‹ Esquisse d'une histoire de la logique précédée d'une analyse édendue de l'Organnum d'AristoteChapitre 20 sur 21 · OS · texte numérisé non relu

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talité des modifications et des lois qu’elle se donne par sa propre puissance. Après l’avoir définie , il la divise en trois parties qu’il appelle : la doctrine de F être , la doctrine de f essence et celle de la notion.

Dans la première partie , nous assistons pour ainsi dire à la naissance de l’être. Nous le voyons d’abord rien, puis devenir , puis exister. Une fois arrivé à l’existence, il passe par diverses transformations , toutes bien réelles , et qui cependant ne sont pas autre chose que les Catégories de Kant et d’Aristote. Les premières sont la qualité , la quantité et la mesure , qui résulte de la combinaison des deux précédentes *.

Dans la seconde partie , nous trouvons toutes les autres Catégories , sans aucune exception , et même des Catégories nouvelles engendrées par la combinaison des anciennes : nous y voyons comment l’être essentiel se développe successi-

' Eu aliéna, das Maass. C’est une quantité déterminée, un quantum (autre distinction de Kant, auquel se rattache une existence ou une qualité. Voilà pourquoi Ilégel la définit, dans son langage barbar e , un quantum qualitatif, das qualitative quantum (p. 120, § 107 , ouvr. cité).

veinent sous les formes de la substance et de l’identité , du phénomène et de la réalité , de la possibilité et de la nécessité , de la causalité , de la réciprocité , et , en un mot , de tout ce que nous appelons une notion simple et absolue.

C’est principalement l’influence de Kant ? ses classifications et son langage qu’on reconnaît dans ces deux premières parties.

Dans la troisième , nous rencontrons exclusivement et dans l’ordre même où elles nous sont parvenues pour la première fois , toutes les formes de la logique d’Aristote, la notion , le jugement et le syllogisme avec toutes ses figures , mais sur une échelle bien plus élevée, et revêtues d’une dignité que personne n’avait encore songé à leur accorder. Voici comment Hegel s’exprime à ce sujet : « Si les formes logiques n’étaient que » les enveloppes inanimées et impuissantes de » nos pensées , on pourrait se dispenser de les » connaître } elles ne formeraient qu’une histoire » indifférente pour celui qui cherche la vérité. » Mais ce n’est pas ainsi qu’il faut les considérer : » elles sont , au contraire , l 'esprit vivant de la v réalité , et rien dans la réalité nest vrai » que ce qui P est par ces formes et dans ces

APRÈS ARISTOTE

» formes *. v Et en effet, d’abord la notion ( der Begriff ) , c’est ce qui est essentiellement libre 5 c’est la puissance qui existe par elle-même j elle est seulement une abstraction , parce qu’elle n’est pas encore la pensée dans la totalité de ses manifestations , parce qu’elle n’est pas l’idée } mais en elle-même , elle est concrète et réelle 2 . Le jugement, c’est l’identité du général et du particulier 5 car l’attribut n’est pas autre chose que le général 5 le sujet , c’est le particulier \ et enfin la copule , c’est leur identité. Un seul exemple suffira pour faire comprendre , relativement au but que je me propose , ce que devient le syllogisme entre les mains de Hégel. Dans son opinion , la société humaine , représentée par l’Etat , n’est qu’un système de trois syllogismes dont chacun appartient à une figure différente.

D’abord la personne humaine , qui représente le terme mineur, se soumet à la loi ou bien au gouvernement, qui représente le terme majeur, à cause de la nature spéciale de l’homme qui représente le terme moyen. Telle est la première figure.

’ Onvr. cit. , p. 161 et 162.

J Ibid., p. 164 , § 164.

Ensuite , par la volonté individuelle de chaque personne, de chaque citoyen, la nature spéciale de l'homme, ses besoins physiques et moraux trouvent leur satisfaction dans l’ordre social, ou marchent d’accord avec le gouvernement et la loi; ils se réunissent comme les deux termes d’une conclusion. Telle est la seconde figure.

Enfin , la société , la loi ou le gouvernement deviennent à leur tour le moyen par lequel l'individu peut conserver sa nature morale et sociale, ou la nature humaine se réaliser, se conserver dans l’individu 1 .

