‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 48 sur 156 · Le capitaine Rinn · texte numérisé non relu

Le capitaine Rinn

m L'AFRIQUE DE SALLUSTE

sûre, sa promesse sérieuse, sa caution sacrée, son hospitalité simple mais cordiale ; en ce qui concerne ses faits et gestes ou ses opinions politiques, il aurait honte de mentir; mais, dès que ses intérêts sont en jeu, il n'a plus les mêmes scrupules. Le qbaïl est jaloux de son indépendance ; il a soif d'équité encore plus que de justice. Il n'est ni vaniteux ni arrogant, mais fier, orgueilleux, entêté et susceptible ; au moindre mot qui le blesse ou le provoque, il saute sur les premières armes venues; pierres, bâton, couteau, pioche, hachette ou fusil, tout lui est bon. La guerre pour lui est une affaire de devoir , de nécessité, de point d'honneur ou de vengeance; ce n'est jamais ni un plaisir, ni une distraction, ni même un état normal; il ne la fait qu'après avoir prévenu son ennemi, et, dans le combat ou après la victoire, il n'a pas de cruauté inutile. »

A côté de ce portrait-type du Berber , tel que nos officiers ou nos colons se le représentent en général et le rencontrent en Algérie, sera-t-on curieux d'avoir une image plus nette et plus vivante, une physionomie particulière? L'antiquité classique nous a laissé deux portraits de Numides, deux portraits célèbres et comme en pied, celui de Massinissa dans Tite-Live, celui de Jugurtha dans Salluste. Veut-on les regarder d'un peu plus près, en les animant davantage par le souvenir et la lumière des figures contemporaines que l'Algérie française et nos luttes à peine achevées nous ont donné lieu d'aborder et d'étudier à loisir? Assurément nous n'allons plus retrouver le héros idéal, le chevalier parfait, sans peur et sans reproche, dont Ibn-Khaldoun se plaisait à retracer les traits; mais, dans ces deux figures royales, dans ces deux types de grands chefs, comme nous dirions aujourd'hui, nous aurons deux natures singulièrement expressives et originales, deux physionomies vraiment grandes et historiques, où les vertus natives seront sans doute

troublées par l'ambition princière, par la haine de l'ennemi, par les luttes de la politique, par les terribles événements et les crises où ont été mêlées ces deux existences ; où surnageront cependant, sinon chez Jugurtha les grandes vertus morales, au moins bien des qualités d'intelligence, bien de rares et précieux dons.

« Je n'ose pas, dit M. H. Duveyrier, en retraçant le portrait du Touareg, c'est-à-dire du Berber pur, affirmer les qualités de cœur du Touareg dans les termes qu'lbn- Khaldoun employait en parlant des Berbers, au temps de la plus grande puissance de cette race ; parce que, dans plus d'une circonstance, je les ai vus emportés, vindicatifs, indifférents aux souffrances des autres. » Mais ces réserves faites, — encore faut-il pourtant payer sa dette à l'humanité, — le jeune voyageur affirme que les Touareg ont encore, au plus haut degré, quelquesunes des belles vertus assignées à leur race. Et, par exemple, leur bravoure est proverbiale; leur patience, leur résignation et leur fermeté dans la misère peuvent être égalées, non surpassées ; Salluste disait d'eux patiens operum. La haine de l'oppression est encore aussi vivace chez eux qu'aux plus beaux jours de leur puissance. — Nous trouverons chez Massinissa plus d'un trait de vive ressemblance.

La figure du vieux roi, chez Tite-Live, est des plus nettes, des plus expressives, des plus saisissantes. Tite- Live la suit avec prédilection et la met sans cesse en lumière. A peine âgé de dix-sept ans, le fils de Gala promet déjà d'être un grand prince ; et le jeune héros, pour son coup d'essai, défait Syphax, lui tue trente mille hommes, et, d'abord soutenu des Carthaginois, puis seul, se couvre de gloire \ Il combattait en Espagne pour le compte des Carthaginois, lorsque mourut son

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