VI. — La liberté al i'oim i»k m k muuai
La loi iiiDrale n'csl pas une objccliuri à rcxisteiice des raisons suffisantes et de la causalité ; la loi morale est une objection à l'existence du détcruiinisuie seul, considéré comme excluant du fond de l'être l'activité propre et individuelle. La loi morale suppose que le déterminisme n'est pas, à lui seul, l'absolu ou le tout de l'rlre. Lf déterminisme n'est que la vérité des relations iimtuclles, la condition de la science et de l'expérience.
L'homme peut et doif. s'attribuer une existence et une activité supérieure à l'existence et à l'activité matérielles, supérieure même à tous les objets dont il peut faire ses objets de science en les soumettant à des lois déterminées, car l'homme ne se coneoit pas seulement lui-même comme objet ; il se conçoit connne sujet réellement existant eofjito) et agissant (vo/o), connue cause dans l'ensemble des causes, comme doué d'une indépendance réelle qu'il est en son pouvoir d'accroître indéfiniment en\,i pensant ou en Vexereant.
On se demande comment l'admission de raisons intelligibles pour tout acte, surtout pour un acte moral, tendant à réaliser des idées universelles, peut oon-tituer aux ytux d'un William James « l'absolutisme de mon intellect », qui est eu réalité cet intellect A' iuèine pour tous que Ion appelait autrefois la raison. Il serait ià désirer que les pragmalistes et vitalistes nous expliquassent counnent l'^/Zo^/yj/r et Vinintelli///b/e peut être moral plutôt qu'iunnoral ; comment il peut y avoir liberté, et liberté moralement qualiliable, en dehors de la causalité et de la finalité, dans cette sorte de pénombre qui est la vie en évolution, allant devatit elle sans que ses effets, nous dit-on, soient » prop» rtiomiels aux causes », et sans même que des/î//N, (jiii seraient des idées on <« concepts » idéatix, lui marquent un but. Le tlux de vie est-il réellement moral, ou n'est-ce pas plutôt lui qui est la cause de toutes
les luîtes iaimorales pour la vie et pour le triomphe du moi?
L'acte le plus libre n'est donc pas l'acte sans motifs, mais celui qui a pour motifs simultanés: 1° l'idée de notre moi individuel et libre ; — 2° l'idée de l'objet universel ou du bien universel, qui apparaît comme devant être préféré à notre bien propre. Nous concevons cet idéal moral, et, par cela même que nous le concevons, nous le désirons, nous l'aimons, nous ne pouvons donc le considérer comme une chose qui ne nous regarde pas, comme une chose étrangère à laquelle nous ne pourrions nullement contribuer nous-mêmes. Au contraire, nous ne saurions concevoir le bien suprême et souverainement aimable sans en faire par notre pensée notre propre bien et notre loi : capables de concevoir l'universel, nous sommes aussi capables de vouloir l'universel, de vouloir universellement.
A l'idée du bien moral comme loi universelle se joint ainsi l'idée de notre liberté morale comme condition de sa réalisation.
Dès lors la liberlé, dont le caractère absolu restait ;;ro6/ematique au point de vue métaphysique, mais qui avait acquis un caractère àQ possibilité ei de réalité d^w moins relatives au point de vue psychologique (par le progrès de la conscience vers la liberté), acquiert, au point de vue moral, le caractère d'une idée directrice liée à la moralité même. Il faut que nous avons le pouvoir de réaliser l'idéal suprême ; il faut que nous avons la liberlé nécessaire; nous concevons donc et nous voulons en nous une volonté supérieure à toutes les déterminations fatales, mécaniques, physiques ; nous nous imposons d'agir en êtres libres. L'idée du bien universel, du persuasif suprême, est ainsi une force libératrice, une force génératrice d'indépendance par rapport aux objets sensibles, donc de liberté morale.
La liberté est un nom insuffisant pour l'absolu. A elle seule, elle n'est que T^uve puissance sans limites, sans pourquoi et sans réponse au pourquoi. Il y faut joindre l'intelligence et la bonté ; bref, la perfection. Qu'est-ce qui est suf/i-