IL LE TRAGIQUE DANS LE THÉÂTRE POPULAIRE
Caractère essentiellement tragique du drame chrétien: chute et rédemption de l'homme; mystère de la grâce; action de la providence élevant et renversant l'infidèle, éprouvant et récompensant le fidèle.
[A consulter: Petit de Julleville; Lintilhac. Textes publiés des mystères, miracles et moralités.]
Scènes tragiques du théâtre sacré.
[Représentation d'Adam.
Le drame de V Epoux ou des Vierges sages et des Vierges folles.
Le débat de Miséricorde et Justice dans le Mystère du Vie! Testament.
Le débat de la Vierge et du Christ dans les Passions de Gréban et de Jean Michel.
La révélation de la misère humaine à Josaphat dans le Mystère du Roi Advenir.]
Pourquoi le caractère tragique du théâtre sacré n'apparaît-il que dans des scènes rares et clairsemées, et souvent dans des indications sèches et rapides?
(a) Influence de l'auditoire populaire qui demande et qui
oblige à développer:
(i) l'émotion brutale des souffrances physiques;
(2) la variété des aventures;
(3) les types burlesques, les dialogues facétieux et les épi-
sodes comiques;
(4) les scènes réalistes où il retrouve sa vie.
La haute spiritualité, le sens profond, la poésie et le tragique des sujets sont étouffés.
(b) Mais, en outre, inconvénient littéraire de la foi naïve
et absolue.
La Parole de Dieu, l'Eglise son interprète, rendent la vie claire, n'y laissent ni obscurité ni poésie, du moins pour notre peuple d'esprit net et pratique. Les mystères de la foi n'embarrassent que les penseurs. La religion de la foule est limpide, sans doute et sans inquiétude, comme sans profondeur.
Le surnaturel est attendu; le miracle va de soi.
On étale les effets multiples, singuliers, amusants ou émouvants de l'action divine, plus qu'on ne fait réflex:on sur le mystère des jugements divins.
Comme Dieu triomphe toujours, le drame finit toujours bien. Même les martyrs sont heureux, puisque la mort les introduit à la vie éternelle. Le dénouement tragique n'a plus lieu, ni le frisson tragique.
Les pièces tournent ou au déploiement d'accidents émouvants, ou à la démonstration des vérités morales. Evanouissement de la poésie en même temps que du tragique. 2 5
C'est ce qui permit aux moralités pathétiques et morales de faire concurrence aux mystères.
[Miracle d'Amis et Amiles.
Miracle de l'Abbesse grosse — deGuibour qui fit étrangler son gendre; etc.
La première des moralités: le mystère de Grisêlidis. Image de la bonne femme, fidèle, humble, dévouée, et qu'aucun mauvais traitement ne rebute.]
L' ancien théâtre allait, par l'évolution des mystères et le succès des moralités, vers un drame attendrissant et édifiant, prosaïque et pratique d'inspiration, aussi peu lyrique et aussi peu tragique que la comédie de La Chaussée et la comédie d'Augier.