Les éléments subjectifs de la con^îaissànce
Nous devons ainsi reconnaître du réel même dans les concepts abstraits : et cela en tant qu'ils doivent tous reposer sur quelque chose qui ait été éprouvé, sans quoi ils seraient généralement inintelligibles pour nous. Mais la formation des concepts dépend des souvenirs, et ceux-ci, suivant l'individu à qui ils appartiennent, peuvent se rapporter à des portions très différentes de ce qu'ont éprouvé également différents individus ; il en résulte que toujours il reste inhérent au concept un élément qui dépend de l'individu, c'est-à-dire quelque chose de subjectif. Seulement, si le concept a ce caractère, cela ne vient pas de ce que des éléments nouveaux s'y ajoutent sans être donnés dans l'expérience ; au contraire, cela tient à la variété du choix qu'il est possible de faire dans les éléments donnés. Si chaque individu rassemblait en soi tous les fragments de l'expérience, ces divergences individuelles ou subjectives disparaîtraient. Mais, puisque la connaissance scientifique s'applique à dresser, dans la mesure du possible, cet inventaire complet des expériences, on se rapproche toujours, et de plus en plus, de l'idéal : la science cherche à compenser l'insuffisance de chaque mémoire en rassemblant, autant qu'elle le peut, les souvenirs les plus nombreux et les plus différents. C'est ainsi qu'elle veut
fond, on ne peut sur le moment disposer de sa provision personnelle de souvenirs : et alors il est impossible de se « remettre en mémoire » où et dans quelles circonstances on se trouve. L'effrayante impuissance où l'on est alors ne peut être oubliée de qui a une fois traversé cet état.
TIIÉORIE GliNKnALR DE LA CONNAISSANCE 1!)
faire disparaître les lacunes subjectives de l'expérience et en supprimer les dangers.
(î. — Concepts expérimentaux.
On peut attribuer d'abord et sans condition le caractère d'une réalité aux concepts qui reposent sur des rapports continuellement et universellement éprouvés. Il faut ajouter qu'il nous est facile de combiner arbitrairement, sous des formes multiples, les concepts tirés de divers faits, parce que l'ordre de nos souvenirs ne nous est pas imposé : et, par des combinaisons de ce genre, nous pouvons former de nouveaux concepts. Mais, tout naturellement, il n'y a aucune nécessité que la combinaison arbitrairement construite se trouve comme les autres dans l'expérience, c'est-à-dire dans le passé éprouvé par nous. Au contraire, — et nousdevonsplutôtnousy attendre, — il y aura beaucoup plus de combinaisons arbitraires qui ne se rencontrent pas dans l'expérience que de combinaisons qui se trouveront plus tard « légitimées » par elle. Les premières sont inutiles, parce qu'elles sont irréelles; les dernières ont au contraire la plus grande importance, car c'est sur elles que repose la prévision, objet propre du savoir. Ce sont les premières qu'a déconsidérées l'idée de la « réalité » des concepts ; les autres prouvent, par contre, que la formation et la pénétration réciproque des notions fait en réalité tout le contenu de toute science. Il est ainsi de la plus haute importance de distinguer deux manières de lier les éléments des concepts, et l'étude de cette différence forme le contenu propre de cette science, la plus générale de toutes, que nous avons appelée du nom de logique ou mieux de « théorie des concepts ».