‹ Esquisse d'une histoire de la logique précédée d'une analyse etendue de l'Organum d'AristoteChapitre 17 sur 23 · DES ARGUMENTS SOPHISTIQUES · texte numérisé non relu

DES ARGUMENTS SOPHISTIQUES

( itepl tcôv avsimiY.'M Dlyywj ).

Personne n’a jamais eu la pensée d’attribuer sérieusement ee petit traité à une autre plume qu’à celle d’Aristote. 11 est mentionné dans cette phrase de Diogène Laërce : 71 pbç 5s rnv ypfon rà ts aywvMTowi y.xc rx’mpl è/jwrwewç , èpvrtatà rs xcù awfnuYMsv ihsyywj. Il est désigné dans le texte anonyme, publié par Ménage, sous les deux titres suivants : A. ùéyyyav gv^igziyum , fj ttsci ip ig— rixwv vwstv. Mais on a pensé qu’il ne^ formait pas un traité distinct des Topiques , parce que l’auteur ne l’en sépare jamais, lorsqu’il y fait allusion

DE LTORGANUM D’ARISTOTE.

dans ses autres écrits 1 . Sans perdre du temps à examiner les raisons sur lesquelles on veut fonder cette opinion 7 nous dirons quelle est positivement démentie par le texte , d’abord par ces mots qui appartiennent au commencement du second chapitre : r.ôrjcc 5s eanv lày rwv Xcywv ,

xat nota plpvj Tvyyavei rnq Tipx/txxTELocç ovrcc

AeyûpLEv ; ensuite, par une autre phrase de ce meme chapitre , déjà plusieurs fois citée , où cette partie de YOrganuin , dont on nie l’indépendance , est placée absolument sur la meme ligne que les Analytiques et les Topiques. Nous sommes les premiers à reconnaître qu’elle a beaucoup d’analogie avec ce dernier ouvrage et qu’elle est même nécessaire pour compléter l’art de la discussion } mais , malgré cette unité dans le fond des choses , la séparation n’en existe pas moins dans la forme et dans la pensée de l’auteur.

Le traité des Arguments Sophistiques n’a pas pour but , comme on pourrait le croire , de nous enseigner l’art dangereux et frivole de tromper nos semblables } mais , au contraire ,

1 Voy. Bulile, tome 5 de sou édit. d’Arist. Iulrod. aux

Argum. Sophist.

ANALYSE

de le rendre impuissant , en nous dénonçant toutes ses ruses , en montrant au jour ses ressorts les plus cachés *. Il se divise par conséquent en deux parties si bien distinctes , que la plupart des éditeurs , qui ne sont pas toujours en contradiction avec le texte , en ont fait deux livres séparés. On trouve dans le premier une description détaillée de toute la méthode sophistique; le second nous enseigne à la combattre et à éviter les pièges qu’elle tend à notre esprit 2 .

SMly a des hommes qui prennent le masque de la sagesse pour exploiter la crédulité publique, faisant métier et marchandise du talent de mentir et usurpant les honneurs qui appartiennent aux vrais sages. Ces hommes sont les sophistes que chacun peut reconnaître aux caractères suivants : d’abord, à l'aide de quelques arguments captieux , ils ne craignent pas de combattre la vérité :

Eîti ôi cpyw TTEpi ixaarov toO uôoro» , ÿc'jowj pi v à-jriv i Sv iiô c, tüv ôt ÿi'jàiptvov ip-.pxvlÇu* Ù : rjxa r l7.i (Sophist. clcuch. ch. i).

* Le premier s'étend do ch. 1 au ch. 17, le deuxième jusqu'au 34, qui est une espèce de couclusion générale.

DE L’ORGAWUM D’ARISTOTE.

celte idée est exprimée par le seul mot ensuite ils insinuent le mensonge et l’erreur (^£ j5ô;) } enfin , ils se plaisent à soutenir des opinions paradoxales (jrzpaM, ov). Outre ces trois caractères , l’auteur en reconnaît un quatrième et un cinquième qui consistent à mettre son adversaire dans la nécessité de violer les régies de la langue (troXotxtffjMç), et de se répéter constamment sans ajouter à sa pensée (tô TrXeovsnu; ro àvro Xéyew) j mais il ne tarde pas à s’apercevoir qu’ils rentrent dans le premier , c’est-à-dire qu’il les compte au nombre des arguments , par lesquels nous allons commencer *.

1° Les Arguments ne doivent pas être

confondus avec les syllogismes. Ceux-ci sont employés à la démonstration (èt; oiro&ûjiv) , et ceux-là à la contradiction ( et; dvrtyaotv ). Les uns et les autres , puisqu’ils ne different que par l’usage qu’on en fait , sont compris sous la dénomination générale des raisonnements ( Xoyot ) ,

1 IMouv oro^àÇovra il h rotj Xi/otj «yuviÇj/uvot «ai xo5vrc{ , fort •nlvrt t4v àptOuôv xxl , xai TrapdtôoÇov

*«* ooï.Qw.<s[Abf xxl itisuraTov ri w>sov*xt* rb d-jrb Xyetv(ch. 3).

et la preuve en est que les raisonnements sont ici classés de la même manière que plus haut les syllogismes.

