Mommsea
2. Loi Thoria. « Les tributs et les impôts ne furent d'ailleurs point pesants. Les villes qui dès le début de la guerre s'étaient mises du côté des Romains, Utique , Adrumète, la petite Leptis, Tbapsus AchuUa et Usalis^ pour les places maritimes, et Theudalis à l'intérieur conservèrent leurs territoires propres et leurs libertés municipales : il en fut de même de la cité récemment fondée des transfuges de Garthage. Quant au territoire immédiat, à l'exception d'un district abandonné à Utique, quant au territoire des autres villes détruites, il est incorporé au domaine public, et, comme tel, loué ■ à prix d'argent aux fermiers de l'État. Pour les autres villes et bourgs, ils sont de droit privés et de leur sol et de leurs franchises ; jusqu'à nouvel ordre pourtant, on les laisse à titre précaire en possession de leurs champs et de leurs institutions locales. En échange de la puissance dn fonds, appartenant à Rome désormais, ils paient une rente annuelle une fois fixée (stipendium), qu'ils lèvent à leur tour sur tous les redevables au moyen d'un impôt particulier sur les fortunes. « — Mommsen, Histoire romaine, livre III.
gent numide, inquiétée aussi à bon droit pour ses nouvelles possessions africaines, vient à bout, non sans peine, de son insaisissable ennemi. Le moment semble bien venu de mettre la main, sinon sur l'Afrique tout entière, du moins sur la Numidie vaincue ; non-seulement ce serait le droit de la guerre, mais ce serait sans doute une sage précaution contre le retour possible d'un Jugurtha, d'une nouvelle idole africaine, et d'une guerre terrible en un pays où tout favorise le chef qui a pour lui les sympathies nationales ; où il peut, grâce à la configuration du sol aussi bien qu'au caractère des peuples, soit traîner la lutte en longueur, l'éparpiller en maints endroits, en maintes incessantes escarmouches, soit la suspendre, l'arrêter, et laisser la résistance dormir pour la réveiller plus dangereuse. Serait-ce donc là d'ailleurs une conquête si téméraire? Cette occupation de la Numidie serait-elle une si aventureuse entreprise ? Rome n'y trouverait-elle pas un point d'appui sûr et solide dans ce noyau et cet appoint d'immigration itahenne, dans cette avant-garde romaine qui a déjà pris à l'avance possession de la future province ?
En effet, à peine Carthage était-elle réduite en cendres, qu'on avait vu affluer en Afrique la troupe avide des négociants de toute sorte, des chevaliers romains, commerçants ou fermiers de l'État, qui envahissent bientôt tout le trafic de la nouvelle province, aussi bien que des pays numides et gétules, fermés jusqu'à ce jour à leurs entreprises *. Et ce mouvement d'émigration ne s'était point ralenti depuis ce premier élan d'avide curiosité. On sait la grande et noble entreprise de G. Gracchus, imaginant de pourvoir aux besoins des classes pauvres italiques en entamant le domaine transmaritime de l'État, et conduisant sur le heu même où avait existé Carthage 6000 colons^ choisis, non-seulement parmi les citoyens romains, mais