OU DE LA
Démonstration proprement dite.
Ce n’est pas assez de connaître les éléments , les règles et toutes les modifications possibles du
* Œuvres de Th. Reid, trad. de M. Jouffroy, S* volume, des premiers principes.
syllogisme , il faut savoir encore à quel usage ’ il est destiné , quel résultat il doit produire pour l’intelligence et pour la science , et jusqu’à quel point ce résultat est légitime. En un mot , après avoir exposé toutes les formes et les moyens extérieurs de la démonstration , il est temps d’en faire connaître le but et les conditions premières : tel est l’objet de cette partie , qu’on a partagée , comme la précédente , en deux livres.
La démonstration et la science ne pouvant pas nous donner des conn aissa nces nouvelles , e lles ne lont que d évelop per et féconder des connaissance s préalables ; car il faut Ravoir au moins ce qu’on veut démontrer et quel est l’objet de la science qu’on veut étudier. En un mot , et pour parler un langage plus moderne , elles reposent nécessairement sur des données. Ces données sont de deux espèces : les définitions qui expriment la valeur des mots ( ri rô leyo[xivov èrri ) et les principes ou les données de l’expérience qui renferment la connaissance des choses ( 671 iarl ) ; non pas une connaissance claire et développée, mais une notion obscure et incomplète. Cette règle s’applique , sans aucune excep-
ANALYSE
tien à toutes les sciences et à tous les genres de démonstration
Il y a donc deux manières de connaître ou de savoir : l’une immédiate ( «p'sws ) et sans démonstration } l’autre médiate et par voie de déduction Ou de syllogisme (3îà ro 5 p&ou). Mais , en général , qu’est-ce qu’on appelle savoir ? Qu’est-ce qui distingue l'homme savant de l’ignorant? On sait véritablement quand on connaît le pourquoi des choses (rèStsn); quand on les a saisies dans leurs causes , dans leurs principes } quand on est convaincu qu’elles ne peuvent pas être autrement. Par conséquent, ces données primitives , ces connaissances préalables , sur lesquelles doit reposer toute démonstration et toute science, sont en même temps nécessaires et universelles. Elles sont exprimées par des propositions immédiates, évidentes par elles-mêmes, qu’on appelle du nom de principes ( àpxpcl )• De là, cependant, il ne faudrait pas conclure que telles sont réel-
‘ 1ÏX90L oioaaxaXia xal rrôiax jdftgais oiavor,TtX7i sx 7Tpoÿ^ap/<5uo^5 y(vtvx: yvuatwj.,.. ôiyîôç o avo cyxxïov rpoyivcôaxsiv : rà fih yàp ôri èarl 7rpoÿro>a^6àv£tv àvayxxïov, rà Si ri to XsySjucvov terri fymlvxi
Stï (ch, 1).
bÈ L’ORGANUM D’ARISTOTE. ÎOS
lément les premières de nos connaissances , c’està-dire que les principes les plus absolus précèdent dans la conscience humaine tous les autres faits intellectuels. Il faut distinguer deux espèce§ de priorité : l’une absolue, qui existe réellement dans la nature (npizepov tflaet , inlw; npizspov) } l’autre relative ^ qu’il ne faut pas chercher ailleurs que dans notre conscience et la succession de nos idées ( izpl Izepov xpk r.pà; ). Dans le langage de la Philosophie moderne , la première serait appelée ontolàgique et la seconde psychologique l . Il est certain ; que la cause doit exister avant les effets $ et , par conséquent , le général avant le particulier 5 car plusieurs effets émanent d’une seule cause : voilà la priorité absolue. Mais , dans la conscience humaine , dans l’ordre selon lequel se développe notre intelligence, les choses ne se passent pas ainsi. Nous commençons au contraire par la connaissance des faits sensibles et particuliers , et c’est à mesure que nous nous en éloignons que nous finissons par arriver à ces croyances universelles
1 IlpÔTîpa ô Isrl xat yvcopt /zwrspa : oj yàp r&mhy Trpônpoÿ
s r sa xat îrpo; jjjuàs r. porzfov (ch. 2).
et nécessaires auxquelles on donne le nom de principes. Cette doctrine , qu’on retrouve à chaque page de la Métaphysique, et qui sera développée plus explicitement encore à la fin de ce traité, confirme ce que nous avons dit à propos des Catégories , qu’Aristote n’a pas connu la distinction de l’à priori et de 1 Vz posteriori , dans le sens qu'y ont attaché les modernes , et surtout l’école de Kant. Mais en prenant son point de départ dans la sensation et dans l’expérience , il croyait arriver jusqu’à des principes et des idées absolues , par une suite d’observations et de comparaisons comme celles qui nous conduisent à des généralités purement contingentes (àSuvarov rô sc aSokov 6 ttopinxi èt frh 5« STror/w/r/ç *. En un mot , Y abstrait et Y absolu sont entièrement confondus dans son opinion. 11 est vrai que tout principeabsolu est nécessairementun principe abstrait $ mais tout abstrait , n’importe à quel degré , n’est pas l’absolu i 2 .
