deformatio , disait Tite- Live des consuls passant sous le joug des Fourches Caudines. Et quoi de plus naturel, dans ces temps de craintes despotiques et de capricieux et tout-puissants favoritismes ? A mesure qu'on avance dans l'empire , s'accroît le nombre des consuls suffecti : c'est à qui obtiendra du maître la suprême faveur et le titre encore précieux, sinon rare ; et le maître en multiplie les chances, pour condescendre enfin à toutes ces ambitions courtisanesques, pour satisfaire toutes ces candidatures flagorneuses ! Dès le commencement du troisième siècle, la durée du consulat s'abrège et se réduit jusqu'à deux mois ; il peut y avoir ainsi jusqu'à douze consuls, douze heureux par année; il y en a toujours au moins huit. Combien devait augmenter par là le nombre des consulaires ! Combien aussi le titre de tous ces lointains héritiers du grand Brutus perdait-il de son prestige ! Ces consuls suffecti eux-mêmes commencent à dispa-

raître sous le règne de Constantin ; on n'en trouve point d'exemples dans les fastes de la nouvelle capitale, Gonstantinople ; à Rome, ils perdent chaque jour de leur lustre et diminuent de nombre, depuis que l'empereur ne daigne même plus s'occuper de leur élection et l'abandonne toute au Sénat. Les personnages consulaires perdent alors leur vieux droit même de prétendre, à l'exclusion des autres magistrats, aux deux gouvernements proconsulaires de l'Asie et de l'Afrique. Le gouvernement de la province d'Afrique semble avoir été, pour la dernière fois, régulièrement donné et exercé en 295 et en 302 (Morcelli). Mais depuis lors, il n'est presque plus fait mention, dans les cursus de ces gouverneurs, de ce consulat antérieur qui, pendant tant d'années, avait été comme une glorieuse obligation ; on sait même, pour beaucoup, qu'ils n'ont obtenu le consulat qu'après et fort longtemps après .avoir administré la province.

Jusqu'au règne de Constantin du moins, on n'avait pas vu ce scandale de la magistrature auguste et nationale prostituée à des enfants, et mise, à la naissance, dans les langes d'un berceau; on avait attendu encore que le consul eût sa toge virile : Néron fut un consul de quatorze ans. Comment, dans un tel avilissement de l'antique fonction, dans un tel bouleversement de toutes les choses et de toutes les formes que la république avait léguées à l'empire, et que l'empire jusque-là n'avait point encore répudiées, Constantin eùt-il hésité à en venir au consulat codicillaire, c'est-à-dire au consulat de simple titre, à celui qui se communique, à la volonté de l'empereur, et sur le désir d'un ambitieux, sans règle et sans mesure, par le seul envoi des ornements traditionnels, et dont cette seule formule — adlectus inter consulares — est l'unique investiture ? — Car tel est notre bon plaisir.

On pense quelle prodigalité se dut faire alors du con-

sulat codicillaire. Certaines fonctions, certains gouvernements conférèrent, ipso facto, le titre de consul : le gouvernement de la Numidie, par exemple. Quelques charges provinciales demeuraient bien encore sans doute, qui entraînaient l'obligation d'un consulat antérieur ; mais^ dans la plupart des provinces, le gouverneur pouvait se décorer purement et simplement du titre de consularis. Or l'on sait combien avait augmenté, par le morcellement qu'on en avait fait depuis Dioclétien, le nombre des provinces et l'effectif des gouverneurs ; la Gaule, qui n'avait d'abord compté que quatre divisions administratives, en était venue à sept, puis à dix-sept. Tous ces gouverneurs, ou tous à peu près, toute cette menue monnaie en quelque sorte des puissants légats d'autrefois, portaient le titre de consularis ; on en était à la légion !

Les inscriptions nous donnent plus d'un de ces consularis de Numidie. M. Mommsen, qui en a dressé la liste, cite comme tel, dix ans après Zenophilus, un certain M. Aurelius Valerius Valentinus, consularis de Numidie en 330 * ; puis, en 332 probablement, Alfenius Geionius Julianus Kamenius ^ ; peu de temps après, entre 333 et 337, Glodius Gelsinus, dont le nom figure sur un dé de piédestal trouvé au Goudiat-Ati, près de Gonstantine ^, avec cette formule : vir clarissimus consularis provinciœ Numidiœ. G'est un monument élevé à la victoire éternelle de Constantin le Grand et des Gésars, au nombre desquels est Constance : « perpétuée victorise dominorum nostrorum Constantini Maximi , triumphatoris semper augusti, et Gonstantii et... nobilissimorum ac florentissimorum Caesarum. » G'est en 333 que Gons-

1 . « A cui appartengono una lapida di Assisi (de Costanzo n. 36) ed un rescritto del cod. Th. 26. 2, 7. » Mommsen, Sui governatori délia Numidia.

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