PRÉFACE
Tous ceux qui s'occupent de philosophie ont lu la Morale (ÏEpicure et la Morale anglaise contemporaine ; tous savent que ces deux ouvrages, couronnés par TAcadémie des sciences morales et politiques, sont l'œuvre d'un jeune homme qui, au moment du concours, avait à peine 21 ans. Un début si brillant annonçait au public un nouveau philosophe. M. Guyau a publié depuis, outre les Vers d'un philosophe, les Problèmes d'Esthétique contemporaine, et VEsquisse d'une morale sans obligation ni sanction. C'est de ce dernier ouvrage qu'il s'agit ici. Nous le lûmes avec une émotion croissante de la première à la dernière ligne. Tout en admirant le talent merveilleux de l'auteur, il nous parut que les idées et les théories de VEsquisse étaient fort contestables : répondre devint pour nous un devoir.
On a écrit récemment que M. Guyau était peut-être le mieux doué de nos jeunes philosophes. Nous sommes de cet avis : il a le savoir, l'intelligence, la pénétration, la finesse ; il écrit avec clarté et avec chaleur ; il a été l'historien et le critique éloquent de la morale empirique depuis Epicure jusqu'à M. Spencer ; mais, devenu moraliste théoricien à son tour, a-t-il construit une théorie morale solide ? Les lecteurs jugeront.