‹ Esquisse d'une interpretation du mondeChapitre 50 sur 158 · I.A VOLONTÉ UK CCN SOI KNC'-K ET SKS FONCTIONS- l'J · texte numérisé non relu

I.A VOLONTÉ UK CCN SOI KNC'-K ET SKS FONCTIONS- l'J

Tuut comme la pensée et l'action, l'intuition n'est elleiiirmc possible (soit qu'elle existe ou n'existe pas en fait) que MUS et par ces catégories auxquelles on prélend la soustraire. I /intuition, en ctTet, suppose une vision de choses par le (lijdans, comme elles sont, dans ce (ju'elles ont de caractéristique.

Mais d'abord, s'il n'y a pas dans les choses du di/fértiit et si vous n'apercevez pas en elles ce par quoi elles diffèrent tout en étant semblables sous d'autres rapports, que pourrezvous bien voir et intiin'i? Et cemmenl pourrez-vous dire (jiie celte chose change ou devient? Si chaque chose n'est pas une avec elle-même et ne forme pas une certaine dualité avec le reste, que pourrez-vous voir? Si, tout en changeant, la chose ne consirve pas quelque identité, comment pourrez-vous lui attribuer Vexistence réelle, qui est en elle-même une catégorie non moins que celle de qualité ? L'intuition est nécessairement la vision de ceci ou de ce/a, hic et nunc^ ayant un (juale, un fjuotnodo, etc. La seule catégorie dont l'intuition perdue en son objet puisse se passer, c'est celle de cause ; l'iiituition est comme l'extase, elle n'élève aucun pourquoi. C'est ce qui fait qu'elle est si peu philosophique.

Au tait, It! monde, continu pour les uns, discontinu pour les autres, unique ou multiple, que nous décrivent les intuitionnistes et les pragmatistes, est lui-même un édifice de catégories et d'idées, qu'on veut nous faire prendre pour le réel vu face à face au delà de la pensée proprement dite, dans un acte prétendu d'intuition.

Non seulement les fonctions de la pensée ne sont pas dtformatrices du réel, mais elles sont, au contraire, informatrices du réel. Sans elles, nous ne pourrions poser une réalité quelconque, ni surtout telle réalité. Klles ne sont pas en dehors et au-dessus du réel, comme un nM»nde de ft>rmes vides sans contenu. Ni lUaton. ni Kant n'ont ( u une seiublable idée. Klles sont immanentes aux choses et même constitutives des choses, parce que, sans elles, les choses ne

sauraient être dites existantes et douées de telles ou telles manières d'exister affirmables pour tous. Elles sont lactualisation même des choses, leur acte au sens d'Aristote. Otez rintelligibilité et l'ensemble, des rapports intelligibles qui font la réalité même du réel, il ne restera du monde qu'une potentialité, une Guvaat; tout à fait impensable pour nous, puisqu'il nous faudrait, pour la concevoir, faire abstraction de notre pensée et de tout ce qu'elle met d'elle-même dans les choses. Il est bien probable, cependant, comme Ta dit quelque part M. Lachelier, que ce monde de rêve, virtuellement intelligible, mais actuellement plongé dans les ténèbres, est le seul contenu de la conscience de tous les vivants de la terre, excepté nous.

L'idéalisme kantien va jusqu'à croire que c'est la pensée qui fait la nature en tant qu'objet. On pourrait aussi bien soutenir que c'est la nature qui fait la pensée en tant que sujet, puisque le sum est inséparable du sumus et qu'un sujet isolé, ne pouvant plus avoir conscience, ne pourrait plus être sujet pour lui-même. Au reste, pour Kant comme pour Schopenhauer, pas d'objet sans sujet, pas de sujet sans objet. Malgré cela, la tendance de ces philosophes est de faire créer le monde par la pensée, de représenter le monde comme effet de la pensée, alors que d'autres représentent la pensée comme effet du monde. — Selon nous, il faut recourir ici à la catégorie la plus compréhensive entre toutes et que Kant aurait dû appliquer à la question de l'origine des idées, la catégorie de la réciprocité d'action. Si, comme nous lavons fait voir, les fonctions essentielles de l'expérience sont des actions, elles sont aussi, par cela même, des réactions; il y a causalité réciproque ou solidarité et mutuel déterminisme entre les objets de l'expérience et le sujet de l'expérience, qui est notre conscience. Nous faisons nous-mêmes partie de la chaîne causale universelle ; il est donc impossible que nos conceptions les plus fondamentales ne se forment pas simultanément en fonction de notre propre nature et en fonction de la nature des choses, dont nous ne sommes pas séparés,

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