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méthode expérimentale , considérée sous un point de vue philosophique , a été introduite dans le inonde par un Français. A l’Allemagne , qui se nourrit d’abstractions et dont la vie est tout intellectuelle , appartenait la gloire d’avoir produit en meme temps la méthode transccndenlale et la logique spéculative. Nous pourrions ajouter que VOrganum de Bacon ne représente pas mal le génie industriel de l’Angleterre.
Enfin , ces diverses transformations se sont identifiées dans la dernière , ou , pour rendre mes expressions aussi générales que ma pensée , les plus récentes ont absorbé les plus anciennes , les ont confondues entre elles et sont nées de cette confusion avec un caractère aussi général que la première. Ainsi , la logique de Descartes est obligée de conserver celle d’Aristote , si elle ne veut pas que ses résultats soient perdus , que 6es plus belles et ses plus riches découvertes , que les lois générales demeurent sans application. De l’identification complète de ces deux systèmes est née, comme nous savons, la logique transcendenlalc. Enfin , tous sont absorbés et vont se perdre dans la réalité logique de Ilégel.
Les résultats purement théoriques ne sont que
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CONCLUSION
le résumé des faits que nous avons exposés $ ils n’ont donc pas besoin d’autre démonstration.
Mais il ne faudrait pas en conclure que le dernier système est le seul vrai , le seul complet et qu’il doit faire oublier les trois autres. Nous pensons, au contraire , que tous doivent être conservés comme autant d’éléments indispensables d’une seule et même science : tel est notre résultat pratique , également fondé sur l'histoire, qui est à mon avis la meilleure et la plus infaillible de toutes, les critiques. Quelques mots suffiront pour l’ex— pliquer et le justifier.
Quand l’homme fut parvenu à un degré assez élevé de réflexion et de lumière , après plusieurs tentatives énergiques pour résoudre des problèmes qui l’intéresseront éternellement , voyant qu’il n’était encore arrivé qu’à de faibles découvertes , la question suivante s’est naturellement présentée à son esprit et ne pouvait pas ne pas se présenter: avant de chercher la vérité, ne faut-il pas savoir sous quelles formes elle peut se montrer à nous , à quelles conditions ou peut la trouver ? Dès lors a paru sur l’horizon du monde intellectuel une science inconnue jusqu’alors , qui porte aujour-i d’hui le nom de Logique. La pensée fut donc
CONCLUSION
obligée de se détacher progressivement des objets pour se donner en spectacle à elle-même. C’est un immense progrès de la réflexion, qui au fond n’est pas autre chose que la Philosophie.
La Logique n’est pas complète, elle ne satisfait pas au noble besoin qui lui a donné naissance, tant qu'elle n’a pas répondu à ces quatre questions : \° Quelles sont les formes extérieures de la vérité, les formes sous lesquelles ou peut la reconnaître dans la parole? 2° Quels sont les actes de la pensée qui nous en donnent la possession intérieure? 3° Ce que nous prenons pour elle, ce que nous regardons comme la vérité objective en elle-même est-il autre chose que les actes mêmes ou les fonctions nécessaires de la pensée? 4° La pensée est -elle donc si différente de la vérité ou de la réalité 5 l’une peut-elle être séparée de l’autre? L’une et l’autre ne sont-elles pas la même chose ? Chacun des systèmes que nous avons exposés répond catégoriquement et en toute vérité à l une de ces questions, mais il n’est pas en sa puissance de résoudre les trois autres. Par conséquent , la vraie Logique, une logique complète et impartiale, doit les embrasser tousintégra-
CONCLUSION
lement, en rejetant seulement ce qu’elles ont de négatif et d’exclusif, et en les laissant dans l’ordre même selon lequel ils ont paru successivement sur la scène dcl’histoire. Telledoit être la logique de nos jours. A nous, enfantsdu dix-neuvième siècle, à recueillir avec reconnaissance l'héritage de nos pères, sans les imiter dans leursdissentions, sans renouveler leurs combats et leurs haines; ne leur en voulons pas même pour cela , car, ayant traversé moins de siècles, leur horizon philosophique ne pouvait pas être aussi étendu que le nôtre. C’est aussi à la France qu’il appartient d'accomplir cette œuvre de générosité et de vérité , sans soumettre sa noble intelligence au joug de l’étranger, si l’étranger se présente avec des vues de domination et d’exclusion , avec des prétentions aussi ridicules , par exemple, que celles de Hégel, avec- un mépris aussi injuste que celui qu’il affecte pour toutes les autres méthodes. Ne soyons ni Grecs, ni Allemands, ni Ecossais; ne soy r ons ni spéculatifs, ni transccndentalistes, ni empiristes; encore moins faut-il retournera la vieille syllogistique ; mais que tous ces éléments soient fondus dans un seul tout : ils ont besoin
CONCLUSION
les uns des autres, et ne peuvent soutenir l’épreuve de l’histoire , la meilleure de toutes les critiques, qu’en se prêtant un mutuel appui.
Par conséquent , la logique d’Aristote doit être conservée, et conservée tout entière dans la logique de l’avenir. Outre qu’il a créé la langue de cette science et de la philosophie considérée dans sa totalité; outre que nous ne pouvons pas exprimer une seule idée relative à celte sphère sans nous servir de sa terminologie , les formes qu’il a décrites avec tant de précision sont encore un moyen d’analyser la pensée elle-même. Les règles de sa dialectique sont remplies de finesse, et en nous montrant à découvert les subtilités que l’amour-propre met à la place de la vérité, elles nous apprennent à les éviter. Mais, pour cela, il n’est pas nécessaire de faire reparaître ces formes dans le langage et de ressusciter ces habitudes pédantesques dont la science est si heureusement délivrée. Il faut les étudier comme phénomènes philosophiques, comme objets de la pensée, et les repousser à jamais comme formes littéraires.
fin.