D'Avezac, Afrique ancienne : Garthage, p. 18b
tout en remplissant les plus belles de ses rues, la Rue Céleste ou la Voie des Banquiers, de temples et d'édifices magnifiques, où étincelaient le marbre et l'or, l'assemblée municipale deCarthage, qui, par une flatteuse déférence du pouvoir central, avait le droit de porter le nom de Sénat, provoquait de grandes fêtes de l'esprit et du goût, organisait des solennités littéraires, où accourait toute la province. « Elle attirait près d'elle tout ce que l'Afrique produisait d'hommes distingués; à force d'honneurs, d'argent, de statues , elle s'attachait à leur faire oublier l'Italie, et ceux-ci en retour saluaient Garthage des titres superbes de Muse Céleste et de Camène des hommes portant la toge : « Musa cœlestis, camena togatorum » (Apul. Florid. IV, 21)*. » Il semble, en vérité, que le grand duel durât toujours. Garthage, disait encore Salvien, la première et presque la mère de toutes les villes d'Afrique, toujours la rivale de Rome, autrefois par ses armes et son courage, depuis, par sa grandeur et sa magnificence ! Garthage, la plus cruelle ennemie de Rome, et qui est, pour ainsi dire, la Rome de l'Afrique !
« Sous le patronage de cette grande métropole, le goût des lettres s'était propagé au loin dans le pays; à l'exemple de Idi Muse Céleste, les autres villes de ces provinces ouvraient des écoles, et se livraient aux études oratoires et poétiques avec une passion tout africaine. A Madaure, la patrie d'Apulée, à Adrumète, à Leptis, à Girta, même dans l'intérieur de la Numidie, on se livrait avec ardeur aux études latines, qui s'y grefi'aient en quelque sorte sur un tronc punique subsistant. Dans ces écoles , où l'on écrivait et déclamait en grec, en latin et en punique, il se forma une sorte de goût mixte, que pourtant le génie punique domina ; et la langue des Romains, altérée en outre par la manie de l'archaïsme, prit dans ce con-