‹ Esquisse d'une histoire de la logique précédée d'une analyse édendue de l'Organnum d'AristoteChapitre 10 sur 21 · première partie · texte numérisé non relu

première partie

Sous ce titre , nous comprenons les Topiques { rà romzi ) et les Arguments Sophistiques ( ot oapwrucoi Dlyyoi)^ qui forment incontestablement deux traités à part dans la pensée de l’auteur , ainsi que nous le démontrerons ailleurs , contrairement à l’opinion de quelques critiques 5 mais qui dans la réalité se confondent en un seul et même ouvrage. Nous parlerons d’abord des Topiques.

ANALYSE

Leur authenticité a été mise en doute par les raisons suivantes : 1 ° parce que Diogène de Laërte ne les compte pas au nombre des ouvrages d’Aristote ; 2° parce qu’ils ne ressemblent nullement aux Topiques de Cicéron qui , cependant ne voulait être , comme il l’écrit à son ami Trébatius , que l’interprète et l’abréviateur du philosophe grec. La première de ces raisons est fausse , car l’ouvrage dont il est question maintenant est expressément mentionné , comme nous en avons déjà fait la remarque , non pas dans la liste, mais dans le texte de Diogène : ffpiî vr,'j èvpsmv zi rom /À /xi psSiotxcc r.xpt<hû/e. Psous répondrons à la seconde que Cicéron n’a jamais eu la prétention de donner un résumé fidèle de l’ouvrage d’Aristote , puisqu’il avoue lui-même n’avoir écrit le sien que sur de vagues souvenirs et pendant son voyage sur mer pour aller en Grèce. D’ailleurs , il est impossible de récuser le propre témoignage de l’auteur qui ne nomme aucun des ouvrages qui occupent dans la liste de Diogène la place des Topiques , tandis que ce dernier nom est cité et dans la Rhétorique , à propos de la distinction de l’exemple et de

DE L'OftGANtJM D’ARISTOTE. 138

l’enthyméme * , et dans le traité de l’Interprétation a , à propos de la demande et de la réponse dialectiques, et dans les Analytiques où il est question du même sujet 1 * * * 5 , et dans une foule d’autres passages qu’il serait trop long de rapporter. • *

Quant à la signification du titre , il serait assez difficile de s’en rendre compte , si l’auteur lui — même n’avait eu soin de la déterminer. Il résulte ' de son explication que le traité des Topiques est ainsi appelé , parce qu’il est comme une sorte d'itinéraire mnémonique qui nous trace la route que nous avons à suivre dans la discussion et nous indique la source des différents arguments, j Or , pour se rappeler plusieurs choses , il faut seulement reconnaître le lieu où elles se trouvent, (xaûal-tp iv rôt pr,pv ixû iiivo'j ol zimi z *9évr«s iJj'ji

1 Tî< o tort o tx'fopà rfapaôetyuxros xal cvO ç> 4Vcpov i/,

twv Tomx'Sv (Rhét. y liv. 1 y ch. 2).

* E/. oyv >5 èpaitnatî $ 6ux\îxTtx7] âïroxptffcuÿ c<mv àirrpiç y etc. — • E/firrai iv toî; To7rwûti itspi âvrôy (de Interp. , ch. il , édit#

Buhle; ch. 2, lir. 2, édit, ordinaires).

5 2u>^oytÇo«îvu Q€ rov ipaivoj filvov xat ivoô«;o t , xaA&nsç h Tor« TorixoZfc *tpr t rxi (Aualyt. prior. 9 liv. 1 t ch. 1)#

ANALYSE

mwvaiv ovni uwtUGvvjsrj) C’est ainsi du moins que Cicéron a interprété ce passage, assez obscur pour embarrasser même les commentateurs grecs : Ut igitur earum rerum quœ abscondita sunt demonstrato et notato loco facilis inventio est , sic , cùm pervestigare argumentum aliquid volumus , locos nosse debemus. Sic enim ap~ pellatœ ab Aristotele sunt lue quasi sedes è quibus argumenta promuntur <î .