• Ch. 48.
* Aiyco oè TTf.oç ïî/xâs y.tv 7 Tpôrzpot xoti yvwptuwTspa tô lyyùrzpov rfo àiaO-faîws ^ àrrV3$ 8è rpirtpa xal yveopt/zeorepx rot Troppdmpov ; tan ôi TropptI'TXTa /xh rat xat6à\o’J //dcXtoTa ; lyyyrxrw oè rottotB éxotarx
(ch. 3. Voir ib. , deuxieme» Analyt. , liv. 1, ch. 22 , Iît. 2, ch. 15).
DE L’ORGANTJM D’ARISTOTE.
Cette nécessité d’appuyer toute science et toute démonstration sur certains principes évidents par eux-mêmes a donné naissance à deux opinions, à deux systèmes philosophiques qui semblent se combattre à leur point de départ, et qui arrivent au même résultat, la négation absolue de la démonstration et de la science. Il faut donc les faire connaître et les combattre avant d’aller plus loin. Les uns prétendent que des principes nécessaires et absolus , par cela même qu’ils ne peuvent pas être démontrés , sont de pures hypothèses 5 par conséquent, toute démonstration, s’appuyant sur eux, est nécessairement hypothétique , et la science est impossible. Les autres veulent qu’on puisse tout démontrer , et par-là ils nient l’existence des principes et sont obligés de tourner dans un cercle perpétuel. Ces deux opinions sont réellement représentées dans l’histoire de la Philosophie L La première est celle des Sceptiques sortis de l’école sensualiste d’Ionie 5 la seconde est celle des Sophistes. Il faut répondre
* Métaph, , liv. B, ch. 4. — Évfois [tlv îyv Si* ro Suv rà 'irpôyrx kitltsTcuadM iu Soxst âTtt<ro§//rj iivou. roTî S iivxi f/lv , ttAvtwv
pévTQl dtTTOÛllÇetS Ciyai(ch, 5).
ANALYSE
à ceux-là que les principes n’ont pas besoin d’être démontrés pour être certains , parce que toute certitude ne vient pas de la démonstration. Il est facile de prouver à ceux-ci que le cercle dan* lequel ils s’enferment volontairement n’est pas une démonstration , mais une simple assertion i en un mot, qui veut trop prouver ne prouve rien. Le troisième livre de la Métaphysique est presqu’entièrement consacré à la réfutation de ces deux singuliers systèmes,
Les premiers principes d’Aristote ne sont pas , comme on pourrait le croire , des jugements absolus représentés par des propositions de meme nature , niais les éléments de ces jugements , c’est-à-dire, des notions simples et abstraites, comme les Catégories. Ce sont , en un mot , les Catégories elles-mêmes. En effet , aucun autre principe n’est mentionné dans ses œuvres , si ce n’pgt celui de la contradiction qui n’est pas un véritable principe ou l’une de ces données primitives de la raison, une de ces vérités fonda-r mentales , à l’aide desquelles nous sommes mis en relation avec quelqu’autre chose que nousmêmes et le monde extérieur j il n’est qu’un critérium ou un signe de la vérité qui, par
sa nature même, ne peut avoir aucune valeur objective , aucune réalité en dehors de la conscience et de l’intelligence humaines. Quelquefois aussi, il est question des axiomes (rà a&wfiara), et notamment de celui-ci : si de deux quantités égales on retranche des parties égales , les restes sont encore égaux : hx dm ïaw «v «péfoj , fox zi loiitx 4 . Mais les axiomes de géométrie ne sont pas autre chose que des propositions identiques , dont le sujet et l’attribut expriment la même idée sous deux formes différentes \ ils doivent donc être comptés parmi les définitions auxquelles est spécialement consacré le second livre du traité que nous analysons maintenant. Mais les jlgfinitions ne sont pas des principes } elles n’ont aucun caractère de ces derniers , et , sans pouvoir être démontrées d’aucune façon , ni par le raisonnement , ni par l’expérience , elles ne sont pas non plus de pures hypothèses , mais des données de convention qui doivent être connüèTantericurementà toute démonstration 2 .
4 Ch. 7 et ch. 10. — Tà a^uo/xara 2>y dbreSs
7 Ot ftèv o jv ôpotoyx swivuroQiffsisoyôè yàp faveur] ^ eivat \îyovr to î/s $4 opojç [xivov ÇuyCcaOai oei : oauv Svruv r<j> ««va etvai ylviT*k T9 au arrtpa3//7. (ch . 10).
