‹ Esquisse d'une histoire de la logique [Texte imprimé]Chapitre 15 sur 19 · SS · texte numérisé non relu

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né : Ut non alius ferè sit aditus ad regnum hominis , quodfundatur in scientiis , quàm ad regnum cœlorum , in quod , nisi sub persond in/antis intrare non datur. Il se sert aussi d'une comparaison fréquemment mise en usage par Descartes : « Avant de construire un édifice , il » faut que le terrain , destiné à le recevoir , » soit entièrement libre .... Enfin , si vous vouai lez , dit-il encore , écrire sur des tablettes qui » ne sont plus neuves , il faut d’abord que vous » effaciez tous les caractères qu’on y a déjà tra— » cés *. » Mais encore sur ce point, il existe entre nos deux philosophes une très-grande différence. En effet , Bacon reconnaît bien un certain nombre d’erreurs qui ont leurs racines dans la nature humaine: ce sont celles qu’il a nommées les idoles de la tribu 2 5 et cependant , il ne dit nulle part qu’il faut se défier de notre nature , qui ne peut signifier autre chose que l’ensemble de nos facultés ; son doute provisoire,

* Area purganda antequàm inœdi/icanda.... in tabellis non alia inscripseris nisi priora deleveris (Jb. redargutio photos. , Desoartes , Discours de la Méthode, prem. médit).

2 ldola tribus sunt fundata in ipsd naturel humand atque in ipsd tribu seugenle hominum ( lib . première aphor. 41);

cette espèce de purification intellectuelle qu’il prescrit à ceux qui veulent s’approcher de la vérité , ne s’étend pas au-delà des faits et des jugements. Descartes , en exprimant la même idée , l’élève à une hauteur , il en fait l’application avec une audace qui permet à peine de la reconnaître. Non content de renoncer à toutes les opinions acquises , il essaie de s’affranchir des croyances naturelles et des principes les plus évidents $ il essaie de mettre à l’épreuve la raison elle -même, non pas sans doute comme Kant l’a fait plus tard , dans le dessein d’en faire la critique , d’en examiner la composition , la portée et la valeur } mais pour savoir si nous sommes forcés de croire à son témoignage, et quelles sont les qualités qui nous mettent dans cette nécessité. Aux yeux de Descartes une croyance nécessaire est donc toujours vraie : tel est le principe logique par lequel il se laisse gouverner à son insu et qui n’a pas été, qui ne pouvait pas être compris dans son doute méthodique 5 autrement il se fût enseveli dans un scepticisme sans remède. Aux yeux de Kant , au contraire , une croyance nécessaire , absolue , la plus absolue et la plus né- . cessaire dont nous puissions avoir conscience,

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n'cst cncoi-e qu'une forme ou une fonction de la pensée à laquelle ne correspond aucune réalité , pas même celle d'un être pensant. Mais laissons la Logique transcendentale , dont le tour arrivera bientôt , et revenons à celle de l’expérience.

Par cela même que Descartes, ou par la supériorité de son génie, ou en sa qualité de géomètre, a rendu plus de justice au syllogisme , il a aussi mieux compris toute la portée de l’observation^ il lui a laissé une liberté sans limites en l'affranchissant de ces règles de détail qui ne conviennent pas à toutes les sciences ; il l'a élevée à la dignité d’une méthode, universelle et vraiment philosophique, en lui désignant avec précision son point de départ , en démontrant la nécessité de l’appliquer d’abord aux phénomènes de conscience. Il ne suffit pas en effet de recueillir avec ord re les faits qui appartiennent à une science déterminée ; cette méthode, si elle est vraie, doit convenir à tous les faits considérés dans leur totalité 5 ilfautquelessciences elles-mêmes forment entre elles coromeune vaste chaîne dont le premier anneau soutient tous les autres. Or, tel est précisément le rapport qui existe entreles sciences psycologiques et les sciences natu-

