‹ Esquisse d'une histoire de la conquête et de l'administration romaines dans le nord de l'Afrique et particulièrement dans la province de NumidieChapitre 56 sur 156 · H. Duveyrier, les TouAreg, p. 233 et · texte numérisé non relu

H. Duveyrier, les TouAreg, p. 233 et

plus salubre des coteaux; les petites fermes blanches des colons; les riches domaines des grands propriétaires, leurs prœdia épars, qui, en Afrique aussi, dégénéreront un jour en stériles latifundia; sur les hauteurs, dominant les vallons et les défilés, des postes de surveillance, des castella pareils à nos hlockaus, comme ce fortin, par exemple, dont les ruines ont été retrouvées à Loth- Bordj, un peu au delà d'El-Kantara, et dont la petite gar* nison (numerus) — des éclaireurs tirés de la légioa 3^ Augusta *, — protégeait la route du Sud ^; en même temps les travaux de toute sorte qu'entraîne avec elle la marche féconde de la civilisation : un admirable système de voies de communication, de routes militaires, dont nos soldats, aux premiers jours de la conquête, retrou-

1, I. A. 1645 burgum speculatorum Antoninianornm M. Valeriua

Senecio, legatus pro praetore, fieri jussit. « Les Romains, qui ne souf^. fraient pas que leurs frontières fussent insultées, avaient fait de grands efforts pour les défendre. — (Il s'agit des frontières d'Egypte et de Syrie : les précautions militaires ne furent guère autres en Afrique.) — Il reste quelques débris des chdteaux-forts qu'ils avaient élevés sur la limite du désert, et' l'on peut lire encore sur leurs ruines les inscriptions que les soldats y gravaient, il y a seize siècles, pendant les ennuis de la garnison. — Syriens, dit l'un d'eux, tenez-vous en paix devant les Latins de Rome. » G. Boissier, l'Empire romain en Orient, Revue des Deux-Mondes. 1"' juillet 1874.

2. La construction de ce fortin de Lotli-Bordj date de Caracalla (212-217). On a découvert, à quelques kilomètres plus loin, une inscription presque identique, mentionnant la construction d'un petit fort semblable, élevé sous le règne de Commode, en l'année 188, par les soins d'un certain Gordianus, légat propréteur, qui figure, sur un monument d'El-Kantara, comme ayant fait réparer le pont. C'est donc à la fin du 2° siècle que cette seconde partie de la grande route qui menait de Lambèse aux Ziban fut rendue carrossable et fortifiée de postes militaires. L'inscription indique très-nettement le but de ce petit poste militaire, destiné à assurer sur les deux routes la sécurité des voyageurs : iiiter duas vias ad salutem commeantium. A cet endroit, en effet, se bifurquait la voie romaine, d'une part sur Biskra, de l'autre sur Tobna. L'histoire fait entrevoir les motifs qui ont pu décider Commode à prescrire le percement de ces routes stratégiques et la construction de ces postes fortifiés. Capitolin nous montre, h cette époque, les Gélules poussant leurs incursions au delà de la frontière du Tell; en 188, l'empereur pense à venir lui-même en Afrique; il n'y vient pas, mais il y envoie en 190 Pertinax qui y trouve Ijcaucoup à faire. (Cap. Ragot). Il n'y a que 50 ans h. peine que nous sommes, nous Français, en Afrique, et une route sûre et magnifique relie le désert à la mer, l'oasis de Biskra au port de Philippeville !

vaienl et suivaient les traces éternelles, dont les itinéraires anciens nous révèlent le réseau multiple et complet, et dont les inscriptions enfin nous disent et nous redisent le vigilant entretien i; de distance en distance, le long de toutes ces routes, les gîtes d'étapes, les caravansérails , mansiones; partout où y invitaient des sources propices, et le Nord de l'Afrique est très-riche de ces eaux bienfaisantes, des thermes où le soldat guérissait ses blessures et le colon ses fièvres ^, des citernes immenses et de vastes silos où s'emmagasinaient les eaux toujours trop rares, où s'entassait le trop-plein du blé; tout cela, ressuscité par l'imagination, commenté des grands souvenirs lointains de l'histoire et de cette mystérieuse poésie des ruines, colonnes écroulées, silencieuses nécropoles , portes triomphales , pans de murs qui bravent les années, mi7iœ murorum ingénies^ arcades des aqueducs franchissant les vallées : tout cela fait un bel et saisissant spectacle, tout cela reconstruit à nos yeux une Algérie romaine vivante, riche, latinisée, digne de Rome : tout cela nous frappe d'une naturelle admiration; nous nous sentons, au pied de ces ruines africaines, remplis de respect pour les auteurs d'un tel ouvrage; et, pris de cette émotion dont je rappelais tout à l'heure un noble exemple, nous saluons- pieusement ce grand passé !

Et cependant il faut ici se méfier des surprises d'un sentiment même si légitime, et se défendre soigneuse-

1. « Les Romains étaient fort occupés, en Orient comme partout, à développer le commerce et à lui ouvrir des voies de communication. Quelquefois ils s'étaient contentés de marquer avec de grandes pierres, qui sont restées en place, le chemin des caravanes ; le plus souvent, ils avaient construit de ces routes indestructibles qui conservent dans tout l'univers le souvenir de leur domination. On les retrouve encore, nous disent les voyageurs, sur les confins de l'Arabie, avec leurs grands blocs de lave solidement enfermés dans un rebord de pierre ; elles sont intactes comme au temps où elles étaient sans cesse parcourues par des troupes de cavaliers, montés sur des chevaux ou des dromadaires, qui se jetaient à la poursuite des fuyards. » Boissier, ibid.

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