Reclus
que les géographes appellent la Berbérie. « Ce fut une île quand le Sahara logeait une mer dans sa conque. C'est une île encore par son isolement du reste des terres habitables du continent auquel de nos jours elle se rattache ^ » Une seule et même montagne, le vieil et légendaire Atlas, est comme la charpente et l'ossature de ce grand corps : le climat est le même, la flore et la faune se ressemblent; les mêmes races d'hommes s'y retrouvent partout, des Syrtes à l'Océan, de la Méditerranée au désert. Soulevée du sein de deux mers pleines dont l'une la rattache à l'Europe, et d'une mer desséchée 2, le Sahara, qui la sépare de l'Afrique; émergeant hors des flots liquides ou hors des vagues de sable, la Berbérie est bien une grande île en effet : c'est l'île de l'Occident, comme l'ont heureusement nommée les Arabes, l'île du Moghreb. C'est aussi, a-t-on dit, comme une Afrique Mineure, comme une Afrique européenne 3. Là était proprement l'Afrique romaine : là se sont répandues de l'Est à l'Ouest, comme un large fleuve bienfaisant, la civilisation, la langue, les mœurs, la vie latines, sans qu'elles aient toutefois également pénétré et fécondé toutes les parties de ce grand bassin berbère. C'est à la source même, c'est-à-dire dans la province