Cet ouvrage qui renferme toutes les règles et une classification complète de tous les arguments de la discussion , est quelquefois désigné sous le nom de Dialectique (r, AtaXnrnxè, de oux/.r/svSxc et de Sia&er/o; ) , parce que toute discussion est nécessairement un dialogue. Ainsi , l’on trouve au commencement de la Rhétorique que cet art n’est qu’une partie de la Dialectique, ou du moins qu’il lui ressemble beaucoup' car ni l’un ni l’autre ne peuvent nous instruire d’une manière positive et certaine ; mais ils nous donnent les moyens de parler , de ne pas rester courts sur quelque sujet que ce soit (ion piptov ni A «r-

• Topic. , lir. 8 , cl). 12.

’ Cicer. , Topic. , § 2.

'tey.rtxrjs xàt ôfXOKti [tx ; mpl ôiàévosyàp (apnptvou hv- 3ir tpx à'JTÛv èttiv èmorripyi r.üg tyti , àXkà o-jvxuzig Ttvèç toû frootaai Xôyov;)^. Or, c’est à peu près dans ces termes qu’on expose le sujet des Topiques. « Le but de ce traité est de chercher une méthode qui nous fournisse une solution probable pour toutes les questions qu’on peut soulever en notre présence 2 . » Ce nom est encore employé pour désigner le même ouvrage dans la Métaphysique , dans les Analytiques i dans les Arguments Sophistiques et les Topiques euxmèmes. Enfin , aucun historien de la Philosophie, aucun commentateur ou apologiste d’Aristote n'a jamais parlé d’un ouvrage intitulé Dialectique , qui ne fût pas compris dans l 'Organum et arrivé jusqu’à nous. La place des Topiques est véritablement entre les Analytiques et les Arguments Sophistiques avec lesquels ils forment un système complet, comme le prouve un passage de ce

% Rhét. , liv. 1 , ch* 3.

* H piv tt pôOioiÇ Tifc Trpay^ta'f&iaÿ , /a£0ooov iupsty, x'f r.s ouvr,oüptETa ircpl ït<£vt 6 j to5 nporidfvroç npo €\j/ixroç <4

iySéÇcov.*.. (lir. 1 , ch* 1).

ANALYSE

dernier traité que nous avons déjà cité dans une autre occasion *.

Cette partie de la Logique ou de la méthode , dont l’objet nous est à présent suffisamment connu , se recommande à l’attention du lecteur par les avantages suivants :1° Elle peut servir comme simple exercice d’esprit ( r.pbç yopvzviani) ; 2° en nous obligeant de nous familiariser avec les opinions et le* théories des autres , elle nous offre le moyen de nous entendre avec eux (îrpôç t « ç èvrev^siç) ; 3° par l’habitude qu’elle nous donne d’examiner en toute chose le pour et le contre , elle sert les intérêts de la vérité et contribue aux progrès des sciences philosophiques (izpoç ràç xaTz ydoaap Lxv Èjrwrwfw^) 9 .

§ 1 er . Avant d’exposer toutes les règles et tous les artifices de la Dialectique , il faut résoudre quelques questions préliminaires : il faut d’abord que nous sachions au juste quelles sont les matières de la discussion ( -p<x tJxhx xai mîx

1 Argum. SopliiM. , «h. 2.

* Liv. t, ch. 2.

DE L’ORCANUM D'ARISTOTE. 137

ii l'SÛsynMi ) , ou bien quelles sont les idées qui entrent généralement dans nos discours ( ex Tfvwv 61 liyoi ) ; car ces deux choses se confondent nécessairement *. Nous serons obligés de rechercher ensuite à quelles sources nous pourrons les trouver et ce qu'il faut faire pour les avoir toujours à notre disposition ( jrwç tovtwv èvmpmouev , tmoç i.vbviifsx ). Le premier livre est tout entier consacré à la solution de ces deux questions.

Or, 1 u les matières de la discussion , aussi bien que du raisonnement démonstratif, du syllogisme en général , consistent dans les propositions ( nporolaeu; ) et les problèmes ( ■npoS)Jipaxa ,') , qui sont au fond la même chose ; mais on les distingue par leurs formes ( r<û rpsrrw ) , alors même qu’elles seraient toutes deux interrogatives. Par exemple , si l’on demande : L’homme doit-îl être défini un animal raisonnable ? Ces termes exprimeront une proposition. Mais qu’on pose la même question de la manière suivante : L’homme doit-il ou ne. doit-il pas être défini

’ Êrrt Si i«t xsti T* imi . , iç »v Tî ot liyoi t-xi rrspl àv il

«uUoytu/ioi (liv. 1 j eh. 3).