On explique de la même façon le système du monde, le mouvement et l’organisme ; en un mot, tout se fait, se maintient, se développe par jugement et par syllogisme, après avoir été renfermé d’abord dans la notion ; ou , pour me servir du langage énergique et tranchant de l’auteur , tout est une notion , tout est un jugement , tout est un sy llogisme 2 . Quand la pensée a traversé toutes ces formes, autrefois stériles et glacées , mainte-

' Onv. cït . § 190 , p. 194.

* Ailes ist Begri/jf(p. 173). Aile dinge smd ein Urtheil (p. 168, § 167.) Ailes ist einSchluss (p. 178).

APBE5 ARISTOTE.

nant si animées et si fécondes ; quand elle est arrivée par ses propres efforts et sa puissance infinie à son dernier terme de développement , alors elle prend le même nom que dans le système de Kant : elle est l 'Idée. Mais loin d’être une abstraction vide, entièrement séparée des choses ; loin d’être le contraire de la réalité , l 'Idée , aux yeux de Hégel, est la réalité par excellence et la seule réalité ; elle est la vérité absolue qui a conscience d'elle-même, le vrai en soi et pour soi ; elle est l’identité du sujet et de l’objet, de l'idéal et du réel , du fini et de l’infini , de l’esprit et de la matière, du contingent et du nécessaire, et de tout ce que l’entendement ou la logique ordinaire nous représente comme opposé ou contradictoire. Elle est l’éternelle création; elle se développe étcrnellemcntselon lesrèglesde la Logique 1 ; elle est l’esprit et la vie éternels. 11 n’y a qu’une idée, c’est Dieu 2 . En voilà assez et peut-être trop pour justifier ce que nous avons dit plus haut du caractère général de la Logique spéculative et de

* C'est ce que Ilégel veut dire par cette expression qui se présente si fréquemment dans ses œuvres ( dialectischer proccss').

4 Voy. Encyclop. des sciences philos, , p. 203 et scq.

l'influence qu'ont eiercée sur elle les trois systèmes précédents. Maintenant , il est temps que nous fassions connaître en peu de mots les conséquences à la fois spéculatives et pratiques , le résultat dernier auquel nous ont conduit et l'analyse du système d’Aristote et l’étude historique des diverses transformations qu’il a subies depuis le temps où il a paru dans le monde jusqu’à nos jours.

Conclusion.

Les quatre grands systèmes qui viennent de passer sous nos yeux , dans leur ordre de succession chronologique , peuvent être considérés à la fois , et comme autant d 'éléments et comme autant de transformations nécessaires d’une seule et même science : tel est , en trois mots , notre propre système.

Et d’abord , comme transformations , ils nous présentent une gradation admirable ; ils nous montrent comment l'humanité s’élève lentement de la sensation à l'action , de l’action à la ré- * flexion ou à la pensée , et de là seulement à l’essence des choses. La sensation est représentée

CONCLUSION

par le système d’Aristote , qui exprime par des figures, par des symboles presque matériels, les conditions auxquelles nous arrivons à la vérité. L’action est représentée par Descaries qui résume tous les moyens d’atteindre à la vérité dans l’observation , c’est-à-dire , dans l'usage même de notre activité intellectuelle. Kajpt , réduisant à de simples formes de l’intelligence ce que l’on prenait avant lui pour la vérité elle-même dans son caractère le plus pur et le plus élevé , est la personnification du moment de la réllexion ou de la pensée. Enfin , Hegel a transformé la pensée elle-même en réalité.

De plus , chacune de ces quatre transformations est parfaitement en harmonie avec le caractère national du philosophe qui en est l’auteur. Celui qui nous a fait présent de la méthode syllogistique appartenait au peuple grec , essentiellement artiste , dévoué par instinct à la culture des formes , admirateur passionné de la beauté extérieure. La méthode d’observation que nous avons tout-à-l’heure identifiée avec l’action , mais qui représente aussi l’esprit de conquête et d’indépendance , qui le représentait surtout à l’époque où elle vint détrôner le syllogisme } la

CONCLUSION

SU

méthode expérimentale , considérée sous un point de vue philosophique , a été introduite dans le monde par un Français. A l'Allemagne , qui se nourrit d’abstractions et dont la vie est tout intellectuelle , appartenait la gloire d'avoir produit en même temps la méthode transcendentale et la logique spéculative. Nous pourrions ajouter que YOrganum de Bacon ne représente pas mal le génie industriel de l’Angleterre.