ANALYSE
D’ailleurs , les premiers principes ne sont pas antre chose que des connaissances absolues et nécessaires. D'un autre côté , l’absolu et le nécessaire ne peuvent pas se distinguer par leur origine , puisque tout ce que nous savons dérive de l’expérience $ ils ne sont , comme nous disions tout-à-l’heure , que les derniers termes de Fabstraction et de la généralisation. Or , il est évident que de simples notions sont des résultats plus abstraits que des jugements. Toute idée , toute connaissance vraiment digne du nom de principe se distingue par trois caractères : elle est universelle (x«rà T.dcnot) , essentielle (x«5' auto), nécessaire (xaôôXou). L’universel se comprend de soi-même 5 c’est ce qui est partout et toujours. L’essentiel, c’est ce qui entre nécessairement dans toute définition, et par conséquent ne peut pas lui-même être défini 5 ce qui répond à la question zi âm. Enfin , l’absolu , c’est la même chose que le nécessaire } c’est ce qui ne peut pas ne pas être *.
Pour que la science soit possible , il ne suffit pas qu’il existe des principes ou des moyens de
’ Ch. 5 et 6.
démonstration $ il faut aussi qu’il y ait quelque chcse à démontrer, ou des sujets de démonstration (ysvoz utoxeiuJwv). Ces derniers se divisent en un certain nombre de genres principaux , de classes fondamentales qui donnent naissance à autant de sciences particulières et parfaitement distinctes. Or, comme le procédé scientifique de la démonstration par excellence n’est pas autre chose que la réunion de deux extrêmes à l’aide d’un terme moyen 5 comme les extrêmes et le moyen ne peuvent jamais se trouver que dans un même genre , il n’est pas permis à une science d’empiéter sur le terrain des autres } mais il faut que chacune se renferme dans sa sphère , qu'elle ait ses principes et ses problèmes à part *.
De là résulte qu’il y a deux espèces de principes : les uns généraux , qui conviennent égalelement à toutes les sciences , et qui sont la base même de la vérité et de l’intelligence 5 les autres , particuliers , qui ne peuvent servir qu’à la solution
1 O’JX fcmv à>.).oD y Ivouf /AsraSdtvra Sellât, îtov ro yeu/xsrp uoj àptO/Ar.rtxrj . . . . Ex yàp toS Avt 6û yivo'Jf &v<k yxrj rà 5xpa xxi ri //{a*
ttvat (ch. 7).
ANALYSE
d’un petit nombre de problèmes i . Or, s’il ne faut pas appliquer à une science les principes d’une autre science , il ne faut pas non plus s’a-r dresser à des principes trop généraux et trop élevés, quand il s'agit d’un cas particulier. Il y a donc, outre les sciences particulières et indépendantes les unes des autres, une science générale, exclusivement fondée sur des principes généraux, à laquelle toutes les autres empruntent leur certitude , et qui mérite d’être appelée la science sou-r veraine (pvpix rèrar^p?) , ou la science par excellence {ixzh'szx ir.iivh'j-'n)- Il est de toute évidence qu’on veut parler ici de la Métaphysique , dont la composition est probablement postérieure à celle de l 'Qrganum, au moins du traité dont nous sommes occupés maintenant , car elle n’est pas encore désignée ici sous son véritable nom , celui de philosophie première (yihxjwficc rcpüxri ) , et son existence même n’est admise que d’une manière vague et hypothétique 2 .
1 Ejm S ois xpuvr ai rats à^ooetxnxats èmarfificas rx /aev. lùix
ixdtffT/jç imoriifJtrii , Ta ôè xotvà (ch. 10).
2 Ch. 9. Eaovrat &nivn>v xod imrr^/jin >5 Ixsivwv xiîfrçà
Vikvn>» , etc.
Les principes T généraux ne sont pas des êtres à part , qui existent par eux-mêmes en dehors de la nature et des choses particulières , comme les idées de Platon ou le nombre de Pythagore. Ils sont rée]s ; c’est-à-dire qu’il y a véritablement dans la nature des qualités fondamentales et communes à tous les êtres , ou des éléments substantiels sans lesquels rien ne saurait exister ni être conçu ] mais leur existence est étroitement liée à celle des qualités contingentes et individuelles. En un mot , ils nous représentent l’unité dans la pluralité (to h xarà soÀXeôv) , dont l’une ne peut se concevoir sans l’autre. Voilà encore une doctrine qui occupe une grande place dans la Métaphysique , où l’on démontre que l’unité sans la pluralité , que la raison sans l’expérience conduit nécessairement au panthéisme abstrait de l’école Eléatique, et que la pluralité sans l’unité, ou l’ex- > périence sans la raison , a pour résultat inévitable le phénoménalisme absurde des derniers représentants de l’école Ionienne *.