158 ANALYSE

un animal raisonnable ? Elle devient alors un problème

Les matières de toute proposition et de tout problème sont les quatre suivantes : la définition 3 le genre , le particulier et l'acci den tel. On entend par définition ( c pwpo?) ce qui exprime les qualités essentielles (rô ti «v levai ) ou la nature spécifique d’une chose ; elle doit remplacer le nom, c’est-à-dire, elle doit servir indifféremment de sujet ou d'attribut j cette identité en est la condition première. Le genre ( to yévo;) embrasse plusieurs espèces dont chacune a sa définition distincte. Le particulier, ou les qualités premières ( to ïSiov), peuvent être exprimées, comme la définition , par une proposition réciproque ( MToucnyopefrai roü r.pxyixxroz ) ; mais elles ne conviennent qu’à une seule espèce , sans faire partie de son essence : c’est ainsi qne la faculté de rire est particulière à l’espèce humaine. Enfin , l’accidentel ( mfjSeêwk ) peut être ou n’être pas, sans que rien ne soit changé dans la nature des choses ] c’est la rencontre fortuite d’une certaine

* Ataoîpet & to 7rpé&y?piâc xai ri rporaais tc 3 rporw (ch. 5 Ct scq).

qualité avec un être auquel elle n’appartient ni essentiellement ni particulièrement f. Voilà ce que l’auteur appelle les quatre différences ( ai rémcpeç Siaspopat ) et qu’on a nommées plus tard les cinq voix de Porphyre , en y ajoutant la différence ( Statua ) , qui n’est point considérée ici comme une classe à part, mais comme la limite qui sépare un genre d’un autre. Les Différences sont moins générales que les Catégories } car il faut nécessairement qu’elles expriment ou une substance , ou une quantité , ou une qualité , ou tel autre de ces dix éléments de la pensée. On pourrait dire que les premières sont des Catégories logiques et les autres, celles qui portent plus généralement ce nom , seraient des Catégories méthaphysiques 2 .

Pour démontrer que les idées qu’on vient de nommer embrassent réellement tous les éléments

' Ch. 4 Ct 5 : rispt to y Spo'j , tou yivovç, tou tôfou t ou cr u/i-

2 Àtlyàp t?> <rjfAêt€r,ibs x«l tô yivofxcd rb totovxociô opt'rj/bg i y /dt. Twirciiv rô)v xoLTrflopiuy» tarai (ch. 6). Âristolc a dit , en peu de mots, tout ce qu’il fallait dire de cette distinction, ct Vint réduction de Porphyre est assez inutije *, voila pourquoi nous n’en avons pas parlé.

ANALYSE

du discours ou les matières de toute proposition, on peut se servir indifféremment du syllogisme ou de l'induction , qui sont les deux formes générales de l'argumentation dialectique , aussi bien que de la démonstration logique (rà «8 r, twv Vrywt Stakxnxüv éam zi fih ènayur/fi , ri Sè avïloyivuis) • On le prouvera par induction , en considérant séparément un grand nombre de propositions et de problèmes , et en s'assurant qu’ils ne sortent pas du cercle déterminé. On le prouvera par syllogisme de la manière suivante : Toute proposition est réciproque , ou ne l’est pas ; si elle est réciproque, c’est une définition ou une proposition particulière , qui toutes deux ont cette propriété, à l’exclusion de toutes les autres. Dans le cas contraire , elle ne peut être que générale ou contingente } elle aura pour sujet un genre ou un accident *.

Mais il ne suffit pas d’avoir déterminé la nature et les éléments de la proposition en général ; il faut que nous sachions surtout quelles sont les propositions et les problèmes dialectiques. Or, il est certain qu’il faut exclure de la discussion ce

1 Liv. 1, ch. 7.

DE LORGANUM D’ARISTOTE.

