‹ Esquisse d'une interpretation du mondeChapitre 89 sur 158 · III. I.KS ItON.NKRS l'SYr.H0L0(, loirs m IMIOBLKMK · texte numérisé non relu

III. I.KS ItON.NKRS l'SYr.H0L0(, loirs m IMIOBLKMK

Si, maintenant, du poiiit de vue métaphysique nous revenons au point de vue psydudogique, qui est l'expérience même, l'expérience intérieure, il e^l un l'ait indéniable que nous trouvons en nous : l" Vidée de liherté., c'est-à-dire de causalité ayant initiative et se déterminant elle-même par

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elle-même ; — 2° le désir de liberté et d'indépendance par rapport à tout ce qui n'est pas notre moi ; — 3" la croyance à notre causalité réelle et à notre réelle indépendance, incomplète sans doute, mais qui nous paraît cependant exister sur certains points.

Il est non moins incontestable que cette idée, ce désir et cette croyance naturelle entrent comme facteurs dans nos résolutions volontaires et empêchent nos actions de suivre un cours aveugle, rectiligne, uniforme. En vertu même de la force qui appartient aux idées ou désirs, l'idée de notre liberté possible et désirable, ainsi que la croyance à notre liberté déjà réelle, influent sur nos décisions et nous font agir comme si nous avions en effet une certaine indépendance. De là ce que nous avons appelé une approximation de la liberté par l'idée et le désir de la liberté même, ainsi que par la croyance pratique à notre liberté.

Donc le point de vue psychologique n'est pas en contradiction avec le point de vue métaphysique ; nous trouvons en nous la réalisation progressive d'une certaine liberté et nous pouvons croire que, dans le fond des choses, dans notre être radical, il y a en effet un pouvoir de liberté que les lois du déterminisme n'excluent pas, mais, au contraire, manifestent.

11 y a donc de vrai, dans la thèse de la liberté, que nous saisissons en nous, par la conscience et même par la subconscience, un certain pouvoir sous-jacent à Vidée même de liberté i^i au désir de liberté. Ce pouvoir est notre volonté fondamentale et indéfectible de développement et de conscience, qui, constituant notre activité propre et par cela même notre être, notre sujet, ne peut être représentée sous la forme d'objet et, de plus, dépasse tous les objets particuliers, contraires les uns aux autres, qu'on peut se représenter. De là V indépendance que nous nuus attribuons à quelque degré par rapport aux divers ordres à^objeis et de causes objectives avec lesquels nous sommes en relation. Cette indépendance, c'est déjà la liberté. Nous avons fait voir, dans notre

LA VltAII': CONCEPTION DK I.A LIBI'RTK. 3."i:;

livre sur l.a fjhrrti; et le Délerminisme, que les divers sens du mot liberté désignent toujours des degrés d'indépendance par rapport à divers ordres de causes. On a fort justement dit, en s'inspiranl de cette doctrine, que la " chute libre d'un corps y> est rindépendance par rapport aux forces autres que la pesanteur, que la liberté politique est l'indépendance par rapporta l'arbitraire gouvernemental, que la liberté stoïcienne est rindépi'udanre par rapport aux passions, etc. Nous avons fait Vftir que, d'indéjxiidance en indépendance, on arrive à la conce}»tion d'une indépendance ahsolKc par rapport à tous les ordres possibles d'objets ou de causes. C'est la liberté métaphysique, où nous avons montré un concept-limite, identique dans le fond à celui do puissance absolue ou tout simplement d'absolu. Nous y passons en voyant que nous pouvons augmenter de plus en plus notre indépendance par ridée même et le désir que nous avons, que nous pouvons ainsi dépasser tous les motifs j)articuliers et relatifs. A la limite, nous nous coLicevons absolument libres.

L'idée de la liberté, ainsi conçue, n'est pas simplement l'idée d'un déterminisme conscient de soi et ne réagissant sur soi qu'eu vertu du déterminisme même, comme le rayon de lumière réfléchi est toujours un rayon soumis aux lois nécess;iires du rayonnement. La liberté n'est pas une simple complicalidii du déterminisme, quoiqu'il soit essentiel de remarquer que' les déterministes ont oublié de faire part, dans K'iH' système, à une complication d'importance majeure, d'où, même au point de vue déterministe, sort un monde nouveau, le monde des réactions réfléchies sur nous-mêmes et sur le monde déjà existant. La vraie liberté est conçue comme étant plus (pie ce déterminisme réactif. Kile est conçue comme une /iinssfi/iee interne (pli limite le determiui>me des rapports externes, qui dé/)fisse même tout réel déterminisme et qui peut toujours trouver en soi de quoi aller plus loin (t plus haut, indéfmimont.

N(Uis avons certainement l'idée do notre indétermination. .Mais que faut-il entendre par indét-miination ? De ce qui

serait complètement indéterminé nous ne pourrions rien dire. L'identification de la liberté avec l'indétermination est un point des plus controversés et des plus controversables. Une indétermination absolue est-elle vraiment liberté? Surtout, est-elle une liberté morale? Ne risquons-nous point de nous perdre de nouveau dans le noumène X ? Des précisions sont ici nécessaires. Nous concevons notre liberté, à nous qui ne sommes pas l'absolu, comme le pouvoir d°ètre non déterminés par rapport aux divers motifs et mobiles particuliers. C'est le pouvoir de trouver toujours quelque motif supérieur qui nous permette de surmonter les contraires. La liberté est donc bien l'indépendance, et c'est le sens ordinaire qu'on donne à ce mot ; mais, chez les êtres comme nous, peî--dus au sein de l'univers, l'indépendance existe toujours par rapport à quelque ordre de causes ou de raisons, par exemple, les causes mécaniques, les raisons sensibles et individuelles, les raisons d'ordre supérieur et impersonnel, etc. Par le jiassage à la limite dont nous avons fait un des procédés de la méthode en métaphysique, nous passons, d'indépendance relative en indépendance relative, mais plus élevée, à l'idée d'une indépendance absolue qui serait la liberté absolue, qui serait l'absolu même. La liberté est ainsi Y idée-limite, de laquelle nous nous rapprochons sans cesse, par la pensée et par la volonté.

Au dehors de nous, il n'y a point de véritable indéterminisme : la nature, comme telle, est toujours soumise à des luis qui excluent l'ambiguïté. Toutefois, il peut se produire des interférences de fùrc(;s qui aboutissent à une compensation mutuelle, à un certain équilibre, au moins très approximatif, voisin de l'ambiguïté. Dans ce cas, il suffît du plus léger dégagement d'énergie pour décider de quel côté penchera la balance et quelle direction prendra lé système. En d'autres termes, les équilibres très approximatifs des forces inférieures laissent le champ libre aux forces supérieures, par exemple aux énergies intellectuelles, sensibles, volontaires et morales. La puissance d'indétermination qui est en nous

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