Reclus
2. On sait le projet de M. le capitaine d'état-major Roudaire, les études en tout cas si intéressantes et les espérances tenaces du jeune explorateur, les objections plus ou moins graves qui lui sont faites ; par contre, l'appui plein de promesses et qui donne beaucoup à penser de M. de Lesseps. Il s'agit de rétablir, du golfe de Gabès au chott Mel'rigb, à travers le Chott el djerid (Tritonis palus), cette mer intérieure qui semble avoir autrefois existé, d'améliorer ainsi et de rafraîchir le climat des contrées environnantes, en y amenant des pluies qui les fertiliseraient ; enfin d'ouvrir par là, au milieu des terres, un moyen de communication rapide et économique, et comme une nouvelle voie militaire.
3. G. Reclus, Géographie, passim ; Charles du Bouzet, Algérie. (Extrait du Dictionnaire général de la politique.)
te AVANT-PROPOS
d'Afrique proprement dite, dans le riche pays de Garthage, que se développe surtout et s'épanouit l'œuvre brillante et durable de la colonisation romaine. Puis le courant civilisateur circule puissant encore et à plein lit à travers l'opulente région numide ; mais à mesure qu'il se répand vers l'Ouest, il s'amoindrit peu à peu et va s'appauvrissant dans les vallées moins proches et dans les plaines déjà moins propices de la Maurétanie Césarienne, pour s'aller perdre enfin en filets de plus en plus minces dans les lointaines solitudes de la Maurétanie Tingitane, Peu connue des Romains qui l'abordèrent à peine, excepté sur quelques points du littoral et peut-être de l'intérieur, cette dernière contrée mystérieuse, h demi fermée aux modernes eux-mêmes, se dérobe par l'obscurité de ses annales aux informations et aux recherches \ Aussi est-ce de préférence sur ces belles et florissantes provinces de l'Est que se portent naturellement et avec le plus de chances de succès l'intérêt et les travaux contemporains ; car là était le cœur même et le foyer intense de la domination romaine. Il est bien légitime aussi que l'attention de la science française se soit d'abord et plus
i. Léon Renier, parlant (Je cet amoindrissement progressif de l'occvipation romaine en Afrique, à mesure que l'on s'avance vers l'Ouest, vers le département d'Oran et le Maroc, me faisait remarquer le caractère beaucoup plus barbare des inscriptions, d'ailleurs beaucoup plus rares, trouvées dans ces contrées. La population latine y a été moins dense et s'y est moins aventurée ; la population indigène est restée plus intacte et a eu moins d'occasions de se mêler, moins de raisons de s'assimiler. J'ai retenu aussi ce souvenir d'une conversation avec M. le général Wolf : l'occupation, me disait-il, fut toute romaine à Constantine. Ce fut là véritablement une province devenue latine et assimilée ; coloniale dans la province d'Alger, l'occupation n'est plus que purement militaire dans la province d'Oran.
Ce mystère du Maroc antique, de la vieille Maurétanie Tingitane, M. Tissot, notre ministre plénipotentiaire, cet archéologue si distingué — je n'ai pas à parler du diplomate, — commençait à le pénétrer et à le révéler ; il continuait sur l'occupation romaine au Maroc ses études si bien inaugurées à Tunis et poursuivies en Orient, lorsqu'il a été appelé à représenter la France auprès du gouvernement grec.
volontiers attachée à celles des contrées de l'Afrique latine qui sont aujourd'hui soumises à l'autorité française \ Mais il est, là encore, une région particuhère qui était comme désignée pour moi à une sorte de prédilection, non pas seulement par tout ce qui lui est commun avec la région voisine, c'est-à-dire par les grands souvenirs historiques, par le développement qui s'y est produit d'une triple et brillante civiUsation, par la richesse des documents de toute sorte, livres immortels, ruines éparses, monuments de pierre et de marbre, mais encore et surtout par cette circonstance et cet attrait^ que le hasard m'a fait l'habiter et la parcourir, et reconnaître, si je ne me trompe, qu'après avoir été jadis une des contrées les plus prospères de l'empire romain, elle est aujourd'hui celle de nos trois provinces françaises où la colonisation manifeste, de la façon la plus éclatante, sa force d'expansion, sa vitalité, ses promesses et ses garanties d'avenir. Je veux parler de notre département algérien de Gonstantine, c'est-à-dire de l'antique Numidie, dont la vieille Girta était déjà, il y a tant de siècles, la capitale fameuse et enviée. La Numidie sera donc l'objet particulier de notre étude et le point où nous essaierons de concentrer le plus d'intérêt et de lumière; toutefois nous nous efforcerons de rattacher le plus possible à son histoire, ne fût-ce que par un fil léger qui reparaîtra de temps en temps, l'histoire des contrées voisines.
1. C'est ce qu'a bien compris Léon Renier, et c'est ce qu'il a délicatement fait entendre, en n'admettant dans son ouvrage que les inscriptions romaines de V Algérie. C'était là en quelque manière faire œuvre nationale et préluder au grand recueil des inscriptions latines de la Gaule.