qui est admis par tout le monde, et ce que personne ne saurait admettre (rô r.âm yocvepoy xai rà piïsvi Soxoüv); en un mot, ce qui paraît évident ou absurde : le premier , parce qu’il n'a pas besoin d'être défendu 5 le second , parce qu’il ne peut pas l’être. Donc , la probabilité seule est du domaine de la discussion , et toute proposition dialectique doit être l’expression d’une idée probable (èvôôi-ov) *. Les problèmes dialectiques, en vertu de cette condition et de la définition générale qu'on en a donnée plus haut , sont ceux qui peuvent recevoir deux solutions contraires, également fondées en raison, également appuyées sur quelqu’autorité recommandable; ou bien ceux qui dépassent les limites de la raison humaine et dont la solution est vraiment impossible. C’est dans ce dernier sens que Kant a pris plus tard le mot dialectique 1 2 3 . Outre les propositions et les problèmes , il y a des thèses qui peuvent également servir de matière de discussion : ce sont des pro-

1 Étti ôi irpirxTtt JtalcxTtMi ipwrr.sîî ËvcoÇo; , etc. (liv. 1 ,

ch. 8).

3 ûè TTpoGXii/jiaTa xat a>v ivavrfot lioiv ôt auXXoyw/xoi, xxi rcepl uv ).ôyov im iyojMV ovrwy fuyd&wv (ch. 9, ib).

ANALYSE

positions paradoxales , comme celles qui font la base de plusieurs systèmes de l’antiquité : par exemple , le principe de l’école Eléatique que le mouvement n’existe pas , et celui de l’école Ionienne que tout est mouvement *.

2° Pour trouver tous les matériaux de l’argumentation dialectique, il faut mettre en œuvre les moyens suivants t au nombre de q uatre. D’abord on sera obligé de les chercher , ou dans les convictions du genre humain , ou dans les opinions de la multitude , ou dans les œuvres des savants : toujours le principe que nous voulons défendre par des raisons qui ne sont pas plausibles doit s’appuyer sur quelqu’autorité. Après avoir choisi son sujet , il faut le considérer sous tous les aspects , ou dans toutes les significations du terme qui l’exprime ; en un mot , il faut le diviser. Ensuite on fera ressortir les différences qui existent entre les éléments fournis par l’opération précédente. Enfin on essaiera d’en saisir les ressemblances 2 . Voici maintenant quelques observations

* 0£it$ Sè irrtv /xxpdwoçoi rSv yycopî «uv nvo* xscrà fi-

Xorocpiav , oîov ori àjx canv àvnXfyav (x. v. X. , ib).

3 Tàâèôpyxva 5 1 mv vjieop^ao/uv rt5v ffuXXoyw/x&v, tan rérrxpx. h jii'j (x. t. X. ch. 2 , et seq. , liv. 1).

DE L’ORGANTJM D’ARISTOTE.

US

particulières sur chacun de ces divers procédés , dont l’ensemble peut êtrenommé la Méthode Dialectique.

Le premier se conçoit de lui -même : toute discussion est impossible si elle ne repose pas , comme on l’a dit plus haut, sur une idée ou une proposition probable. Mais qu’est- ce qu’une proposition probable ? C’est celle qu’une autorité quelconque recommande à notre confiance , celle qui a pour appui ou le sens commun de la multitude , ou quelque nom illustre dans la science. Cependant, en prenant pour modèles et pour principes toutes les opinions qu’on peut puiser à ces deux sources , il sera permis d’en créer de soimême et d'enrichir ainsi le domaine de la discussion. Le cercle de la Dialectique s’étend aussi loin que celui de la Philosophie 5 les problèmes et les solutions sont les mêmes 5 il n’y a que les méthodes qui soient différentes l .

Le second et le troisième procédé de la Méthode Dialectique sont indispensables à la clarté (npig rô cxpèç), ils nous obligent à nous maintenir toujours

1 Ch. 12. — IIpo» jaiv ouv tpilojo^tav xxr AXnQiùxv irpocy /*«- Tttmov y otaAsxrtX'is Si rpog 5 6&v.

1U ANALYSE

sur le terrain de la question $ ils nous donnent la faculté d’embarrasser notre adversaire en tirant parti de la confusion de ses idées , et nous empêchent de nous engager dans une discussion de mots , au lieu de raisonner sur les choses *. Or , on parvient à démêler les diverses significations d’un mot, on saisit une idée sous tous ses points de vue par le moyen de la comparaison et de l’analyse } en décomposant le genre dans ses espèces , et en comparant les espèces entre elles. Mais il faut surtout chercher des différences entre les idées et les expressions que l’on confond le plus souvent , en raison de l'analogie qui existe entre elles: les autres se distingueront assez d’elles-mêmes 1 2 ..