relies. Il est vrai qu’une fois entré dans la conscience et dans le monde intellectuel en général , Descartes y établit sa demeure, ne connaissant pas de chemin pour en sortir $ mais c’est la faute du philosophe , et non pas celle de la méthode , qui convient également à tous les phénomènes. C’est pour ne l’avoir pas assez pratiquée qu’il est tombé dans cet excès , et que le germe du panthéisme a pénétré dans sa pensée et dans ses écrits. Bacon ne se doute pas même que l’observation puisse descendre à cette profondeur et nous révéler le secret de notre constitution intellectuelle 5 il en fait une méthode particulière uniquement applicable aux phénomènes du monde extérieur , et ces objets eux-mêmes il les admet avec une sérénité insouciante dont la conscience aussi bien que le motif lui échappent entièrement. Une seule fois il nous assure , sans essayer pourtant de le démontrer , que la nouvelle Logique dont il est l’auteur , que la méthode inductive n’est pas seulement faite pour les sciences naturelles , qu’elle convient également à la morale , à la politique, et à toutes les sciences en général, aussi bien que le syllogisme qu’elle doit

détrôner un jour 1 . Mais cette promesse évidemment sincère , celte intention élevée , que l’auteur a pu concevoir avant d’exposer ses propres idées , ne tient pas long-temps contre la direction de son esprit et les conséquences qui résultent de son défaut de profondeur. Une fois sorti de l’introduction qui embrasse tout le premier livre du novum Organuvi , et qui naturellement devait être consacrée à des généralités , à peine a-t-on pénétré dans le fond du sujet , qu’on ne trouve plus rien qui nous rappelle le monde moral , rien qui ressemble à ce qu’on entend de nos jours par Philosophie. A part l’induction , dont Bacon a compris, dont il a même exagéré la valeur et l'importance , on y chercherait en vain une seule règle qui pût réellement servir à l’observation de

1 Etiam dubitabit quispiam pot i us quàm objiciet : utrùm nos de naturali tantum philosophiâ, an etiam de scientiis reliquis, logicis, et ethicis , politicis , secundùm viam nostram perjiciendis , loquamur. At nos certè de universis, hœc quœ dicta sunt , inlelligimus : atque quemadinodùm vulgaris logica, quœ régit res per syllogismum, non tantum adnaturales, sed admîmes scientias pertinet ; ita et nostra , quœ proccdit per induclionem, omnia complectitur (lib. 1 , aph. 127 ).

la conscience. Le but des recherches scientifiques, tel qu’on est forcé de le concevoir après la lecture de cet ouvrage , c’est , pour la pratique , la transformation des corps, ou l’art de les modifier suivant nos besoins (transformai io eorporum ) ; c’est, dans la spéculation, la connaissance de leur structure et de leur mécanisme intérieurs ( schematismus latens , latens processus ). On ne dit pas positivement que la science ne puisse pas avoir un but different 5 mais au moins ne faiton mention que de celui-là. Tous les faits qu’on signale particulièrement à l'attention ( prœroga tiras instantiarum ) , et dont la classification, d’ailleurs très-arbitraire et très-confuse, pourrait être nommée les Topiques de F expérience, apparr tiennent évidemment au monde extérieur et aux sciences naturelles. Les procédés qu’on indique comme les moyens les plus sûrs d’arriver à la vérité ; les tables de présence et les tables graduées ne peuvent servir qu’en physique et en chimie. Enfin, tous les exemples qu’il choisit pour faire comprendre en même temps et l’application et l’utilité de ces règles , sont puisés à la même source : vous n’entendez jamais nommer autre chose que l’or , l’argent, le sucre, la soie , la bous-

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sole et la poudre à canon. On dirait une logique faite exprès pour l’Angleterre et ses manufactu res.

