‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 135 sur 156 · Lugduaensi · texte numérisé non relu

Lugduaensi

3. Paraitrai-je donc trop irrévérencieux, en nie rappelant ici, d'un pays lointain et dont on aime assez à sourire, certains mandarins que Ton pourrait appeler aussi quinque ou bien sex fascalis, et qui se glorifient, comme disait St. Cyprien, tantôt de deux, tantôt de trois boutons !

romain, et, comme tel, il n'avait pas de licteurs. Il avait pour insigne le vexillum.

Constantin fît de nouveau du gouvernement de la Numidie une dignité sénatoriale; les gouverneurs reprirent même pour un instant le titre de légat impérial propréteur ; puis, à partir de 320, tous portèrent le titre de consularis. Ce n'étaient, il est vrai, pour la plupart, que des consuls codicillaires , ayant été nommés consuls sans avoir exercé ; mais enfin leur titre annonçait que la Numidie était devenue province impériale consulaire. Comme tels, comme tous les gouverneurs impériaux, ils avaient droit à cinq faisceaux : ils étaient quinquefascalis. Or, à partir du règne de Valentinien, de Valens et de Gratien, le gouverneur de Numidie prend le titre de sexfascalis ; l'honneur des six faisceaux n'appartenant qu'aux provinces du sénat, c'est donc que la Numidie, comme la Gaule Narbonaise, l'Achaïe, la Macédoine, etc., est devenue province sénatoriale.

Et pourquoi ajouter ce titre ? Tout le monde connaissait assurément ces privilèges honorifiques des différents gouverneurs. C'est que par là les gouverneurs de Numidie prétendaient montrer que, s'ils n'avaient pas les mêmes pouvoirs que leurs prédécesseurs, s'ils étaient simples fonctionnaires civils, d'un rang bien supérieur d'ailleurs aux presses de l'ordre équestre, ils étaient pourtant, comme chargés d'une province sénatoriale, plus élevés hiérarchiquement que les légats impériaux ! Ainsi, à 400 ans de distance, survivait ce vieux reste de comédie de respect et de déférence imaginée par Auguste vis-à-vis du sénat encore à demi républicain !

Je pourrais m'arrêter ici au seuil de cette époque de trouble et de ténèbres. Les inscriptions nous abandonnent ; aussi bien, qu'y pourrions-nous trouver d'intéressant pour l'histoire administrative de l'Afrique,, si ce n'est quelques noms propres, vides de toute consistance,

et décorés des vains titres du temps : illustris ou spectabilis, clarissimus ou perfectissimus ? Le monde romain a achevé, par le règne de Constantin, de conquérir l'unité politique et administrative ; les choses ne changent plus guère; l'ordre établi par le grand empereur tiendra bon jusqu'aux invasions des barbares qui sont proches, et dont on entend déjà comme les sourds grondements ; même , sur certains points , en Afrique par exemple, il survivra aux premiers orages, et résistera au flot des Vandales.

Il n'entre point du tout dans mon sujet de montrer et de suivre, à partir du premier siècle de l'empire, les progrès du christianisme en Afrique. Je ne dirai ici qu'un mot, que me suggère encore l'étude longuement citée par moi de M. Ernest Renan sur la société berbère. Malgré les persécutions impériales, le christianisme avait fait de rapides progrès en Afrique; les indigènes étaient devenus chrétiens pour la plupart. Il semble en effet que la race berbère offrît à la religion nouvelle une conquête heureuse et facile, une prise des plus favorables. Cette société essentiellement démocratique et égahtaire, qui érige en une obligation légale l'aide mutuelle et fraternelle, où le village est organisé, à beaucoup de points de vue^ comme une famille, et à quelques égards comme une communauté, était le milieu le plus propice et le cadre le mieux disposé à recevoir la nouvelle doctrine. Quels disciples naturels et comme préparés étaient-ce que ces peuples aux yeux de qui l'hospitalité est une véritable charge publique, que ces hommes qui disposent, dans leurs redoutables montagnes, des abris pour le voyageur, et qui, lorsque vient la tourmente, vont au-devant de lui et à sa recherche ! On sait la charité kabyle, pendant la terrible famine qui a désolé l'Algérie durant l'hiver de l'année 1867 à l'année 1868. Dans certains cas d'infortunes privées, les maisons se construisent ou s'achèvent.