Les principes particuliers ne sont pas autre chose que les principes généraux présentés sous
' Ch. 18 et 11. Analyt. , lir, 1. — Alétaph. ,liv, B. et
pasiim,
ANALYSE
une forme moins abstraite et renfermés dans une sphère déterminée. Ils ne sont donc ni moins certains, ni moins nécessaires que les premiers. Toutes les questions qu'ils peuvent servir à résoudre se divisent en deux grandes classes : les questions de fait (rô en) , et , s'il est permis à la logique d’emprunter cette expression à la jurisprudence et à la morale, les questions de droit (rè Store) , qui ont leur source dans le désir d’expliquer par la raison les faits qui nous sont livrés par l’expérience. Or, la raison est pour ainsi dire le code de la nature. Ces deux sortes de questions sont étroitement liées entre elles , car il n’y a point de fait qui n’émane d’une cause ou d’une loi, et de leur côté les lois et les causes ne sont connues que par les faits. Cependant, elles se partagent entre des sciences bien différentes : les premières appartiennent exclusivement aux sciences naturelles ou physiques, qu’on appelle ici les sciences Esthétiques (rè [ùv Sri rwv <mSyirtxwv èiSévat) , sans doute parce qu’elles reposent sur le témoignage et les impressions des sens (àw&r/îiç) , comme Kant a appelé Esthétique Transcendentale sa théorie des lois de la sensibilité : les autres { sont particulièrement du domaine des sciences
mathématiques (rb 3s Swti rwv jxzSïîfjtarixtSv) , qui ne reposent que sur des abstractions de la raison , ou sur des idées générales que l’observation des sens ne peut pas fournir 1 . De là résulte que les physiciens , ou les naturalistes , toujours occupés de faits minutieux, s’élèvent rarement à des idées larges et à des principes d’une certaine hauteur, tandis que les mathématiciens et tous ceux qui demeurent dans les généralités sont ordinairement privés du talent de l’observation ( oi rà xaûéfov ôeMpovv rs; mfàtxxis êvix twv xaO êxavrov ou* fa aai Si o&eitvnutyîM ). Ces belles paroles n’ont pas encore cessé d’être vraies et le seront dans tous les temps , jusqu’à ce que l'on ait réuni les sciences de l’observation aux sciences du raisonnement , et que les unes aient obtenu la même considération que les autres. Si , à ces deux sciences , c’est-à-dire , à la physique et aux mathématiques , l’on ajoute la philosophie première, dont il a été question un peu plus haut , on aura la division générale des sciences spécu-
1 Tô Stin Si*<j?£pei x«l rb Stdrt krlrrkiOca . . . . ro //èv 8n rSv •nxôôv iiozvti : t& oè 2t£nrûv //.xO^xttxôâv o'Jroi yàp tyojai tmv àmwv rxf àrrooEtqît* , xxt noWxxii itx taxai ro 2rt, etc. (Ch. 13.)
ANALŸSE
latives , telle qu’on la trouve fréquemment dans la Métaphysique L
Les sciences naturelles sont plus tacites et doivent être nécessairement les premières dans le temps ou le développement de l’intelligence humaine , parce que c’est à l’induction à nous fournir les généralités qui font la hase du raisonnement. En revanche , les sciences mathématiques sont plus dignes du nom de sciences 3 elles sont plus certaines et plus rigoureuses dans leurs résultats , parce qu’elles n’ont qu’à déduire les conséquences de certains principes évidents par eux-mêmes. Voilà pourquoi la première figure du syllogisme , c’est-à-dire , le syllogisme dans toute sa régularité et sa perfection , est la seule forme qui leur convienne 2 . Les mathématiques ont d’ailleurs un autre avantage , c’est celui de parler aux sens par le moyen des figures, sans avoir le même inconvénient que les sciences
4 H fA.iv çuaixJi wtpl à^ciptaTa ptiv âW im s dcx£vï)Tat, rrçs 5s /xxnxyjj evt« Trepl dtxtvr.r* //èv iu ^copiora 8 tao>S , oè rpûnj xaù Trspt Xjupwrà xal àxtv^ra : toart rpziç «v itzv yiloaooLai GsupqTtxai /xaOnjjarvài y <puaoui , 0so>oyix7j (Mélapli. , liv. E* èh. 1).
* Twv 9£9)/i&rôv imar/iftoytxôv fu&Xiora ro -pwrov irriv. &irt
Î1E L’ORGAISUM D’ARISTOTÉ.
naturelles , c’est-à-dire , sans cesser pour cela d’ctre des sciences démonstratives et de raisonnement. Les vérités qu’elles enseignent , on les voit , mais c’est avec la pensée (rauta u èazlv olo» éj omi rn vcwjei).
De même qu’il y a deux espèces dé sciences , les unes fondées sur l’observation et les autres sur le raisonnement , il y a aussi deux espèces d’ignorance : le paralogisme, ou l’ignorance par transposition (àyvotst v.xzi JiaSsatv)' , et l’ignorance proprement dite, ou par négation (àr/voia xotà àtto~ <p *nv). La première résulte d’un raisonnement vicieux , d’un syllogisme dont les termes ou les propositions n’ont pas été disposés selon les règles. La seconde vient de la privation d’un sens ou d’un défaut d’observation *.
Puisqu’il n’y a que deux objets que l’homme ait la puissance et le désir de savoir : les faits et les causes $ puisqu’il n’existe par conséquent que deux sortes de science et d’ignorance , il ne faut pas admettre plus de deux moyens de
yip /jtaOn^arlxal rûv imarnpûy 5ià rtrho j olpwm ris imotC^us (ch. 14).