Si les deux opérations précédentes ont pour résultat la clarté , la dernière est nécessaire pour donner de l’étendue à nos idées ; car l’étemlue est le résultat de l’induction, qui elle-même repose tout entière sur des rapports de similitude. Elle nous fournit en outre les matériaux du

1 • 2 Ilpos ylvtaÙouxxT ùuro to rrpdcy/ia , xai uij tt^g» rojvoua. Bîti juiv yàp tmv rro>,ù ocetro-îxdTwv *xrào7]).Qt ttxvtsXws ai ûtàoopati

(ch. 14). ,

DE L’ORGAMJM D’ARISTOTE.

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syllogisme hypothétique, qui est une espèce d'induction , et les éléments de toute définition , c'est-à-dire , le genre prochain et la différence prochaine i . Mais de même qu’il faut chercher des différences entre les choses que la nature a le plus intimement liées , entre les espèces et les genres les plus rapprochés les uns des autres, cest entre les plus éloignés qu’il faut saisir des ressemblances qui,- sans cette condition , seraient absolument sans mérite et sans effet 2 .

§ 2. Après ces considérations préliminaires sur l’objet et la méthode de la Dialectique considérés du point de vue le plus élevé , nous entrons dans le fond même du sujet ; nous arrivons aux lieux communs qui n’ont pas encore été mentionnés jusqu'à présent, quoique l’ouvrage tout entier leur ait emprunté son nom Mais ici notre tâche

* • * H Si tou iàniau Otwpt* yyfai'jai irpbi ri mbt iifsctrixoùs M~ ■/OJS xstt TT!, bi nvs feoO iaios wlloyvspoùtxxl irfôj T tpi àxi&onv rû>

Opl BJjjS'J.

5 La séparation de ces deux parties esl nettement marquée par ces mots, qui terminent le premier livre : Ti/tivouv ôpymx , Ji uv il mDoyiupo! , Txàrac im'j : i t ôs ri-ot , TTpbi ôuj yj'+r npx rà \ xylivrx , oi Jl i’.nv (tiv, 1, cl». IG).

ANALYSE

devient réellement difficile $ en même temps elle n'a jamais été si aride. D’abord, il est impossible de suivre l’auteur dans une multitude de détails, admirables , il est vrai , par leur finesse , par une délicatesse d’observation qui nous montre la présence du génie , même dans les plus petites choses , mais qui ne doivent pas trouver place dans une analyse , si étendue qu’elle puisse être. Ensuite , nous ne trouvons pas dans cette partie des Topiques , qui en a certes bien besoin^jup plan auss i nett ement dessiné que dans celle qui précède et dans celle qui suit. On peut même dire qu’il y règne une très-grande confusion , au moins dans plusieurs passages dont le texte, quoique très-autHentique , est évidemment transposé ou mutilé $ malheureusement ce sont ceux qui pouvaient le mieux nous éclairer sur les premiers chapitres où Aristote , selon son habitude , devait nous dire sans mystère le secret de sa marche et de sa classification. En effet , il commence avec beaucoup de méthode par diviser tous les arguments en deux grandes classes : les uns positifs , destines a édifier ( x&Ta'jxrvatGTtxà ) j les autres négatifs , qui servent à détruire (àvaffxsuacrnxi ). Chacune de ces deux classes se par—

DE L’ORGÀNUM D’ARISTOTE.

tage en deux autres , qui sont les arguments généraux ( -y. xoôoXou ) et les arguments particuliers (ràiïti fjxpovç )• Puis, après avoir annoncé positivement qu’il est nécessaire de commencer par les arguments généraux et négatifs (ît/sütov t npl tmv xaSéXou ava»x£va<7rixwv pnrêov ) , il passe brusquement à un autre sujet ; il fait observer que l’accident n’admet pas la réciprocité , c’està-dire que dans la proposition il ne peut pas tenir indifféremment la place du sujet ou de l’attribut, comme le genre, les qualités particulières et la définition : e<j n Si ■/cù.ir.ùrcaov ~ô dvuaTpétfem r/jv dm roü aupSeSrixinç 0 txsiav ovopaGioiv. x. t. X. Ce n'est pas tout : après s’être arrêté quelque temps sur ce point , il revient d’une manière aussi imprévue aux considérations générales par lesquelles il avait commencé; il réduit à deux classes toutes les fautes qu’on peut commettre dans la discussion : les erreurs proprement dites et les fautes de langage : « bmpfaaaQai 3è 5eï xai ràî àpjxpnaç ràç iv rofç npoc)jipa'jiv , en im 5tr rai , >5 tü ÿetâsaQai , % r<5 rcapxGatvsiv rr,v xeipsvyiv XsÇiv *. » Puis il passe de nouveau , sans aucune