les travaux des champs s'accomplissent par des prestations mutuelles. Chacun, au besoin, requiert le village à son secours et souffre d'en être requis. Cette institution si frappante et le mot berbère qui la désigne ont bien passé chez les Arabes; mais entre les mains de tribus organisées d'une façon féodale, l'institution a changé de nature; elle n'est plus, chez les Arabes, qu'une corvée gratuite au profit des chefs et sans nul avantage pour la communauté. Chez les Berbères elle est au contraire toute sociale et toute fraternelle. Eh ! bien, ne peut-on pas se demander, avec M. Renan, si les pages héroïques et touchantes de l'histoire du christianisme africain ne s'expliquent pas naturellement par cet esprit de douceur et d'humanité? Ces hommes simples, loyaux et bons n'étaient-ils pas gagnés d'avance à des prédications dont le premier mot de propagande et le premier article de foi était celui-ci : tous les hommes sont égaux et frères ?

La religion chrétienne, devenue religion de l'empire, respira depuis Constantin; mais en même temps qu'elle s'établissait officiellement non-seulement dans les lois, mais dans les faveurs de l'État, elle se déchirait dans les schismes et dans les hérésies.

« La plus célèbre de ces hérésies est celle des Donatistes, du nom de deux évêques nommés Donat, le premier, évêque des Cases noires, en Numidie, en 305 ; le second, proclamé évêque de Carthage en 316, sans l'assentiment de l'empereur. Ces deux prélats rejetaient du sein de l'Église ceux qui, au temps des persécutions, avaient livré les livres sacrés aux païens ; de là le schisme , qui se traduit bientôt par des désordres sanglants. Les donatistes, persécutés par les empereurs, entrent en lutte avec eux. Les indigènes, voyant là une occasion favorable de se révolter, se font donatistes ; des bandes de brigands s'organisent sous prétexte de donatisme et prennent le nom de circoncelUons. Elles établissent leur

quartier général à Thamugas (aujourd'hui Timgad), et de là elles se' mettent à faire des excursions au loin, à piller et à dévaster le pays ^ »

Je n'ai point à raconter ces misères et ces souffrances; mais je relève là, au milieu des passions religieuses, et dans ces luttes sacrées qui deviennent sanglantes, le trait antique et persistant du caractère indigène, la vieille passion de la race berbère : la haine du joug étranger, l'amour de l'indépendance. Toutes les chances de rébellion, toutes les occasions de révolte, le Berbère va les saisir désormais ; l'état d'insurrection va se perpétuer en Afrique. En 372, le comte Romanus, qui en est le gouverneur, exaspère ses administrés par ses exactions et par son avarice. Un immense soulèvement éclate, et l'incendie s'allume dans l'éternel foyer, les monts du Djurdjura, chez ces Quinquégentiens indomptables. Firmus les guide; la révolte devient générale : Gsesarea est réduite en cendres. Il faut toute une armée de renforts qui débarque à Igilgilis; il faut la présence de l'homme de guerre le plus distingué du moment, le comte Théodose, le père du futur empereur; il faut enfin une lutte sanglante de trois années, pour en finir avec les rebelles. Encore Firmus est-il d'abord trahi par Gildon, son propre frère, puis livré aux Romains par Igmazen, chef des Isaflenses, les Flissa d'aujourd'hui ! Toujours l'histoire des Jugurtha et des Bocchus ! Toujours le mal invétéré du çof ! Toujours cette impuissance de l'unité nationale !