* Ch. 16.
ANALYSE
connaître : la démonstration et l’induction , dont l'une nous conduit du particulier au général , ou des phénomènes sensibles aux principes les plus élevés de l'intelligence 5 et l’autre du général au particulier , ou des principes à leurs conséquences 1. Cependant , comme la première , c’est-à-dire , le raisonnement proprement dit , peut admettre deux formes différentes : la forme logique ou directe ( ïrr/mûs , Sei'xtixà ) et
la forme analytique, ou la réduction à l'absurde ( moikjru&t , àizsc/ay/ri étç aBvvarov ) , on pourrait compter à la rigueur quatre sortes de démonstration , opposées deux à deux $ savoir : le syllogisme à l'induction, et la démonstration directe à la forme analytique 2 .
Après avoir distingué ces quatre chemins qui
4 Movrdtvojutv rj , 7j dc7roo«£Çtt : e<m S /aèv àinSôeiîjtj ix
râv xaOiXou : >5 c €7rayc»)y^ Sx tûv xarà ptfpos (ch. 18),
tr ^
3 O utt.s 5 dtîToûet^Süij rli [àIv xotOiXo'j : TŸ.i GÏ xxzz ptipos : «cl Tris ptb xaniyopow-j tüî Si erspHTixês , à/xçiaênTîÏTsa rrirîpa êtMat (ch. 24. — Les chapitres précédents, depuis le 18* , démontrent pour tous les cas possibles ce que l'on a déjà établi d’une manière générale au commencement de ce traité : savoir , que le nombre de principes et de moyens ne saurait être illimité.
t)E L’ORGANÜM D’ARISTOTE* 11?
se croisent et qui tous , cependant , doivent nous conduire à la vérité, la question est de savoir lequel est le meilleur , lequel est à la fois le plus sûr et lé plus court ; et c’est d’abord entre le syllogisme et l’induction qu’il faut choisir. Or, il semble , au premier coup-d’œil , que l’induction vaut mieux que le syllogisme, parce que nous connaissons avec plus de précision les faits que nous avons observés} nous nous faisons une idée bien plus claire des choses que nous avons éprouvées ou vues de nos propres yeux. Ensuite, l’observation des faits particuliers ne peut pas nous faire illusion comme les principes généraux sur lesquels se fonde le raisonnement , et nous porter à admettre des réalités en dehors de la nature, à prendre des abstractions pour des êtres, à l’exemple de Platon et de Pythagore. Mais, en vérité , il faut préférer la démonstration par syllogisme ( -h itoSôXou imàtilis ëeXriW tyk stsrri (tépoç ) : 1 0 parce que les choses particulières sont péris" sables , tandis que les généralités , comme les genres et les espèces, subsistent toujours ; 2° parce que les idées générales nous représentent la cause et l’essence des choses} ce qui constitue le vrai savoir , comme nous l’avons dit un peu plus haut
ANALYSE
3° enfin les faits particuliers sont illimités en nombre, et par conséquent ne peuvent pas se prêter à une démonstration rigoureuse 5 en d’autres termes , il est plus facile de trouver les principes du syllogisme que ceux de l’induction et de l’observation. Voilà qui prouve encore une fois, d’une manière évidente, la prédilection d’Aristote pour la forme syllogistique , dont il est l’inventeur 5 mais qu’on ne vienne plus nous dire qu’il ne connaissait pas l’induction dont il détermine avec tant de justesse le caractère et les fonctions, et qu’il met si bien à sa place dans les sciences naturelles , où Bacon n’a fait que la réintégrer avec une pompe et une dignité auparavant inconnues l .
Le syllogisme étant reconnu le meilleur moyen de démonstration , ii est facile de prouver que la forme directe doit être préférée à la forme indirecte , ou la réduction à l'absurde. Car , en quel cas une proposition est-elle absurde ? c’est lorsqu’elle est en contradiction avec les principes
* O xaOtJXoM liowç /aAXXov oiSsv 7j r tÎTràp^a rf ô xarà \ti poç. — MàWov Si toû àirio'j xai toü Sià rt !<mv >5 xxOôïoj (cil.
25, 26 et 27).
généraux de toute démonstration , c’est-à-dire , avec les prémisses du syllogisme direct : donc celui-ci est nécessairement anterieur et doit servir de base à toutes les autres formes. D’ailleurs, une démonstration est d’autant plus sévère et plus forte qu’elle a moins d’hypothèses, de postulats , et de prémisses de toute espèce, c’est-à-dire qu’elle conduit plus brièvement au résultat } ce qui n’est pas le caractère de la réduction à l’absurde En résumé , la science la plus certaine et la plus complète est celle qui embrasse à la fois les faits et les causes. Mais lorsque cette réunion n’est pas possible , les sciences abstraites , celles qui traitent des principes et des causes , ont l’avantage sur les sciences de pure observation qui n’ont pour objet que des faits 1 2 . Car les faits nous sont donnés par la sensation qui varie suivant les temps , les lieux et les circonstances (âcsOarveaOxi soayxaîov rô oè ri xa'i itoü ym vvv) , tandis
1 H ôià tûv éXarr6vïi)v «ïrôostçis OsXtIcov rûv àilwy rüy àjrüv ÛTxpx&vmv (ch. 27, 28).
2 Ch. 50 et 31. — Dans les chap. suivants, jusqu’à la fin du premier liv. , on fait connaître la différence de l'opinion (Î4Ç*) ,et de la science (fcrwr^pi) , dont il est traité avec bien plus de développement dans Us Topiques, liv. l,ch, 1,2,5.