Or, tous les arguments à l’usage des sophistes se divisent en deux classes : les uns sont fondés sur les abus du langage (-net pi rr,v Xil-tv) ; les autres ont leur source ailleurs , c’est-à-dire , dans la pensée elle-même ( l&> rfis ).

A la première classe appartiennent les suivants , au nombre de six : l’équivoque (bpMWfiLz) ou l’ambiguité des mots $ l’amphibologie ( àppiëoklot ), ou l’ambiguité des phrases 5 la substitution du sens composé au sens divisé ( awQtaiç ) , ou ce qu’on appelait dans l’école fallacia corn — positionis y la substitution du sens divisé au sens composé, qu’on nommait dans l’école fallacia divisionis et qu’ Aristote appelle simplement iicupeaiî. Ces quatre sophismes sont tellement connus que toute explication deviendrait fastidieuse. Le cinquième est fondé sur un vice d’accentuation (npaMSta) qui suffisait dans les langues anciennes , mais surtout dans la langue grecque , pour changer entièrement le sens des mots, et par conséquent des phrases. Aristote en cite plusieurs exemples empruntés aux poëmes

d’Homère. Enfin, le dernier sophisme de ce genre (ay/ifix rriç Xi£«oç) consiste à substituer une forme grammaticale à une autre ; par exemple, la forme active à la forme passive , ou le masculin au féminin; ce qui établit également une différence, ou au moins un désordre dans la pensée *.

Dans la seconde classe on peut en compter sept : la confusion de l’essence et de l’accident , qu’on appelait dans l’école fallacia accidentis (napà zb avu£ï£r/d>ç) ; la confusion de 1 absolu et du relatif ( à dicto secundhm quid ad dictum simplicité r, zb à-lû; f, ab àn).üc) ; l’ignorance de la question (ignorât 10 elenchi , r.apà zv/ zov eXéyypv àr/'joixv) ; la pétition de principe ( -apà zb iv à-pyrt )tap£dveiv ) ; la fausse conséquence ( b nxpi zb ir.opz— vov elr/yoç)^ c’est-à-dire, la croyance erronée que la réciproque d’une proposition vraie ne peut jamais être fausse. Les deux derniers sont l’ignorance de la cause ( non causa pro causa , b T.xpx zb pi b airiov wç «mov ) , et la confusion des deux questions en une seule ( r.xpà z'o zx ovo èpwzbpjczx év toi eîv 2 . Tous ces arguments peuvent se réduire

' Ch. 4.

3 Twv 5 Êl-co rfo yéÇscàÇ rapaX oyiapt&y eiSn «atv fora. x. t. X.

(ch. 5).

ANALYSE

à un seul , qui est l’ignorance de la chose en question , de même que les autres ne sont au fond que l’ambiguité des mots. Mais , puisque la moitié des sophismes a sa source dans l’imper— fection du langage , il est clair que l’on est bien plus exposé à se tromper dans la discussion que dans la méditation solitaire *.

Cette classification est l’objet d’une longue justification , très-inutile sans doute , mais non sans intérêt pour l’histoire de la Philosophie , puisqu’elle nous apprend qu’avant la composition de YOrganum, on avait déjà essayé de diviser tous les arguments en deux classes : les uns de nom ( trpoî zovvqiicc ) , ou fondés, sur le langage ; les autres de fait , ou fondés sur la pensée (itpà; tw Statvom) 3 . Aristote se déclare l’adversaire de cette opinion , par la raison fort juste que les idées et les mots , que la pensée et la parole sont inséparables. Cette distinction , dit-il, peut bien expliquer l’origine des sophismes,

' Mâ>Vov >5 ànit T7i yîvrrsa fur allüv oxoïrou/tivois ÿ xa6 io iimiJî, j} fiiv yàp pur àXiüv aWvJ/if 5ià IJyou (ch. 7).

* 6m laviSl Siauf opàrâv \iyuv fiv \lyyjol «»«, ri iïvoa rois pi» irçif rôuvoua ï6yojç . roi» Si rrpof riiv Stavofav (ch. 10).

mais elle ne donne pas naissance à deux genres de preuves absolument differents. Avant de quitter ce sujet, il fait mention d’un sophisme particulier à certains géomètres de l’antiquité , qui s’appuyaient sur des constructions vicieuses , capables seulement de tromper un instant les yeux , pour démontrer des propositions hypothétiques ou absurdes , telles que la quadrature du cercle. Il donne à ce faux raisonnement le titre de Pseudographique (|;uooypxyo wç), qui en exprime parfaitement la nature *.

2° Non contents de combattre la vérité , les sophistes , avons-nous dit , cherchent aussi quelquefois à défendre directement l’erreur. Ils essaient d’arriver à leur but , d’abord en le cachant avec soin , pour ne pas exciter la défiance } ensuite , ils adressent à leur interlocuteur une multitude de questions sans ordre et sans dessein apparents , afin de pouvoir plus tard se faire des arguments de ses propres paroles. Quelquefois aussi , ils dissimulent entièrement le désir d’argumenter, en feignant d’écouter et de s’instruire. Mais, insensiblement , ils vous conduisent sur un

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