Pour prix d'un si utile concours, Gildon reçoit le commandement de toute l'Afrique, et le gouverneur romain qui siège à Garthage ne garde plus qu'une autorité nominale. Bientôt Gildon rêve l'indépendance : il dissimule d'abord; mais, Théodose une fois mort (395), il lève le masque, et débute par la vieille déclaration de

1. Résumé de l'histoire ancienne de l'Algérie, imprimé par autorisation 4u Garde des Sceaux. Paris, 1864.

guerre habituelle aux gouverneurs d'Afrique : il retient dans le port de Garthage les approvisionnements destinés à l'Italie. Une expédition romaine est dirigée contre lui, et c'est son frère qui la commande ! Gildon avait trahi Firmus ; il succombe à son tour sous cette vengeance ou sous cette ambition fraternelle.

« La répression de cette révolte est le dernier effort de l'empire d'Occident, dont l'Afrique est restée le partage. Toutes les provinces de cet empire tombent une à une sous les barbares du Nord ; il n'a plus la force nécessaire pour se faire respecter. Un proconsul siège toujours à Garthage, mais il se fait à peine obéir; il se borne à prescrire quelques mesures fiscales qui ne sont pas toujours exécutées. Les tribus indigènes sont à peu près dans l'indépendance, et une nouvelle domination, celle des Vandales, ne tarde pas à se substituer à celle des Romains ^ »

L'histoire de cette domination d'un siècle est assez bien connue pour que je doive glisser rapidement ; d'ailleurs elle n'intéresse point directement notre sujet. Et cependant je tiens à faire cette remarque : sous ce règne des barbares, il y a toujours une Afrique romaine ; sous cette couche vandale persiste et se maintient l'organisation impériale et la civilisation romaine. J'en pourrais citer plus d'une preuve : dans les traités de paix qui se négocient entre Genséric et l'empereur, figurent encore les vieilles divisions administratives ; dans le traité de 442, par exemple, qui, consacrant le fait accompli, partage l'Afrique entre l'empire et les Vandales, l'empereur recouvre ou croit recouvrer les trois Maure tanies, ïingi-

1. Résumé cité plus haut. — « L'empire d'Occident n'eu pouvait plus, éit à son tour Bossuet; attaqué par tant d'ennemis, il fut encore affaibli par les jalousies de ses généraux. Par les artifices d'Aétius, Boniface, comte d'Afrique, devient suspect à Placidie. Le comte maltraité fit venir d'Espagne Genséric et les Vandales, que les Goths en chassaient, et se repentit trop tard de les avoir app«lés. L'Afrique fut ôtée à l'empire. 428. «

tane. Césarienne et Sitifienne, même une partie de la Numidie : Genséric reçoit l'Afrique propre et le reste des possessions romaines. Il y a plus : on sait que Genséric, maître bientôt de tout le Nord de l'Afrique, et ayant établi sa capitale à Garthage, c'est-à-dire au foyer même •de la civilisation romaine, prit de sages mesures pour le maintien de l'ordre et de la paix dans la vaste contrée qu'il venait d'arracher à l'empire, et conserva soigneusement l'organisation politique qu'il y trouva instituée, et dont son sens barbare admirait le savant fonctionnement. Une curieuse inscription, recueillie à Aïn-Béida, me paraît jeter sur ce point une lumière intéressante (I. A. 3253) :

ERISSEGVRITASSOPORANTION MVNIMENDOMORVMTVTELAGLAVSTRO RVMDISGOSSOROBSGVRVSARBITER SILENTIOSVSGVIFALLEREINSIDIANTES FASESTETDEGIPEREGLORIA .

Eris securitas soporantium , munimen domorum, tutela claustrorum, discossor (sic) obscurus, arbiter sileatiosus, cui fallere insidiantes fas est et decipere gloria.