ISO
ANALYSE
que les principes sont universels , et par conséquent nécessaires.
En laissant de côté les répétitions , les détails inutiles et les preuves superflues qui ne manquent pas dans cet ouvrage, voilà , si je ne me trompe, à quoi se réduit la doctrine d’Aristote sur le but général de la démonstration et les principes proprement dits. 'Voilà aussi ce qui fait la matière du premier livre. Mais les principes généraux ne sont pas, comme nous le savons déjà , les seules conditions de la démonstration et de la science 5 il y en a d’autres dont la nécessité est tout aussi incontestable } ce sont les définitions auxquelles le second livre est exclusivement consacré. Il n’existe pas un seul texte qui puisse même nous faire soupçonner qu’Aristote ait ainsi morcelé tous ses ouvrages par chapitres et par livres, lorsqu’à chaque instant il renvoie ses lecteurs de l’un de ses ouvrages à l’autre, en les désignant par les titres qu'ils ont conservés jusqu’aujourd’hui 5 mais la division dont il est question maintenant n’en est pas moins fondée en raison , et la lecture la plus superficielle suffit pour la faire trouver.
La définition (ôpiv/Mç) est l’expression des qualités essentielles d’une chose ou de sa nature spécifique. Elle répond à la question ti «rri ; de là celte expression -h n «rd , par laquelle on la désigne quelquefois. Des qualités essentielles sont des qualités générales et nécessaires par lesquelles on se rend compte de tous les faits particuliers. Or , comme on l’a démontré précédemment , les idées nécessaires , les idées universelles ne sont pas les résultats, mais les moyens et les principes de la démonstration , c’est-à-dire, du syllogisme. Par conséquent , les définitions ne peuvent pas être démontrées 5 elles méritent d’ètre comptées au nombre des principes et nous sont fournies, comme tous les autres , par l’observation et l'induction , car il est impossible de remonter aux causes si l’on n’a pas d’abord étudié les faits *.
Mais il faut distinguer deux espèces de définitions : les unes immédiates (àu^ec), exclusivement
1 Qxvîptv éüTtv Sri t4 èom iim r» Ti sari xsti ôià rt Dr!. — () ; irpoTspov tô oién ôuyxtov yvuptazt toO Sri (ch. î, 2 , 3). — Dans 1rs chapitres suivants, jusqu’au huitième, on essaie de démontrer que les définitions ne peuvent être prouvées d’aucune manière, ni par voie de syllogisme, ni par voie de division, ni par d’autres définitions.
lis
ANALYSE
compos ées de catégor ies , nous font vraiment connaître l’essence des choses et leurs causes les plus él evées. Les^utas^jaédiales (ftémv ^ovra), n’expriment que des qualités et des propriétés secondaires. Les premières seules sont désignées du nom de principes et doivent être considérées comme les définitions par excellence. Les autres ont besoin de démonstration et ne diffèrent que par la place qu’elles occupent de la conclusion d’un syllogisme (?jj Os-rst dtaepéptov rfe àTroÔEt^swç). Ces deux genres de définition ont été appelés par les logiciens modernes desjdéfinitions de choses. Aristote les désigne également par une expression commune Q.lyoç roü rt è-rrl) ? pour les distinguer des définitions de nom Q.cyoç roü rt artfjjâvti ^ ou simplement Hyai ovofwrrw&îç) , qui font seulement connaître la signification des mots 1 .
Puisque toute définition vraiment digne de ce titre nous fait connaître le principe de la chose définie et n’est que l’explication d’un fait
1 Ch. 8 et 9. — Tô>v rt tirirx jxiv à t uia<x. à p/jxi itfftv. Twv
à è^àvTcov fii(j ov xai wv ivri ti ïrtpov àmov r^î 6'joicti £arl ot 'Irrood-
Çsus (ch. 8). — Le chapitre neuvième renferme la distinction des définitions de nom et des définitions de chose.
par sa cause , il faut , avant d'aller plus loin , déterminer la signification de ces deux mots et classer avec méthode les idées qu’ils expriment.