Enfin , ces diverses transformations se sont identifiées dans la dernière , ou, pour rendre mes expressions aussi générales que ma pensée , les plus récentes ont absorbé les plus anciennes , les ont confondues entre elles et sont nées de celte confusion avec un caractère aussi général que la première. Ainsi , la logique de Descartes est obligée de conserver celle d’Aristote, si elle ne veut pas que ses résultats soient perdus , que 6es plus belles et ses plus riches découvertes , que les lois générales demeurent sans application. De l'identification complète de ces deux systèmes est née, comme nous savons, la logique transcendentale. Enfin , tous sont absorbés et vout se perdre dans la réalité logique de Hegel.

Les résultats purement théoriques ne sont que

CONCLUSION

le résumé des faits que nous avons exposés ; ils n’ont donc pas besoin d’autre démonstration.

Mais il ne faudrait pas en conclure que le dernier système est le seul vrai , le seul complet et qu’il doit faire oublier les trois autres. Nous pensons, au contraire , que tous doivent être conservés comme autant d’éléments indispensables d'une seule et même science : tel est notre résultat pratique , également fondé sur l’histoire, qui est à mon avis la meilleure et la plus infaillible de toutes les critiques. Quelques mots suffiront pour l’expliquer et le justifier.

Quand l’homme fut parvenu à un degré assez élevé de réflexion et de lumière , après plusieurs tentatives énergiques pour résoudre des problèmes qui l’intéresseront éternellement , voyant qu’U n’était encore arrivé qu’à de faibles découvertes , la question suivante s’est naturellement présentée à son esprit et ne pouvait pas ne pas se présenter : avant de chercher la vérité, ne faut-il pas savoir sous quelles formes elle peut se montrer à nous , à quelles conditions 0|i peut la trouver ? Dès lors a paru sur l'horizon du monde intellectuel une science inconnue jusqu’alors , qui porte aujourd’hui le nom de Logique. La pensée fut donc

CONCLUSION

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obligée de se détacher progressivement des objets \ pour se donner en spectacle à elle-même. C’est un immense progrès de la réflexion., qui au fond n’est pas autre chose que la Philosophie.

La Logique n'est pas complète, elle ne satisfait pas au noble besoin qui lui a donné naissance, tant qu’elle n’a pas répondu à ces quatre questions : 1° Quelles sont les formes extérieures de la vérité, les formes sous lesquelles on peut la reconnaître dans la parole ? 2° Quels sont les actes de la pensée qui nous en donnent la possession intérieure ? 3° Ce que nous prenons pour elle, ce que nous regardons comme la vérité objective en elle-même est-il autre chose que les actes mêmes ou les fonctions nécessaires de la pensée? 4° La pensée est -elle donc si différente de la vérité ou de la réalité 5 l’une peut-elle être séparée de l’autre ? L’une et l’autre ne sont-elles pas la même chose ? Chacun des systèmes que nous avons exposés répond catégoriquement et en toute vérité à l’une de ces questions, mais il n’est pas en sa puissance de résoudre les trois autres. Par conséquent , la vraie Logique, une logique complète et impartiale, doit les embrasser tousintégra-

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CONCUJSION.

lemcnt, en rejetant seulement ce qu’elles ont de négatif et d'exclusif, et en les laissant dans l’ordre même selon lequel ils ont paru successivement sur la scène de l’histoire. Telle doit être la logiquede nos jours. À nous, enfantsdu dix-neuvième siècle, à recueillir avec reconnaissance l’héritage de nos pères, sa ns les imiter dans leurs dissentions, sans renouveler leurs combats et leurs haines 5 ne leur en voulons pas même pour cela , car, ayant traversé moins de siècles, leur horizon philosophique ne pouvait pas être aussi étendu que le nôtre. C’est aussi à la France qu’il appartient d'accomplir cette œuvre de générosité et de vérité , sans soumettre sa noble intelligence au joug de l’étranger, si l’étranger se présente avec des vues de domination et d’exclusion , avec des prétentions aussi ridicules , par exemple, que celles de Hégel, avec un mépris aussi injuste que celui qu’il affecte pour toutes les autres méthodes. Ne soyons ni Grecs, ni Allemands, ni Ecossais 5 ne soyons ni spéculatifs, ni transcendentalistcs, ni empiristes 5 encore moins faut-il retournera la vieille syllogistique 5 mais que tous ces éléments soient fondus dans un seul tout : ils ont besoin

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CONCLUSION

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