Cette inscription n'est autre chose que la copie d'une partie d'une formule du préfet des Vigiles de Rome, formule dont la teneur entière se trouve dans une lettre de Gassiodore (lib. VI, 1. 7). Cette formule, ou ce fragment de l'arrêté, de l'ordre du jour du préfet de Rome, ainsi trouvé dans une petite ville de l'intérieur , n'était évidemment que la reproduction d'un document du même genre qui devait se hre à Cirta, c'est-à-dire au chef-lieu de la province, soit sur les murailles du poste des Vigiles de cette ville, soit sur la maison de leur Préfet. Il y avait donc des Vigiles en Numidie, et l'organisation de ce corps, sa consigne et ses règlements se modelaient sur

les règlements auxquels obéissaient les Yigiles de Rome. Mais là n'est point toute la question ; il semble bien que cette formule, dans le fond et dans la forme^ dans le style et les mots , soit l'œuvre même de Gassiodore : dans ce cas, l'inscription d'Afrique serait du temps même des Vandales, et cet emprunt de l'administration des rois barbares à l'organisation romaine jetterait un jour bien curieux sur l'ensemble de leur politique.

L'histoire de cette époque confirmerait ces conjectures; on sait, par certaines lettres de Gassiodore, que le fameux roi des Goths, Théodoric (493-526), avait marié sa sœur Amalafrida à Trasamond, le troisième successeur de Genséric (495-522). Trasamond avait sollicité la main de la princesse — ce style de cour n'est point du tout un anachronisme — par une ambassade qu'il avait envoyée en Italie; Théodoric, ayant consenti, avait voulu que mille hommes d'escorte et 4,000 soldats accompagnassent la jeune femme dans ce voyage de Rome à Garthage. Une telle union rapprochait les deux cours, établissait entre elles des relations assez étroites, et il est fort vraisemblable que, sous Tinfluence de sa femme, Trasamond ait voulu suivre dans son royaume l'exemple de Théodoric, lequel, pour se conciher l'affection de ses sujets italiens, et rapprocher autant que possible les vaincus et les conquérants, affectait de maintenir exactement les vieilles institutions nationales, et de conserver les titres, les honneurs et les usages de l'empire récemment écroulé €t pleuré encore amèrement.

Les rois vandales avaient à ménager dans le même sens les regrets, les sympathies, les mœurs et les pratiques de la population romaine d'Afrique ; le mariage de Trasamond favorisa cette politique, inaugurée d'ailleurs par le fondateur de la monarchie vandale ; l'on s'expliquerait ainsi facilement, et d'une manière intéressante, que, parmi les imitations et les importations administra-

tives que la Garthage vandale demandait à la vieille et auguste Rome, se fût introduit à Girta et, par suite, dans les principales villes de la Numidie, le règlement romain de police que mentionne l'inscription d'Aïn-Béida.

Il est permis d'attribuer avec quelque précision l'inscription dont je viens de parler au règne même de Tra~ samond. En tout cas, si elle datait d'une époque antérieure, il ne serait pas permis de la reculer jusqu'au règne de son successeur Plildéric. Gelui-ci en effet, qui avait été élevé à Gonstantinople, rompit immédiatement avec les idées politiques et religieuses de ses prédécesseurs, lesquels étaient ariens et avaient persécuté les catholiques ; il se montra tout à fait favorable à l'Église. Dès lors les relations durent cesser avec le roi des Goths; elles en vinrent même à une rupture déclarée, après le meurtre d'Amalafrida , la veuve de Trasamond, qu'Hildéric fit assassiner, parce qu'elle était arienne et hostile à la religion catholique. Atalaric, successeur de Théodoric, demanda raison de ce meurtre au roi vandale, et le menaça d'une déclaration de guerre. Il n'est pas vraisemblable, avec de pareilles relations diplomatiques, que la cour de Garthage ait continué à s'inspirer des exemples et de la politique de Rome * .

On sait comment finit la domination des Vandales. Dès le règne des prédécesseurs d'Hildéric, les tribus indigènes s'étaient soulevées de toutes parts ; la région de l'Aurès s'était rendue indépendante, et les Gétules, les gens du Sud, débordaient maintenant dans le pays deshauts plateaux, et même s'aventuraient jusque dans le Tell. Les persécutions contre les catholiques accrois-

1. Voir les Lettres de Cassiodore : 43, 44 du livre V ; Théodoric à Trasamond.

Voir aussi la lettre 1 du livre IX; lettre d'Atalaric à Hildéric.