Mais nous n’avons pas examiné la méthode expérimentale sous tous les points de vue. Il ne suffit pas de s’affranchir du préjugé ou de l’erreur, en prenant possession de son indépendance intellectuelle 5 il ne suffit pas même de connaître les procédés dont l'usage doit nous conduire à la vérité} il faut savoir à quels signes, à quelles qualités intérieures ou extérieures on peut la reconnaître. En un mot , les règles du doute et de l’observation sont insuffisantes, si l’on ne détermine aussi le critérium de la vérité. Descaries a bien compris la nécessité de cette dernière partie, et il lui donne une telle importance, qu’elle est aux yeux de tout le monde le caractère distinctif de sa philosophie. 11 est en effet le premier qui ait reconnu, pour critérium de la vérité, un simple phénomène psycologique que rien ne peut constater que l’expérience. Voilà ce qui a donné à la philosophie moderne tout entière , qu’il ne faut pas confondre avec celle de nos jours , ce caractère d’individualité qui la met constamment en opposition avec les traditions politiques ou religieuses , et dont le dix-huitième siècle , très-

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hostile aux doctrines de Descartes , mais imbu de sa méthode , est la dernière et la plus éclatante manifestation. Cette question fondamentale de la Logique ne se présente jamais dans les écrits de Bacon , et il est permis de croire qu’elle ne s’est pas présentée davantage à sa pensée. C’est une preuve de plus qu’il n’a pas conçu la science qu’il prétendait réformer sous un point de vue assez large pour lui laisser son caractère philosophique, et qu’il n’est pas sorti du monde extérieur dont tous les phénomènes sont réputés vrais par cela seul qu’ils ont frappé nos organes. En dernier résultat , Bacon est le premier qui , dans les temps modernes, ait clairement démontré l’impuissance du syllogisme pour augmenter le nombre de nos idées , et qui ait fait sentir la nécessité de l’expérience \ mais il n’a exposé qu’imparfaitement la méthode expérimentale $ il ne l’a conçue qu’à l’état concret, comme une méthode particulière , uniquement applicable aux sciences naturelles *. Descartes l’a élevée à son dernier

* Gassendi l’a très-bien jugée par ces mots : Logica Verulami tota ac per se ad physicam, alque adeô ad ventaient notitiamve rerum germanam habendam contendit . . ( hist . logic. , liv. t de ses œuvres complètes.

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degré de généralité et d’abstraction, en même temps qu’il l’a comprise dans la totalité de ses éléments : c’est seulement entre ses mains qu’elle est devenue une méthode philosophique, c’est-àdire , universelle et complète *. C’est donc principalement lui que nous devons mettre en parallèle avec Aristote pour arriver au but que nous voulons atteindre.

On regarde communément ces deux hommes et les deux méthodes qu’ils représentent comme des extrêmes inconciliahles , comme les deux termes d’une antithèse entre lesquels on chercherait vainement un rapport de filiation. Mais nous ne craignons pas d’avancer que cette opinion a plus de crédit que de solidité. D’ahord , quand il serait démontré , contrairement à ce que nous avons dit plus haut , que Descartes était l’antagoniste déclaré de la méthode syllogistique, qu’il a fait tomber dansle mépris et dans l'oubli, personne

1 Gassendi n’a pas moins bien apprécié la méthode de Descartes, car voici comme il la définit : Auxilia adhabendam veram germanamque rerum notitiam, non tam ab ipsismet per ne ac in se explorandis rebus quàm à solo ipsoque à suis dun ta rai cogitai is pendente intellectu precedentum exislimat. (Hist. log., liv. 1 de scs oeuvres complètes).

n’osera dire qu’ Aristote était l’ennemi de la me-* tliode expérimentale. Il a bien fallu qu’il la mît en pratique pour composer son histoire des animaux et son traité sur l’àme, qui renferme une multitude d’observations dignes d’être conservées par la psychologie de nos jours. Il est vrai qu’il ne l’a pas exposée avec beaucoup de détails $ il ne l’a pas formulée avec une rigoureuse précision , comme le gentilhomme tourangeau ; mais rappelons-nous un passage des Analytiques 1 , où il met l’induction tout-à-fait sur la même ligne que le syllogisme, en lui accordant des avantages équivalents , mais d’une autre nature : ce que personne ne lui contestera, je pense. Bien mieux : il veut que l’observation et l’induction précèdent le raisonnement ou le syllogisme , par la raison que le particulier nous est donné avant le général , bien que le général existe dans la réalité avant le particulier ; tel est le principe général , nous ne saurions trop le répéter , sur lequel reposent en même temps et sa Métaphysique et sa Logique , c’est-à-dire, sa philosophie tout entière. Tout ce qu’on peut dire après cela , c’est qu’ Aristote

Première* analjl. , lir. 2, ch. 25.

