‹ Esquisse d'une histoire de la tragédie françaiseChapitre 3 sur 88 · IV. Qv' EST-CE QUE LE TRAGIQUE · texte numérisé non relu

IV. Qv' EST-CE QUE LE TRAGIQUE

On ne peut se contenter de le définir par ce qui est commun à toutes les tragédies. Il y a du tragique sans la forme de la tragédie et des tragédies sans tragique.

Quelle émotion spécifique la forme de la tragédie était-elle destinée à exprimer chez les Grecs qui l'ont inventée?

Le tragique, chez les Grecs, était le spectacle et l'émotion (crainte ou pitié) de la misère humaine; mais de la misère créée par les conditions essentielles de la vie, par la mystérieuse violence de la destinée, par le jeu souvent ironique d'une force,

incompréhensible, divine, qui confond l'homme et l'écrase.

L'émotion tragique est, par essence, poétique, lyrique, religieuse (mystique, métaphysique).

Distinction de tragique, du pathétique et du dramatique: A l'aide de l'exemple de la statue de Mitys dans la Poétique d'Aristote. Un homme est écrasé par la chute d'une statue: C'est pathétique. Il lutte un moment contre la masse qui l'écrase; il y a quelques secondes d'espoir et de crainte alternés: C'est dramatique. La statue est celle de Mitys; la victime est le meurtrier de Mitys. Si l'on admet que ce n'est pas par hasard, c'est tragique.

[Ainsi le pathétique naît de la souffrance et de la plainte; le dramatique résulte du conflit, de l'incertitude, de l'attente anxieuse: le tragique est la manifestation, dans un cas douloureux, des limites de la condition humaine et de la force invisible qui l'étreint.

Il y a du pathétique sans tragique, du dramatique sans tragique. Le tragique, toujours pathétique, n'est pas nécessairement dramatique, il l'est en proportion de l'incertitude et de la lutte qu'il contient.]

Par cette notion du tragique nous pourrons

(a) discerner dans quelle mesure la tragédie française est

tragique, et comment elle a suppléé au tragique;

(b) découvrir du tragique avant et après la tragédie, dans

les œuvres dramatiques du moyen âge ou du xixe siècle.

DEUXIÈME LEÇON LA TRAGÉDIE ET LE TRAGIQUE AU MOYEN ÂGE I. Survivance d'une notion de la tragédie antique à

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