J'ai emprunté tout cet ingénieux commentaire de l'inscription d'Aïn- Béida à un article de M. de Witt, paru dans le Bulletin de l'Institut archéologique de 1868.

saient le mécontentement et ajoutaient à ce malaise général. Avec le règne d'Hildéric, ces persécutions cessent; mais les Vandales, ariens, se soulèvent à leur tour contre un prince qui trahit leur foi. Gélimer est envoyé contre eux au secours d'Hildéric : il le détrône, l'emprisonfie et se fait proclamer roi.

Justinien, maître de l'Orient pacifié, et rêvant de recouvrer le monde romain, n'attendait qu'une occasion d'intervenir en Afrique : Bélisaire y débarque (535), et la conquête est faite en un instant. Mais cette conquête brillante et rapide ne ressaisit qu'une petite partie de l'ancien empire africain, et la soumission ne s'étend guère au-delà du cours de l'Ampsagas ; les Maurétanies sont perdues pour jamais. La restauration byzantine ne se fera sentir que dans l'Est, dans l'Afrique propre et dans la Numidie orientale, là où ont pu pénétrer les troupes romaines. Ni le retour heureux de Bélisaire à demi vainqueur de Stoza révolté, ni les deux glorieuses campagnes de Solomon contre labdas, d'ailleurs interrompues par sa défaite et sa mort sous les murailles de Tébessa (542), ni la petite Iliade, chantée par Gorippus, où Jean Troglita, dans trois expéditions successives, écrase pour un temps les indigènes encore soulevés (548), ne peuvent arrêter la dissolution commencée. Quelque repos du moins était rendu à ces malheureuses contrées, et Justinien pouvait continuer l'essai de réorganisation administrative et les efforts réparateurs qu'il avait entrepris après les premiers succès de Bélisaire.

M. d'Avezac, dans son Afrique ancienne, a reproduit presque tout au long deux documents curieux, deux rescrits impériaux, datés l'un et l'autre du 13 avril 534 et adressés, le premier, à Archélaiis, ancien préfet de Gonstantinople et d'IUyrie, en dernier lieu questeur de Bélisaire, et qui était nommé préfet du prétoire d'Afrique; le second à Bélisaire lui-même, en sa qualité de maître de la

milice. L'un était relatif à l'organisation civile, et l'autre à l'organisation militaire du pays récemment recouvré.

Lorsque l'Afrique, divisée à nouveau par Maximien, eut été constituée en diocèses comme les autres parties de l'empire (297), le diocèse d'Afrique fut administré, comme tous les autres, par un vicaire, sous les ordres duquel étaient également placés les proconsuls de la province d'Afrique et les gouverneurs consulaires de Numidie et de Byzai^ène, aussi bien que les simples praBses de la Tripoli taine et des deux Maurétanies. (Not. dig. occ éd. Bock, p. 67). Après le règne de Constantin, l'Afrique avait été placée, par intervalles, dans les attributions directes du préfet du prétoire d'Italie ; le plus souvent elle avait eu son préfet propre. Je trouve, par exemple, dans les inscriptions de l'Algérie, sur trois monuments de Girta : l°un certain Dracontius, vir clarissimus, vicarius prœfecti per Âf ricanas provincias sous le règne de Gratien, de Valentinien et Valens ; 2° un personnage qui a rang de cornes primi ordinis et qui fait fonctions de préfet, agens pro prœfcctis; 3° enfin un certain Umbronius Juvas, qui porte le même titre que le précédent : per Africain pro prœfectis agens. (I. A., 1849, 1851, 1854). Un siècle et demi après, l'illustre Solomon portera encore, entre autres titres, celui de prœfectus Libyœ. (I. A. 3089).