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a jugé plus à propos d’exposer les règles de la démonstration que celles de l’expérience. Or , il rie faut pas un grand effort de jugement ou d’impartialité pour voir que ces deux moyens sont également indispensables au développement de notre intelligence, et qu’ils forment réellement deux parties distinctes d’une seule et même méthode. Par conséquent , Descartes est seulement le continuateur d’Aristote ; il ne peut pas être son adversaire, alors qu’il le croirait et le dirait lui-même. Mais il a mis la dernière main à la révolution intellectuelle qui s’est opérée dès le quinzième siècle ; il l’a proclamée pour un fait à jamais accompli , en enseignant le moyen de trouver en soi-même, dans sa propre conscience, la solution de tous les problèmes auxquels on ne répondait autrefois que par la révélation et l’autorité religieuse.

En second lieu , les règles et les formes de la démonstration appellent nécessairement la méthode d’observation, taudis que celle-ci, en supposant même qu’elle eut pu naitre la première, ne pouvait pas exercer la même influence sur l’art syllogistique. La raison en est facile à concevoir. Les résultats de l’expérience peuvent très-bien se communiquer dans l’ordre même où ils se sont

présentés , et c’est ainsi qu’on les expose généralement. Après cela se présentent des questions plus graves qui ne permettent plus à l’esprit de dépenser ses forces dans l’étude stérile des formes. Si les faits qu’on a recueillis appartiennent au monde extérieur , on songe à les appliquer à nos besoins , on se hâte d’en tirer parti dans l’intérêt de l’industrie et des arts ; s’ils appartiennent à la conscience , ils ne manquent pas de nous entraîner sur le théâtre bien autrement animé des passions de tous genres ; ils nous forcent de prendre part à toutes les luttes , à tous les grands mouvements de l’ordre social. Mais la méthode dont Aristote est l’inventeur , en nous apprenant à ne rien admettre , à ne rien affirmer sans nécessité , et en s’appuyant pourtant sur des principes qui ne peuventpasêtredémontrés, nousforce par-là même à les chercher en dehors de la démonstration, à les puiser dans la conscience ou dans la nature , et à nous en convaincre par l’expérience • car tout ce qui n’est pas renfermé , comme conséquence , dans un principe supérieur , peut être constaté , au moins comme croyance , à l’aide de l’observation. Son objet pourrait être l’infini , l’absolu dans toute sa pureté et son éclat, que la croyance

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elle-même n’en serait pas moins un simple phénomène de conscience 5 telle est , selon nous , l’origine de la méthode expérimentale , et ce qui le prouve, c’est le fait même 5 c’est qu’elle n’a pu naître et prendre racine dans l’intelligence qu’après l’abus qu’on a fait de la méthode syllogistique.-

Enfin , il existe encore un autre moyen de mettre en évidence le rapport de filiation et la connexion intime que nous voulons établir entre ces deux méthodes. Lorsque deux hommes viennent nous indiquer deux voies différentes et même opposées pour nous conduire à la vérité , cela revient à dire qu’ils ne croient pas notre intelligence soumise aux mêmes lois , ou qu’ils n’ont pas la même opinion sur l’ordre dans lequel se développent nos facultés. Or , sur ce point, Descartes est tout-à-fait de l’avis d’Aristote 5 il reconnaît que notre esprit ( ingenium ) , tout spirituel qu’il est , n’entre d’abord en exercice que par la sensation , qui , bien différente de l’impression , pourrait aussi exister sans le secours de nos organes. La sensation est suivie de la mémoire qui ne fait que reproduire

