DES RÉCOMPENSES SOCIALES
sant sur un ensemble d'échanges, celui qui rend un service compte, en vertu des lois économiques, recevoir non une sanction, mais simplement un autre service : des honoraires ou un salaire remplacent la récompense proprement dite ; le bien appelle le bien par une sorte d'équilibre naturel. Au fond, la récmnpense, telle qu'elle existait et existe encore aujourd'hui^dans les sociétés non démocratiques, constituait toujours un privilège. Par exemple, l'auteur que le roi choisissait autrefois pour lui donner une pension était assurément un écrivain privilégié, tandis qu'aujourd'hui l'auteur dont les livres se vendent est sim-
non sans doute à cause de ses passions ou même de ses actions personnelles, mais simplement à cause de sa faiblesse de volonté • c est un^trument au lieu d'être une personne; or il est toujours périlleux d avoir dans un État des instruments au lieu de citoyens. Il peut exister quelque chose d'antisocial non seulement dans les mobiles extérieurs qui agissent sur la volonté, mais même dans la nature de cette volonté; or, partout où se trouve quelque chose d antisocial, il y a prise pour une sanction légale. Il ne faut donc pas considérer la pénalité humaine comme étant absolument de même ordre que la sanction prétendue naturelle, qui tire les conséquences d'un acte donné, par exemple celui de tomber à l'eau sans se préoccuper jamais de la volonté et de l'intention qui a précédé cet acte (E. Ferri, // diritto dipunire, p. 25). Non, le déterminisme mterieur de l'individu ne saurait échapper entièrement à " l'appréciation légale, et de ce qu'un juge n'a jamais à se demander si un acte est moralement ou métaphysiquement libre, il ne s'ensuit pas qu'il doive en aucun cas négliger d'examiner avec quelle dose d attention et ^'intention, enfin avec quel degré de volonté consciente cet acte a été accompli. Par degrés, le châtiment n'est devenu aujourd'hui qu'une mesure de précautibn sociale; mais cette précaution doit viser, outre l'acte et ses mobiles, la volonté qui se cache derrière : cette volonté, quelle que soit sa nature ultime et métaphysique, est mécaniquement une force dont l'intensité plus ou moins grande doit entrer dans les calculs sociaux. Il serait absurde a un ingénieur qui veut endiguer un fleuve de se préoccuper uniquement du volume de ses eaux, sans faire entrer en ligne de compte la force du courant qui les entraîne.
CRITIQUE DE L'IDÉE DE SANCTION, plement un écrivain lu. La récompense était si bien considérée jadis comme un privilège, qu'elle devenait fort souvent LéMa^e, comme les fiefs ou les titres ; c'est amsxqu la prétendue justice distributive produisait en ait les plus choquantes injustices. De plus, celui même quon --" pensait y perdait en dignité morale ; car ce qu U r e ait ne lui apparaissait à lui-même que comme un don, au heu d'être une vo^^ession légitime. Chose remarquable, le régime économique qui tend à prédominer parmi nous a par certains côtés, un aspect beaucoup plus mora que régime de la prétendue justice distributive car au heu d aire de nous des hommes-hges, il nous fait légitime absolus possesseurs de tout ce que nous gagnons par notre travail et nos œuvres. Tout ce qui s'obtenait autrefois p récompense ou par fa.eur s'obtiendra de plus en plus par concL. Les concours,oùM. Renan voitune cause d ab ssement pour la société moderne, permettent aujourdhui l'homme de talent de créer lui-même sa position et de se devoir à lui-même la place où il parvient. Or les concours sont un moyen de remplacer la récompense et le don gra- Ipar l payement exigible. Plus nous aUons plus chacun sent ce qu'on lui doit et le reclame ; m i qu on doit à chacun perd de plus en plus le carac ère d u e s n tion pour prendre celui d'un engagementhant àlafois la
société et l'individu. , ,
Comme les récompenses sociales détermmees que nous venons de rappeler, les autres récompenses plus vagues de X estime publigueeUe la po^ulanté tendent aussi à perdre d leur importance avec la marche même de la cmhsation. Chez les sauvages, un homme populaire est un dieu ou a pe^pl ; chefle^ peuples déjà civilises, c'est encore un homme d'une taille surhumaine, un u instrument provi-