US

transition , aux lienx communs qui dérivent de l’accident *. Quant à la distinction des arguments positifs et des arguments négatifs dont on vient de parler il n’y a qu'un instant , elle ne peut pas nous servir $ elle ne donne pas naissance à deux parties séparées ; elle n’exerce aucune influence sur la distribution de l’ouvrage, et l’auteur avoue à chaque instant que le même raisonnement peut servir à la fois à édifier et à détruire , à réfuter et à prouver. On ne fait pas un pas sans rencontrer cette formule :

ôuros os 6 ronoç àvrtrrpé'psi ym xpôi t'o YMtantuaÇiu ym «wtîj«va$£iv 2 . Nous convenons que la division ordinaire de tous les arguments dialectiques en lieux intrinsèques et lieux extrinsèques est aussi facile à saisir que fondée en raison } mais il n’en existe aucune trace dans l’ouvrage que nous avons sous les yeux \ elle appartient à Cicéron qui n’a songé, en l’adoptant, qu’aux besoins du barreau. 11 est pourtant impossible de supposer

1 Liv. 2 , ch. 1.

’ Voy. ch. 2 , liv. 2. — Ib. ch. 3 , 4,3, C , cl en général , à la stiitr de chaque argument, on est presque sûr de rencontrer les mêmes paroles. ,

qu’Aristote, le génie de la méthode et de la classification , ait exposé sans ordre, sans avoir un plan bien fondé } qu’il ait jeté au hasard à peu près trois cent quatre-vingt-deux arguments *. Voici le résultat des efforts que nous avons faits pour remédier à cette confusion apparente.

Après avoir examiné dans son ensemble cette partie de la Dialectique d’Aristote qui traite spécialement des lieux communs, c’est-à-dire, où ils sont exposés et énumérés, nous y avons reconnu deux espèces d’arguments parfaitement distinctes dans leur nature, aussi bien que par l’usage qu’on en fait. Les uns reparaissent fréquemment, en conservant toujours les mêmes titres, dans une multitude de circonstances différentes } ils servent indifféremment à toutes les matières de la discussion , à toutes les idées générales sur lesquelles, comme on l’a dit plus haut, repose nécessairement toute proposition : ce sont les arguments généraux , ou les lieux communs par excellence, comme l’auteur les appelle lui-même (iia/Mzx èrciv-aipoi koù xoivo l rwv riitwt). Les autres ne conviennent qu’à l’une ou à l’autre de ces idées

1 Voy. édit. Bulile, tome 5 , iiv. 2-7.

ISO

générales ; ils ont une certaine spécialité dont ils ne peuvent pas sortir, et quoiqu’il faille les compter parmi les lieux communs dont ils forment le plus grand nombre , quoiqu’ils soient toujours des arguments généraux , ce titre leur est moins dû qu’aux premiers 3 nous les nommerons donc des arguments ou des lieux particuliers.

1 ° Les arguments généraux, dont on peut facilement déterminer l’usage , ne sont pas toujours en même nombre et ne se présentent pas non plus dans un ordre systématique et invariable. Les voici à peu près tous avec leurs noms authentiques , disposés dans l’ordre où nous avons pu les recueillir : la division ou la distinction (Stat'psdiç, Xeyofisvov) $ la signification étymologique , que Cicéron et Ramus appellent notatio , et qu’ Aristote désigne par cette expression assez obscure : tLç «frai rowo ua ; les corrélatifs (xvnxei— fjtvx) , qui comprennent , comme nous savons , quatre sortes de rapports , dont Cicéron ne reconnaît dans ses Topiques que les contraires et les contradictoires (ex contrario et repugnan— tibus) j les conjugaisons et les cas x*î

■R-dneiç ) , que les latins, sur l’exemple de Cicéron, ont traduits littéralement par conjugala 5 les causes

et les effets, ou bien encore les antécédents et les conséquents , yevéaeii xai <p5opai) 5 la

comparaison, ou le plus, le moins et l’égalité (ro liai}}. ov , rô ?,ztov xai m orjtotwç ; dans le traité de Cicéron ex comparationc majorum, autparium , aut minorum )} l’augmentation et la diminution (itpirfeznç km adfaiptnii) , que le philosophe romain a traduits par adjuncta l . Nous allons essayer maintenant de donner une idée plus étendue de chacun de ces lieux.