les idées sensibles dans l'état où nous les avons reçues ; puis vient l’imagination , la faculté d’en produire de nouvelles par la combinaison } enfin, la plus noble , la plus précieuse de nos facultés et la dernière à se développer, c’est l’intelligence ( inlellectus parus) qui nous donne les notions simples , absolues et les rapports qui existent entre elles. C’est l’exercice de l’intelligence qui produit la science 1 . Telle est précisément la doctrine qui est exposée dans le commencement de la Métaphysique et à la fin des Analytiques. Il est vrai que Descartes ne croit pas , comme Aristote , que toutes les idées perçues par l’intelligence ne soient que le résultat de la généralisation ou d’une abstraction médiate exercée sur les idées sensibles ( notiones materiales ) ; il en reconnaît qui dérivent immédiatement de cette faculté , ce sont les principes universels de toutes les sciences ( notiones communes) , et d’autres qui nous représentent exclusivement les phénomènes et les qualités de l'àrae : ce sont les notions de conscience auxquelles il donne le

1 lîegul. ad direct, ingenii , § 79 el 80.

APRES ARISTOTE

nom de notions intellectuelles ( noliones intel~ lectuales ) 1 5 mais , du reste , il énonce positivement le principe que nous avons cité toutà-Pheure et qu’on trouve si souvent répété dans les œuvres d’Aristote } que l’ordre dans lequel les choses arrivent à notre connaissance n’est pas celui de leur existence : Dicimus igitur aliter spectandas esse res singulas in ordine ad cognitionem nostram , quàm si de iisdem loquamur pro ut rever à existunt

Après Bacon et Descartes , on ne prononce plus le nom d’Aristote qu’avec des injures et des malédictions •, ses œuvres sont condamnées à un éternel oubli ; on plaint le passé qui les a connues , on admire ironiquement le triste courage de quiconque les connaît encore , et bientôt les titres memes en sont ignorés. On abuse de la méthode d’expérience, de l’observation intérieure et de la pensée en général , comme on avait

’ Regul. ad direct, ingenii, § 85. Dicimus res iltas quee respectu nostri intellectùs siinplices dicuntur , esse vel pure intellectuales , vel pure materiales , vel communes.

7 Ib. , § 82. Cette différence est exprimée dans les œuvres et’ Aristote par ces deux mots : xxO' npas ctxaràçuMÎv , ou bien : faTdc yvtuaiv et xxrà > ijQj.

abusé autrefois du syllogisme ] autrefois , en effet , les formes extérieures de la démonstration et de l’énonciation, en un mot, toutes les figures de la réflexion ont été mises à la place de la réflexion elle-même. C’est maintenant la pensée réfléchie , ou , pour parler un langage plus en harmonie avec nos habitudes , ce sont les faits de la conscience et tout ce qui est en . elle qu’on prend sans défiance pour ce qui est réellement , pour la réalité objective et absolue. Mais il y a deux éléments à distinguer dans la pensée réfléchie. La représentation et l’objet représenté qui , alors même qu’il est isolé , n’en existe pas moins dans la conscience et n’est toujours qu’un fait de la pensée réfléchie, ou simplement une pensée, comme on dit vulgairement. On conçoit facilement , après cela , que la représentation séparée de l’objet n’a aucun caractère de consistance ou de durée 5 c’est ce qu’on appelle un phénomène. D'un autre côté , l’objet séparé de la représentation est une pensée vague , insaisissable , impossible à définir , dont le nom consacré est noumène. De là deux systèmes opposés, dont la naissance est due à l’usage de la méthode cartésienne-, c’est, d’une part, le

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scepticisme sensuel que Hume a formulé avec la dernière rigueur } c’est , d’une autre part , le dogmatisme intellectuel représenté sous deux points de vue différents par Spinosa et Leibnitz. Ces deux opinions exclusives se disputent avec acharnement l’empire du monde , jusqu’à ce qu’il arrive un homme dont la mission est de leur prouver que les phénomènes et les noumènes ne sont que les deux éléments de la pensée réfléchie ou de la conscience humaine, dont l’un peut être appelé la forme et l’autre la matière , qu’on ne saurait les isoler l’un de l’autre et transporter l 'objet connu en dehors de la pensée , pour en faire un objet existant , une réalité extérieure, ou un être en soi , sans détruire complètement le fait meme de la connaissance. Nous venons d’indiquer le but et le caractère essentiel de la méthode transcendentale.

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