‹ Esquisse d'une morale sans obligation, ni sanction [microform]Chapitre 38 sur 65 · LA SANCTION MORALE ET LA JUSTICE DISTRIBUTIVE · texte numérisé non relu

LA SANCTION MORALE ET LA JUSTICE DISTRIBUTIVE

il ne peut s'enlever lui-même cette sorte de titre naturel que tout être sentant croit avoir au bonheur final. Tant que les êtres librement ou fatalement mauvais persévéreront à vouloir le bonheur, je ne vois pas quelle raison on peut mvoquer pour Je leur retirer.

— Il y a, direz-vous, cette raison, suffisante à eUe seule, qu'ils sont mauvais. - Est-ce donc seulement pour les rendre meiUeurs que vous avez recours à la souffrance? Non; ce n'est là pour vous qu'un but secondaire, qui pourrait être atteint par d'autres moyens ; votre but prmcipal est de produire chez eux Yexpiaiion, c'est-à-dire le malheur sans ulilité et sans objet. Comme si ce n'était pas assez pour eux d'être méchants ! Nos moralistes en sont encore à l'arbitraire distribulion que semble admettre 1 Evangile : « A ceux qui ont déjà U sera donné encore, et a ceux qm n'ont rien il sera enlevé même Je peu qu'ils possèdent. » L'idée chrétienne de grâce serait cependant acceptable à une condition : c'est d'être universalisée étendue à tous les hommes et à tous les êtres ; on en ferait par là même, au lieu d'une grâce, une sorte de dette divine ; mais ce qui choque profondément dans toute morale empruntée de près ou de loin au christianisme, c'est l'idée d'une élection, d'un choix, d'une faveur, d'une distribution de la grâce. Un dieu n'a pas à choisir entre les êtres pour voir ceux qu'il veut finalement rendre heureux; même un législateur humain, s'il prétendait donner une' valeur absolue et vraiment divine à ses lois; serait forcé aussi de renoncer à tout ce qui rappelle une « élection, » une « préférence, » une prétendue distribution et sanction Tout don partiel est nécessairement aussi partial, et sur la terre comme au ciel U ne saurait y avoh- de favetcr.

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