La nature et l’utilité de la division se comprennent d’elles-mêmes. Elle est d’un usage général tant en Logique qu’en Dialectique 5 elle s’applique, également à toutes sortes de matières , mais elle est surtout un excellent moyen de réfutation. Par exemple, si l’on avance une proposition générale, nous n’avons qu’à l’appliquer successivement à tous les genres qu’elle embrasse , puis à toutes les espèces renfermées dans chacun de

1 Tous ces lieux sont expressément mentionnés dans le ch. 6 du lir. 2, comme formant une classe réellement distincte par sa généralité : MoiXiirra à trrfxMpMxaixoïyoiTÜyTiiruv, m ri tx rûy ivTixu/xtvwv , xai rüy ayat«l^uv xai r»y rruiiuy.....

Kal èm rSy çSaprtxâv îi xai rüv ysvw <»y xai ^flopüv ûaxjwi

Et l ix t »5 «âXXoy xai r’rroy xai i/xstuf. . . x. t. X.

ANALYSE

ces genres, enfin aux individus. Si les exceptions sont en trop grand nombre, la proposition est évidemment fausse. A défaut de division, il faut employer la distinction (-o r.^oc/ÿc, Xsyôfievov) *.

L’étymologie est souvent nécessaire pour faire connaître la nature d’une chose , quand le terme qui l’exprime a été détourné de sa signification primitive. Ainsi, qu’on me demande ce qu’il faut entendre par un homme heureux (èuîaîpwv) , je consulterai l’étymologie de ce mot, et je dirai que c’est celui que protège un bon génie } ou, comme dit Xénocrate , celui qui conserve une âme pure ; car elle seule est notre bon génie 2 .

Au moyen de la corrélation ou du rapport constant, invariable, qui existe entre deux termes, il suffit que l’un nous soit connu , ou intégralement , ou à certains égards , pour que nous connaissions aussi l’autre exactement de la même façon. Par exemple , nous pouvons fort bien nous représenter une chose dans sa totalité , quand

* Liv. 1 , ch. 5. — Lir. 5, ch. 6 etpass.

* Cette belle définition de Xénocrate mérite d’antant plus d’être conservée , qu’elle n’est pas là à sa place : KxOfesp Çs voxp&TTti ^Tjstv èsoafpovx etvai rèv TT.v \|fu^v s^ovra sirouêatav : Txrtr*!V ybf> cxàsTW «ivai Satjuova (liv. 2, ch. 6),

même nous n’en aurions sous les yeux que la moitié , ou telle autre partie déterminée. Si nous avons une idée du sens de la vue, nous définirons facilement l’état de cécité. Il en est de même des autres espèces de corrélation , c’est-à-dire , des contraires et des contradictoires } mais la dernière est exclusivement un moyen de réfutation y tandis que les trois autres peuvent servir également à réfuter et à prouver *.

Ce qu’ Aristote appelle les conjugaisons et les cas comprend généralement ce que nous entendons par dérivés. Il ne les définit pas 7 mais les exemples qu’il en donne sont une preuve suffisante de ce que nous avançons : ainsi , les termes suivants : vertueux, courageux, sont des conjugaisons de vertu et de courage. Les cas (qu’il faut prendre dans le sens propre du mot casus , qui lui-même n’est que la traduction littérale du grec nrwjiç) désignent particulièrement des adverbes , et non pas ce que nous appelons du même nom. C’est du moins ce qui résulte positivement de cette phrase : rir&wsiç ài , oîw rà Sty-atcoç , mù dvàpeiwç , xai

3 Liv. 2, ch. 8 et 9. — Liv. 3 , ch. 6 : Em ai i râros

oJto» ivaaxsuAÇoyri //ovov.

ANALYSE

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