Or, toutes les causes , tous les principes que la raison peut concevoir se divisent en quatre classes : 1 ° la cause formelle, ou les qualités qui représentent l’essence des choses ( -fj ri w élvat ) ;
2° la cause logique qu’on désigne plus généralement sous le nom de principe, et dont les effets
sont des conséquences ( rà nvwv Svrwv moc/tu/i tout hvat ) ; 3° la cause efficiente ou le premier moteur ( t! ti pümv èxlwAs ) ; 4“ la cause finale ou le motif d'une action libre (rô nvoçivexa). Toutes peuvent être démontrées jusqu’à ce que l’on arrive aux causes premières qui sont précisément les moyens de toute démonstration et qui font l’objet de la Métaphysique, où elles sont effectivement reconnues tontes quatre et désignées sous les mêmes titres , à l’exception de la seconde qui est remplacée par la cause matérielle ( » fitoj «à
V7T0 XStUSVW ) •
Ce n’est pas assez de connaître le but et le
’ Ch. 10 et 11. Compar. ces chap. arec le troisième du lir. 1 , et le premier do quatrième lir. de la Ittéiaph.
ANALYSE
caractère général de la définition , il faut encore savoir comment elle doit être composée et quels sont les termes qui ont le droit d’y entrer. Or, si toute définition est l’expression de l’essence des choses, et si d’un autre côté toute qualité vraiment essentielle est une qualité générale et absolue , il est évident qu’elle ne peut admettre que des termes de même nature. Mais il faut que dans leur réunion ils n’expriment que l’essence ou la nature d’une seule chose. En un mot , si l’unité est la qualité fondamentale de toute proposition, elle est surtout celle de la définition h
Pour trouver ces termes et les fondre ensuite dans un tout aussi homogène et aussi parfait , il faut avoir recours à deux procédés, l’observation et la classification, dont Aristote a parfaitement compris la nécessité , mais pour lesquelles il n’a pas laissé de règles assez précises. C’est de la dernière qu’il est question d’abord: elle consiste à diviser un genre dans ses espèces , un tout dans ses parties, ou une idée concrète
1 Tôt «</ra Xtitttcov wv exxarov /Av fal rrXfov uràf£u, àîravra ôè lire i:\iov : TathT 4 v yàp Âvayx7j ôuotav etvai roy rpay/Aaroî (ch. 12).
dans ses éléments abstraits ; à disposer ces éléments dans un ordre continu , d'après leur généralité et leur importance , et à choisir parmi eux les termes les plus propres de la définition , eux qui conviennent à tout le défini et au seul défini (Surs TtXsîbv Trpôaxsirat , Surs àixoAemt en un mot , ce que les logiciens modernes ont appelé le genre prochain et la différence prochaine. L’observation consiste à étudier séparément les individus et les faits particuliers, à saisir leurs ressemblances et leurs différences , afin d’arriver à une classification exacte et à une définition claire : car la perfection d’une définition est dans sa clarté, comme celleaune démonstration consiste dans sa rigueur. Par exemple, si je voulais définir la fierté, j’observerais séparément tous ceux qui ont été doués de cette qualité : Achille , Ajax , Alcibiade , pour savoir ce qu’il y a de commun entre eux , et j’arriverais à cette conclusion , qu’elle consiste à ne pas tolérer une injure. Puis j’observerais d’autres hommes, comme Socrate et Lysandre, qui ont également fait preuve d’une âme noble et fière, et je reconnaîtrais qu’il existe encore un autre germe de fierté qui nous rend indifférents à la bonne comme à la mau-
ANALYSE
vaise fortune. S’il y a de la ressemblance entre ces deux qualités, je les réunis en une seule qui les embrasse l’une et l’autre 5 s’il n'y en a pas , je les laisse séparées. Par conséquent , l’observation doit nécessairement précéder la classification *. Cette méthode n’est pas seulement propre à la définition , elle est aussi la seule qui puisse nous conduire à la solution d’un problème ; et , en général , tous les faits particuliers doivent être ’j expliqués par les faits généraux auxquels ils sont immédiatement subordonnés , et ceux-ci ne peuvent être connus que par l’observation et la comparaison des premiers.
Avant de terminer son traité de la démonstration , il semble qu’ Aristote éprouve le besoin de
* Ch. 12 et 13. Etî Ôî TO ** TXOMJ&qilV ipov oti TOÜ àtwps-
aiuv , rpîuv St? «D/àïtsOat , etc. — Zérîtii ou fanSXcRBytn tiri ri lima xai à&uif opx rpwwv n Sravra rai/riv trouât. . . . ofoy ù ri tort , etc.
Le chapitre quatorzième D’est guère que la répétition des deux précédents. Il traite de la relation de cause à effet ; il prouve que chaque chose doit être expliquée par la cause la plus prochaine. D'où résulte que toute science doits’appujer sur des définitions (jriiai «it imsnijttai il ipü/toj yiyoyrau). On veut sans doute parler des sciences de raisonnement.
soulager sa conscience d’un poids importun.
