II. — L'évolltio.nmsme spencérie.n
D'ordinaire, on considère surtout l'évolution sous le r;i})port de la permanence et du devenir. Bien plus, l'école spencérienne la voit sous un aspect à peu près exclusivement quantitatif et mécanique.
A Spencer, qui étudie l'évolution faite, nous avons, dans Y Evolutiowiisme dea idées- forces, opposé l'évolution « en train de se faire ». Nous avons montré que Spencer a décrit seulement les dehors et les résultats visibles, mais n'a pas dégagé le moteur de l'évolution, ni même l'évolution proprement dite, ou changement interne, sans lequel les résultats externes n'apparaîtraient pas. Il a présenté ainsi l'évolution sous une forme statique, tandis que nous avons montré la nécessité de la saisir sous son aspect dynamique, qui ne peut plus être un simple mécanisme, mais réclame des causes
L'INTERPRÉTATION DU MONDK PAR L'ÉVOLUTION. I'i9
d'ordre psychique on ruialogiies à In vie psycliiqiic et pivliidant à cette vie.
Les fommles d'évolution données par Spencer sont d'ailleurs vat;ues et iiit-xactes. Le passage de l'Iiomogriie à l'hétérogène place la question sur le terrain de la ressenildance et de la différence, où il est difficile d'arriver à des résultats précis. En outre, le passage d'un terme à l'autre est considéré comme mécanique et rattaché à la « persistance de la force ». Mais la prétention de tout expliquer à fond mécaniquement, même le mental, est inadmissible. Ile |)Uis, la mécanique de Spencer est très souvent inexacte et en opposition avec les vrais théorèmes de la mécanique actuelle, surtout de la thermo-dynamique.
liQ plupart des propositions de Spencer sont ou des généralités sans portée ou des inexactitudes. L'instabilité de l'homogène est un principe contestable et contesté ; on a fait voir, au contraire, que ce qui est instable, c'est l'hétérogène, ce qui est stable, c'est l'homogène ; plus les êtres sont différenciés, compliqués, organisés, individualisés, plus ils sont faciles à dissoudre (I). Plus, au contraire, ils sont simples, pauvres en différences et en qualités caractéristiques, voisins de l'espace homogène et du temps homogène, plus ils sont stables. Quant à la « multiplication des effets •> sous Tinffuence d'une cause, elle tient à ce que cette cause n'est pas seule et que son action se rencontre avec celle d'une autre cause. Si une pierre jftée dans l'eau produit des ondes nombreuses, cela ne tient pas à la pierre, mais aux actions des gouttes d'eau auxquelles elle a donné l'impulsion. Les effets complexes découlent de causes complexes, les effets simples de causes simples. La prétention spencéricnne d'imposer d'avance à l'univers telles lois générales d'intégration et de dèsintéi: ration est donc insoutenable : la science positive peut seule nous apprendre, en partie, ct^ qui se passe dans la réalité.
(1) Lilaiilo, l.a hi.iaoliilion opposée à riu'tliilion.