‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 24 sur 156 · Reclus · texte numérisé non relu

Reclus

étrange et qui semblaient garder le seuil d'un autre monde ; puis, au-delà, les forts et les petites maisons de Biskra, au milieu des palmiers et des arbres ; enfin l'oasis ellemême dans son incomparable beauté ; puis, l'œil s'accoutumant à cet infini éblouissant de lumière, les oasis plus lointaines émergeant, les unes après les autres, comme des îles de verdure, de l'immense plaine fauve, comme font, le soir venu, les étoiles qui jaillissent successivement du ciel. Ainsi pour nous se peuplait le désert, vivant, animé, fertile, verdoyant.

Quel spectacle ! C'était bien là le pays céleste du bleu, le pays où le ciel est sans nuages au-dessus de la terre sans ombre, au point que les Sahariens, fiers de cette patrie resplendissante, appellent fils du brouillard ces tristes habitants des côtes lumineuses de la mer. C'était bien l'entrée du pays ardent et inanimé, fait de soleil, d'étendue et de solitude *.

Mais de pareils points de vue n'étaient point le fait des anciens ; tout cela sent trop l'ordre et la netteté, les habitudes de méthode, d'exactitude et de classification de la science moderne. Ne demandons donc à Salluste, un artiste aussi bien, et de plus un narrateur pressé et qui courait à son récit, que l'esquisse, l'esquisse excellente, qu'il a bien voulu nous laisser. D'un coup de crayon, mais d'un coup de maître, Salluste, rassemblant dans une seule phrase et dans un seul efi'et tous les traits de ce grand tableau, nous a rendu merveilleusement l'impression que produit cette étrange et sauvage nature. L'émotion qu'éprouva le légionnaire romain, débarquant sur la côte d'Afrique, et s'enfonçant, à la poursuite d'un insaisissable ennemJ, dans les mille replis des montagnes, ou bien l'immigrant italien se répandant en hardi pionnier dans ces vastes campagnes inconnues, celle que

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