Ayant établi qu’il est impossible de rien démontrer , si l’on ne part de certains principes universels et évidents par eux-mcmes ( crt uiv oux èvSéysrxt èni'Tzx'rOxt St xiroSe «;£»£ pi ytyrf/jmvci ri i? ztpüzxg xpyxi t«î xuhovç ), on dirait qu’il craint que cela ne ressemble un peu au système des idées innées , contre lequel il nous a déjà prévenus plus d’une fois dans le cours de cet ouvrage. 11 essaie donc de se mettre à l’abri d’un tel soupçon. Les principes , dit-il , ne sont pas des connaissances toutes faites dans notre esprit , qui surpassent toutes les autres en vérité et en clarté ; mais nous les faisons nous-mêmes , et voici comment : nous commençons par saisir les choses individuelles et les faits particuliers , au moyen de la sensation. Ces premières données demeurent dans notre esprit . et la sensation devient ainsi la condition du souvenir. Puis les mêmes souvenirs fréquemment reproduits donnent naissance à l’expérience. Enfin , en recueillant ce qu’il y a de commun entre tous les objets de l’expérience , en nous élevant successivement d’une généralité à une généralité supérieure ,
ANALYSE
nous obtenons tous les principes de la science et de l’art : ceux de l’art , quand nous cherchons à produire , quand nous entrons dans le champ de l'action $ et ceux de la science , quand nous restons dans les limites de la spéculation, il est donc évident que toutes nos connaissances nous viennent de la sensation \ mais nous avons en nous la faculté de les généraliser et de les élever au rang des principes par le moyen de l’induction. Cette faculté inductive et abstractive , s’il m’est permis de l’appeler ainsi , c’est l’intelligence (vous), que l’on considère dans le traité de Pâme comme une force immatérielle et immortelle. 11 est à remarquer qu’elle joue absolument le même rôle , qu’elle porte le même titre, dans le système d’Aristote, que la raison dans celui de Kant : elle est la faculté des principes ( das V ermœgen der Principien ). Cette théorie , que l’on retrouve tout entière dans les premières lignes de la Métaphysique , est donc très-bien formulée par le fameux adage de l’Ecole : Nihil est in inlellectu quod non prias fueril in sensu. Et même . on ne blessera pas plus la vérité historique que la vérité philoso-
phique , en y ajoutant celle sage restriction de Leibnitz : Nisi ipse intellectus 4 .
Et nous , avant de quitter cet ouvrage si compliqué par ses innombrables détails, mais qui renferme ce qu’il y a d’essentiel et de vraiment original dans la Logique d’Aristote, nous croyons qu’il est nécessaire d’en retracer en quelques mots le dessin général.
Le traité des Analytiques doit renfermer toute la science de la démonstration , et tel est le titre sous lequel il est expressément désigné.
Cette science est divisée en deux parties si bien
1 Mon but n’était pas seulement d’analyser; j’ai voulu expliquer le chapitre qui renferme celte théorie. C’est le dernier et sans contredit le plus important de l’ouvrage. Ou pourra du reste juger de ma fidélité par les textes suivants, qui en représentent la substance : Ex ph ouv yivrrxi
ft'STijjtT } , cotJTTsp \iyopiv : èx oè JA .vtprs TroXXixif tou dct/TOW yivopiinfc ifxmiplai ; ch yàp ;roXXal piv^/iai tcô àpiO/Aw è/mip£a julx èoriv • èx Si Ijxnuplaç i) èx ravros ^ptpufaavros ro ù xxOoXo-j iu «nf Trapà rà roXXà , S av èv arraatv ïv èvrf ixttvotÇ ro iurb , àoyii
xol'l lm'rrrifjLr l ç ôr;Xov orj en jj/xTv rà îrpê>ra lirayupf yveopiÇ siv
àvacyxaîov ; xxi yàp >* out» to xa04Xoo c/ATrotet.... fcrtl 5 àt/-
osv àXr,0ftrr5pov bûèyzTXi E’.vxt Imrrnur.ç r t vo5v , uoûç av «kj rcôv
àpX'^v.... voyj irrtTnÇur.s àoyvj (ch. 15, liv. 2, deuxièmes Ana-
ANALYSE
distinctes qu’on pourraità la rigueur les considérer comme deux traités à part. Dans le premier il n’est question que de la forme de toute démonstration , ou du syllogisme ; dans l’autre on s’occupe de la démonstration elle-même , c’est-àdire, de ce qui en fait le fond et la base.
Dans le traité du syllogisme, vulgairement appelé les premières Analytiques , on considère trois choses : c’est d’abord l’ensemble de sa construction , puis les matériaux qui doivent y entrer , et enfin le moyen de les dégager de tout ce qui leur est étranger ou de les ramener à leur forme scientifique , quand ils ne sont pas clairement et explicitement désignés.
Le traité de la démonstration proprement dite, vulgairement appelé les secondes Analytiques , se divise en deux parties, dont on a fait deux livres : le premier s’occupe des principes et le second des définitions. Or , les définitions et les principes sont, dans le système d’Aristote, la base et le fond de toute démonstration.