Justinien voulut rendre à l'Afrique toute l'importance, toutes les prérogatives et toutes les dignités, tout le prestige enfin dont jouissait cette belle contrée avant l'invasion des Vandales. « Nous voulons, écrivait-il à Archélaiis, qu'il nommait en même temps préfet du prétoire, que toute l'Afrique que Dieu nous a confiée, soit, par sa miséricoi-de, élevée au premier rang et ait une préfecture propre, en sorte que, comme l'Orient et l'Illyrie, de même aussi l'Afrique soit spécialement dotée par Notre Clémence de la suprême autorité prétorienne, dont nous ordonnons que le siège sera à Garthage :

« sicut Oriens atque Illyricum, ita et Africa prsetoriana potestate decoretur, cujus sedem esse jubemus Carthaginem. » Et avec l'aide de Dieu, ajoutait-il, et sous l'autorité de Votre Excellence, — ab Excellentia tua — il y sera organisé sept provinces avec leurs magistrats : « septem provinciae cum suis judicibus disponantur » . Celle de Tingis, celle de Garthage ci-devant' appelée proconsulaire, celle de Byzacène et celle de Tripolis auront des gouverneurs consulaires; les autres, à savoir la Numidie, la Maurétanie et la Sardaigne seront. Dieu aidant, administrées par des presses. »

Ainsi la nouvelle préfecture comprenait désormais sept provinces; la Tingitane, séparée de l'Espagne, était rattachée à ses sœurs africaines; la Maurétanie Césarienne et la Maurétanie Sitifîenne ne formaient plus qu'une seule province ; la Sardaigne, qui appartenait auparavant au préfet d'Italie, augmentait l'apanage du gouverneur d'Afrique. A vrai dire Sa Grandeur ou Sa Magnificence le préfet régnait peut-être de nom sur ces régions immenses, mais à coup sûr il ne gouvernait pas, et ce grand empire africain n'existait guère que sur les papiers de la chancellerie de Constantinople.

En même temps l'empereur réglait minutieusement l'effectif du personnel administratif dont disposeraient le gouverneur général et les gouverneurs de chaque province, et l'état des émoluments dont jouirait cette légion de fonctionnaires supérieurs et d'employés subalternes. AvecDioclétien, nous étions comme à l'aurore du régime de la bureaucratie moderne, de même que nous voyions poindre les mœurs et les pratiques de la monarchie absolue, et par exemple ces formules qu'affectent le despotisme et la vanité des uns, que subissent ou qu'exagèrent l'humilité et la servilité des autres. Avec Justinien, nous sommes dans le plein épanouissement du système.

Quelques hautes et royales paroles terminaient ce pré-

deux rescrit. « Bien que nous tâchions, disait l'empereur — avec V aide de Dieu — que dans toutes nos provinces en général les contribuables n'éprouvent aucun préjudice, — lit-on vraiment du Justinien, et n'est-ce pas déjà du Louis XIV ? — nous nous occupons surtout de ceux du diocèse d'Afrique, lesquels, après un si long esclavage, ont, avec Vaide de Dieu, obtenu par nos soins de voir de nouveau luire pour eux la liberté *. »

A Bélisaire, maître de la milice d'Orient, Justinie^i adressait le même jour un rescrit relatif à l'organisation militaire de l'Afrique, que le grand général semblait avoir reconquise et pacifiée. Combien sommes-nous loin maintenant de ces années où aucune distinction n'existait entre les emplois civils et les commandements militaires, où Rome n'eût compris ni ces deux mots ni ces deux choses, où elle soumettait ses provinces à l'autorité d'un seul homme, entre les mains duquel elle réunissait tous les pouvoirs et concentrait toutes les attributions du juge et de l'administrateur, aussi bien que du général ! Il y a aujourd'hui une organisation civile et une organisation militaire ; il y a une double série de fonctionnaires appartenant à ces deux ordres ; il y a auprès de l'empereur, àConstantinople, comme dans chacune des provinces dont se compose son empire, une administration de la guerre, une administration, et déjà, en réalité, un ministère de l'intérieur.

oc Nous ordonnons en conséquence, disait l'empereur, que le duc militaire de la province Tripolitaine aura sa résidence provisoire dans la ville de Leptis la Grande ; que le duc de la province Byzacène résidera provisoirement dans les villes de Gapsa et de Leptis la Petite; que le duc de la province de Numidie aura sa résidence provisoire dans la ville de Gonstantine ; enfin, que le duc

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