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Esquisse d'une histoire de la logique [Texte imprimé]

Les études philosophiques ont pris en France une direction nouvelle, qui a déjà produit et nous promet encore pour l’avenir les plus salutaires résultats. Depuis qu’un intérêt général s’est attaché à une critique savante des plus

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célèbres monumens de l’antiquité^ depuis que les opinions de nos semblables, leurs théories et leurs systèmes sont considérés comme une partie de l’Histoire , comme des faits aussi importants à connaître que ceux du monde politique et de notre propre existence, les esprits ont visiblement gagné en étendue, en solidité, en profondeur. Le respect et la connaissance du passé, la justice et l’impartialité, même pour des doctrines qu’on ne partage pas, sont des qualités moins rares aujourd’hui qu’autrefois. C’est à peine si, de loin en loin, l’on trouve encore un de ces hommes qui, avant eux et autour d’eux , n’aperçoivent que mensonge et folie 5 qui se croient naïvement obligés de recommencer la plus vaste et la plus difficile de toutes les sciences, ou qui les font remonter tout au plus jusqu’au célèbre chancelier d’Angleterre.

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Mais les bienfaits de cette heureuse révolution ne s’étendent pas encore à toutes les branches de la philosophie. Il y en a une surtout qui est demeurée de plusieurs siècles en arrière de toutes les autres. Après avoir été long-temps le seul aliment permis à la raison, la seule carrière ouverte à la réflexion et à l’esprit d’indépendance} lorsqu’aujourd’hui encore elle est, chez l’étranger, l’objet des plus nobles travaux, l’occupation des plus Gères intelligences, on la voit parmi nous tomber de plus en plus dans un mépris inexcusable. Nous voulons parler de la Logique dont on fait à peine mention dans les ouvrages consacrés à l’enseignement , comme dans ceux qui ont un but plus élevé , que nous devons à l’ambition de reculer les bornes de la science. On croit avoir épuisé cette riche matière } on ne paraît pas soupçonner qu’elle laisse encore un seul problème à résoudre, lorsqu’après la

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sage recommandation de douter à la manière de Descartes , de chercher ensuite la vérité par analyse et par snythèse , on finit par l’apothéose de Bacon , le prétendu inventeur de la méthode d’induction , par une leçon sévère adressée aux mânes d’Aristote qui a prescrit, dit-on, la marche opposée , et par l’expression d’un profond sentiment de pitié pour ces pauvres philosophes scholastiques qui ne procédaient que par syllogismes, dans un temps où la réflexion ne pouvait ni ne devait exister sous une forme plus hardie.

Ce n’est pas ici le lieu de faire connaître toute l’importance et l’étendue de cette noble science, si injustement oubliée par les uns , si cruellement mutilée par les autres. Nous ne parlerons pas non plus de l’ingratitude dont on est coupable envers l’homme de génie qui l’a créée , et dont les idées éclairent encore aujourd’hui ceux-là mêmes qui outragent sa mémoire. Nous demanderons

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seulement s'il est permis de le condamner sans connaître ses oeuvres 5 s’il n’est pas juste de comparer ce qu’il a fait avec ce que nous devons aux grands hommes qui sont entrés après lui dans la même carrière ; enfin , s’il est Lien démontré que, pendant cette longue période de notre histoire intellectuelle où il régnait sans partage , le syllogisme , avec ses formes un peu rudes , avec ses règles un peu subtiles, n’a exercé aucune influence sur le progrès des lumières et de la liberté.

Sans doute que pour découvrir les conditions et les formes de la vérité , pour déterminer la puissance de nos facultés intellectuelles , l’usage qu’il est permis d’en faire et les lois qui les gouvernent, nous sommes obligés d’en appeler, en dernier ressort , au témoignage de la conscience 5 car , ces lois et ces facultés ne sont , après tout , que des points de vue différents de notre

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propre existence. Les formes de la vérité sont en même temps les modes delà pensée humaine , et quelle que soit la valeur ou l’origine qu’on leur attribue , dût-on même les considérer comme des moments nécessaires de l’existence divine , c’est l’observation qui peut seule nous en donner la première connaissance. Mais les faits que nous trouvons en nous-mêmes, du moins ceux que nous jugeons les plus essentiels à notre nature , ceux qui portent le double caractère de la nécessité et de l’universalité, doivent se présenter également à la conscience de nos semblables. Les philosophes qui nous ont précédés ont dû en être frappés et les recueillir comme nous - , par conséquent, une étude approfondie de leurs opinions , une analyse impartiale de toutes les solutions données aux problèmes que nous venons d’énumérer est absolument indispensable , soit pour confirmer , soit

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pour corriger les résultats de nos propres investigations.

Il n’est pas moins vrai , d’un autre côté , que sous le point de vue intellectuel et moral , comme dans ses conditions matérielles, la vie d’un homme ressemble peu à celle d’un autre homme. Il est rare aussi qu’un siècle soit animé du même esprit , qu’il adopte entièrement les mêmes principes, ou du moins qu’il les interprète de la même manière que les siècles précédents. L’esprit humain n’est pas condamné, comme les phénomènes de la nature , à tourner éternellement dans un cercle invariable; mais il passe par un nombre indéterminé de révolutions qui l’élèvent graduellement des formes particulières et sensibles à l’idée pure de la vérité, à la forme rationnelle et absolue. Tout ce que nous savons et tout ce que nous croyons du monde invisible est soumis à cette loi générale de la pensée. Quel

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